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22 MAI 1848

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Rédaction du Naïf. Aujourd’hui la date du 22 ami 1848 est célébrée. Le faire n’a pas été chose facile. Il a fallut se battre même contre ceux qui s’en réclament haut et fort actuellement. La reconnaissance du 22 mai 1646 en Martinique, n’a pas été sans combat. Ce texte de Ulrike Zander retrace l’ historique d’une lutte pour le droit à la mémoire
Texte de Ulrike Zander

Le 22 mai – date à laquelle les Martiniquais commémorent l’abolition de l’esclavage dans leur Pays– n’est reconnu par l’Etat français comme jour férié et chômé que depuis une vingtaine d’années.

Le décret du 23 novembre 1983, émis par François Mitterrand, déclarant le 22 mai comme journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique – comme d’ailleurs d’autres dates pour les autres départements d’outre-mer – fut l’aboutissement de plusieurs années de luttes populaires acharnées, promues par les mouvements nationalistes et souvent réprimées dans la violence.

Dans cet exposé, je vais tout d’abord essayer de restituer un peu ce processus de réappropriation de la mémoire qui s’est déroulé essentiellement dans les années 1960/70 et dans lequel les organisations nationalistes (partis politiques et syndicats) ont joué un rôle prépondérant.

D’ailleurs, pour cette restitution, je m’appuie avant tout sur des entretiens avec d’anciens nationalistes qui ont été acteurs ou témoins de ces événements, mais aussi sur des documents divers de l’époque.

Dans un deuxième temps, je vais dire quelques mots sur la signification symbolique de cette date du 22 mai, par opposition à celle du 27 avril, date à laquelle, en 1848, les décrets d’abolition de l’esclavage dans les quatre vieilles colonies furent signés par le Gouvernement provisoire de la Deuxième République à Paris.

Par ailleurs, quels étaient les objectifs – culturels et politiques – de ceux qui revendiquaient le 22 mai ?

Et enfin, aujourd’hui, qu’est devenue la commémoration du 22 mai et que représente-elle pour les Martiniquais ?

Le point de départ de la revendication du 22 mai comme date commémorative essentielle en Martinique semble être la publication d’une brochure intitulée « La révolution anti-esclavagiste de mai 1848 à la Martinique » par Armand Nicolas en 1960.

Armand Nicolas était alors professeur d’histoire et membre du Parti communiste. Avant lui et dès 1944, un autre membre du PC, Gabriel Henry, avait fait des recherches sur les événements du 22 mai, sans pour autant les publier.

C’est donc à partir de 1960 – au moment où les premières contestations politiques par rapport à l’assimilation se faisaient entendre – que cette revendication fut vraiment lancée.

C’est à partir de cette révélation d’un fait historique qui était rentré dans l’oubli collectif, un fait historique jusque-là occulté, selon mes interlocuteurs, que le mouvement revendicatif s’est enclenché.

Y prirent part le PC, le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) dont Aimé Césaire est le fondateur, des syndicats, et puis dans les années 70 plusieurs organisations à tendance indépendantiste comme la « Parole au Peuple » qui devint en 1978 le MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais), puis le GRS (Groupe Révolution Socialiste) et Combat Ouvrier.

Un de mes interlocuteurs, un ancien nationaliste raconte : « Nous nous sommes battus – contre la répression – en faisant des grèves tout le temps afin de faire reconnaître ce 22 mai. (…) Les municipalités de droite s’opposaient farouchement. (…) Il y avait quand même un mouvement populaire qui se faisait et personnellement j’organisais beaucoup de conférences-débats. »

En 1978, le 22 mai fut commémoré dans plusieurs communes de gauche : Fort-de-France, le François, le Lamentin, Macouba, Morne-Rouge, Rivière-Pilote, Trinité. A l’époque, les maires avaient le droit d’accorder au personnel municipal ainsi qu’à celui des écoles publiques une journée chômée et payée, c’était la « journée du maire ».

Les maires de ces communes avaient donc choisi à cette occasion la date du 22 mai afin de commémorer la révolte des esclaves.

Il y avait tout un programme culturel et sportif, avec des expositions, conférences, spectacles et tournois.

Lorsque François Mitterrand fut élu Président de la République en 1981, il décida finalement d’accorder une journée commémorative pour l’abolition de l’esclavage aux peuples des DOM.

Mais quelle date choisir entre le 27 avril et le 22 mai ? Le 27 avril 1848, le décret d’abolition de l’esclavage établi sous la pression des abolitionnistes menés par Victor Schoelcher fut signé à Paris ; le 22 mai, c’était la révolte des esclaves laquelle provoqua l’abolition immédiate le lendemain, 23 mai, alors que le décret était encore en voyage sur le bateau.

Il y eut beaucoup de débats passionnés entre ceux qui revendiquaient le 27 avril, généralement situés à droite de l’échiquier politique et ceux qui luttaient pour la reconnaissance du 22 mai comme unique date correspondant à la réalité des faits. Ces derniers réclamaient avant tout la reconnaissance d’un fait historique dont les Martiniquais pouvaient en quelque sorte être fiers. Les insurgés de 1848 faisaient alors office de héros collectif, comme écrit Marie-José Jolivet (1987 : 302), un héros qui jusqu’alors avait fait défaut dans la conscience collective des Martiniquais. Car jusqu’alors, c’était Schoelcher que les Martiniquais avaient considéré comme le libérateur des esclaves.

Mais c’était un personnage extérieur, faisant partie même du peuple colonisateur. Ce n’étaient d’ailleurs pas seulement les partis de droite qui étaient attachés à la mémoire de Schoelcher, mais aussi les partis de gauche pour lesquels ce démocrate et humaniste constituait l’élément de référence, comme l’explique un de mes interlocuteurs : « Tous les combats qui avaient été menés pendant le 20ème siècle par la gauche – combats syndicaux et luttes politiques – avaient été menés sous la figure de Schoelcher, donc il y avait quand même des réticences à abandonner complètement cette figure.» Le camp même des nationalistes était partagé entre ceux pour qui les deux faits historiques étaient liés et faisaient tous les deux partie de l’histoire martiniquaise, et ceux pour qui seule la révolte du 22 mai, témoignant de l’émergence d’une vraie conscience politique à l’intérieur du peuple d’esclaves comptait.

Car si pendant un siècle, le mouvement anti-esclavagiste en Martinique et les événements du 22 mai avaient été ignorés ou occultés, la tentation était alors grande d’inverser la situation et de dénigrer la part active que Schoelcher et d’autres abolitionnistes avaient joué.

Mais de toute façon, il fallait choisir entre les deux dates celle qu’on voulait commémorer, et ce fut finalement le choix du 22 mai qui s’imposa, à la grande satisfaction de tous les acteurs ayant contribué à sa promotion pendant les vingt années précédant le décret du 23 novembre 1983.

C’était l’aboutissement d’une lutte pour la reconnaissance et le droit à la mémoire collective, une lutte avant tout culturelle. Cependant, certains acteurs avaient aussi des objectifs politiques plus concrètes. Dans une déclaration datant du 22 mai 1978, le premier secrétaire de la Parole au Peuple, Alfred Marie-Jeanne, écrit :

« La connaissance de l’histoire est le ferment révolutionnaire du peuple. (…) Le 22 mai 1948 a pour nous valeur d’exemple. Il montre que quelles que soient les difficultés qui peuvent paraître à certains insurmontables à un moment donné, des hommes mûrs par un idéal arrivent toujours à gagner. »

Et plus loin :

« Le 22 mai 1848 doit nous apporter un regain d’espoir, de courage, de volonté, de fierté et même d’insolence.

Le 22 mai 1848 les esclaves ont brisé leurs chaînes mais les responsabilités essentielles sont restées dans les mêmes mains, et de nos jours encore l’homme martiniquais est dépouillé de tous les attributs de la souveraineté.
Une nouvelle date reste à inscrire dans notre histoire désormais, celle qui verra tout le pouvoir martiniquais passer aux mains du peuple martiniquais. »

Pour les militants du MIM et d’autres groupements indépendantistes, la reconnaissance du 22 mai, qui marque la revalorisation d’un passé héroïque jusqu’alors ignoré ne pouvait pas être une fin en soi.

Cette « révolution culturelle » constituait plutôt un petit pas vers une véritable révolution politique, un petit pas sur le long chemin vers la libération complète du peuple martiniquais, c’est-à-dire l’indépendance nationale.

Nous allons maintenant voir assez brièvement l’évolution du 22 mai après 1983. On peut tout d’abord dire que les Martiniquais dans leur ensemble se sont très rapidement appropriés cette commémoration qui se fêtait désormais dans toutes les communes, quelles soient de gauche ou de droite. Elle donnait alors lieu à une véritable promotion du patrimoine culturel, avec contes, danses, expositions, manifestations artistiques et théâtrales, conférences etc. A part cela, les fameux tournois sportifs du 22 mai sont devenus une vraie tradition.

Ces dernières années, et plus particulièrement à partir de 1998, année du 150e anniversaire de l’abolition, d’autres revendications liées à ce processus de valorisation de la mémoire collective, et partant de la date centrale du 22 mai, ont vu le jour. Ce fut notamment la revendication lancée par la députée guyanaise Christiane Taubira pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité ou celle pour la réparation justement de ce crime.
Cette dernière est revendiquée en Martinique par plusieurs organisations nationalistes, en première ligne le MODEMAS (Mouvement des Démocrates et Ecologistes pour une Martinique Souveraine) de Garcin Malsa et l’ASSAUPAMAR, une association qui lutte pour la sauvegarde de l’environnement et du patrimoine martiniquais. Mais ceci est encore un autre sujet que je ne vais pas aborder dans les détails ici.

Reste la question comment la population elle-même perçoit le 22 mai. C’est aujourd’hui une fête capitale pour les Martiniquais, même pour ceux qui à l’origine étaient contre cette commémoration. Un de mes interlocuteurs parle même de récupération de cet événement par les partis politiques de droite.

Il est vrai que la population tout entière s’est appropriée ce moment historique qui lui fournit un héros collectif. D’ailleurs, tous les ans sont organisées un nombre important de manifestations culturelles et artistiques autour de la thématique de l’abolition de l’esclavage.

Finalement, le 22 mai fait aujourd’hui pour les Martiniquais quasiment office de fête nationale, une fête qui rassemble toute la population sous le signe de la mémoire des ancêtres héroïques.

Cependant, il existe aussi une tendance à banaliser cette fête, surtout parmi les Martiniquais de moins de 20 ans, en effet ceux qui ont toujours connu le 22 mai comme jour de commémoration. Les événements historiques qui sont à l’origine rentrent alors à l’arrière plan au profit d’une simple occasion de s’amuser, comme pour toutes les autres fêtes.

En conclusion on peut dire que ce processus de valorisation de la mémoire collective, et en quelque sorte de réécriture de l’histoire est le résultat d’un mouvement revendicatif de contestation politique qui avait émergé dans le contexte de la décolonisation et de déception par rapport au processus d’assimilation.

A l’arrivée des socialistes au pouvoir en France, ce fut l’aboutissement d’une véritable émancipation culturelle et avec celle-ci, paradoxalement, un affaiblissement de la revendication nationaliste réclamant une émancipation politique.

Depuis lors, la plupart des mouvements indépendantistes et tout particulièrement le MIM ont reporté leurs aspirations à la souveraineté politique nationale dans un avenir lointain et indéfini et se contentent d’une sorte de souveraineté culturelle et de petits espaces de pouvoir local qu’ils ont conquis dans la dernière décennie.

De toute façon, la population dans son ensemble n’est pas du tout prête à les suivre dans leurs objectifs d’émancipation politique. Elle reste au contraire très attachée au statut départemental comme le montre encore l’issue de la consultation populaire du 7 décembre 2003.

Bibliographie :

HENRY Gabriel, « 1848-1998 – 150e anniversaire de l’abolition », Actes du colloque du 21 mai 1997 : 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, coordonné par Gilbert Pago, Université des Antilles et de la Guyane, Campus de Schoelcher, Martinique, pp.15-24.
JOLIVET Marie-José, 1987, « La construction d’une mémoire historique à la Martinique : du schoelcherisme au marronisme », Cahiers d’Etudes africaines, 107-108, XXVII-3-4, pp. 287-309.
LANDI Elisabeth, 1997, « 27 avril, 22 mai, 23 mai : la construction d’un événement historique », France Antilles, 21 mai 1997.
MAUVOIS Georges, 1978, « Mai 1848 : Nonm pété chin-n ! », Chimin libèté. Histoire des Antilles, Ligue d’Union Antillaise (ouvrage collectif).
NICOLAS Armand, 1960, La révolution anti-esclavagiste de mai 1848 à la Martinique, Fort-de-France.
Auteur : Marc FORTUNE

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Karyne Mousseau amoureuse du faux-Chabin ? Par péi kréolopal

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Rédaction du Naïf. C’est bien Karyne Mousseau qui faisait des leçons de conduite aux politiques avec son texte « Jambé pak. » En  tout cas au lieu de faire la guerre au psychopathe Alfred elle choisit la séduction et cela fonctionne. Mais l’amoureux transit Francis Carole est malheureux.

Mais peut-on définir l’amour ? Ti-karole sait sans doute que l’amour est un sujet pour les philosophes et a inspiré les champs les plus déchirants, les meilleurs romans, les comédies irrésistibles. Aussi l’amour se dit en effet en plusieurs sens : amour humain, amour divin, amour paternel, amour maternel, amour de l’andouillette, l’amour Gros-Morne…mais en politique c’est différent.

L’AMOUR DE NOTRE ROUSSETTE :En politique le concept est sans ambigüité c’est l’amour ruse pour la réalisation d’un objectif sans la tension érotique vers autrui, avec tout son cortège de sentiments, d’affects, d’actions, de paroles. Karyne va tout obtenir maintenant et le pauvre Miguel  sera le bec dans l’eau, car le CMT n’est l’ancienne officine Jacky Guanel. En tout cas, Alfred Rocher zombi sait que « seul l’amour peut garder quelqu’un vivant. »  Comme disait Oscar Wilde.  Alors soyons attentif  à l’attitude du président de l’exécutifi après cette photo « doucine à sec ».

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Dégras « le doucineur » vrai déchet du système Par Ramsès II

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DIABLEEn direct de l’Île Bourbon : Pas une action, ni un membre de la nouvelle majorité régionale qui trouve un seul jour, grâce à ses yeux. Pas une initiative qui mérite au moins d’être présentée, relatée. Et pourtant, il s’affiche « Site d’actualités ».Véritable « rest-avec » du populisme local, il répand juste en fonction de sa singulière subjectivité, son Tabasco rassis. Aucune règle, aucune déontologie, juste un besoin viscéral orgasmique de « pété tchou moun ». Ces « moun » sont ciblés, parfaitement ciblés et pour cause.

Ce « doussineur » de moyens publics menait grand train au temps de la splendeur mimiste à l’hôtel de Plateau Roy. L’habitude n’avait pas été perdue car certaines coutumes ont la vie dure. Après l’élection en 2010, bénéficiant certainement de quelque facilité résiduelle  en interne, on voyait régulièrement sa silhouette hanter les couloirs, fouiner dans les bureaux, bouffer le temps de travail de certains pour le « milan »… Son énorme sac à dos qui finalement n’abritait qu’une modeste tablette (mais il faut faire pro) faisait corps et partie intégrante du bonhomme.

Il avait l’habitude de petits et nombreux avantages  et on ne pouvait échapper entre autres à son invitation princière dans le bateau présidentiel (payé par la collectivité) qui suivait chaque année le Tour des Yoles rest-avec dévoué et servi en retour ? La nouvelle gouvernance a eu le courage de stopper ça net. Et le dernier épisode en date a été son éviction définitive de la cantine du personnel. Tous les midis ou presque, ce Monsieur avait table ouverte « doussinant » ainsi les moyens publics dédiés à l’administration régionale. Le repas à tarif réduit, compensé par des fonds publics et strictement dédié bénéficiait à ce »doussineur » qui trouvait ainsi pitance quotidienne de la manière la plus illégale qui soit.

Le coup d’arrêt de ces pratiques engraissantes et bienfaisantes de la nouvelle majorité ne cesseront, on le sait bien de déclencher la colère terrible de notre fiole de Tabasco.Porte-drapeau de la  vertu incarnée, redresseur de torts devant l’éternel (de certains, bien évidemment), partisan invétéré de la cause pseudo-patriotique, il s’est vu dernièrement missionner pour assurer la surveillance des plages à requins de la commune Saint-Gilles, à la Réunion en hommage à son auguste prénom.

On dit ici ou là que les békés qui pourtant le nourrissaient en publicité l’aurait convoyé loin d’eux.Gageons qu’il devrait trouver une nouvelle utilité à sa fiole de Tabasco pour un bon touffé rétchin. On lui souhaite déjà bon appétit !Ramses II.

 

 

 

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BOLIVARISME ET SOCIALISME DANS LE VENEZUELA D’HUGO CHAVEZ Par Lioubov SOBOLEVSKAÏA ET Lilia DROMACHKO,

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REDACTION DU NAïF :« L’une des principales mesures prises par Chavez a été d’établir un contrôle sur l’extraction du pétrole, ce qui a augmenté de plusieurs milliards de dollars les recettes provenant de la vente de combustible. La plus grande part des pétrodollars est consacrée au secteur social. Hugo Chavez a mis en oeuvre une réforme foncière fondamentale prévoyant l’octroi de crédits et de terres aux paysans. Tout l’enseignement, même universitaire, est devenu gratuit, les dépenses pour l’enseignement sont passées de 3 à 7% du PIB. L’introduction de l’assistance médicale gratuite a permis de réduire considérablement la mortalité infantile. Tout cela est observé dans un pays où 80% de la population vivait jusqu’à ces derniers temps dans une réelle misère ! »
Le président vénézuélien Hugo Chavez fait dans le monde entier la propagande des idées de Simon Bolivar, libérateur de l’Amérique latine du joug espagnol. Même le nom du pays a été modifié en 2000, il s’appelle maintenant la République bolivarienne du Venezuela. Hugo Chavez se considère comme un nationaliste et un révolutionnaire du genre de Simon Bolivar.
 
Attaché aux principes de l’idéologie du « bolivarisme », Hugo Chavez conduit son pays depuis dix ans sur la voie des réformes sociales. L’une des principales mesures qu’il a prises a été d’établir un contrôle sur l’extraction du pétrole, ce qui a augmenté de plusieurs milliards de dollars les recettes provenant de la vente de combustible. La plus grande part des pétrodollars est consacrée au secteur social. Hugo Chavez a mis en oeuvre une réforme foncière fondamentale prévoyant l’octroi de crédits et de terres aux paysans. Tout l’enseignement, même universitaire, est devenu gratuit, les dépenses pour l’enseignement sont passées de 3 à 7% du PIB. L’introduction de l’assistance médicale gratuite a permis de réduire considérablement la mortalité infantile. Tout cela est observé dans un pays où 80% de la population vivait jusqu’à ces derniers temps dans une réelle misère !
 
L’objectif principal de la politique extérieure d’Hugo Chavez est de réunir les pays d’Amérique du Sud au sein d’une union économique et politique, indépendante vis-à-vis de l’hégémonie des Etats-Unis. Le dernier plan grandiose prévoit l’édification du socialisme au Venezuela. A cette fin, Hugo Chavez a introduit dans le pays un système d’administration présidentielle directe. Le leader vénézuélien est certain que ces pouvoirs extraordinaires lui permettront de réaliser une révolution socialiste du XXIe siècle.
 
Au cours de la cérémonie officielle d’investiture d’Hugo Chavez au poste de président du pays pour la période de 2007 à 2013, contrairement à la tradition, il a déplacé l’écharpe présidentielle de l’épaule droite à l’épaule gauche, afin de souligner ses convictions.
 
Prononçant un discours devant l’assistance, Hugo Chavez a confirmé son orientation vers l’édification du « socialisme vénézuélien », il a déclaré qu’il avait l’intention de nationaliser les réseaux énergétiques et les télécommunications du pays, et pris plusieurs initiatives visant à transformer le Venezuela en un pays dont la voix serait entendue sur le continent sud-américain, mais aussi au-delà de ses limites.
 
Hugo Chavez a récemment annoncé la création de 200 « entreprises socialistes » dans des secteurs stratégiques aussi importants que l’agriculture, les industries agro-alimentaire, légère, chimique, automobile et électronique. Son objectif est de réduire les importations et de passer à l’autosuffisance totale. Hugo Chavez a également annoncé le lancement de la fabrication des premiers ordinateurs, téléphones portables, automobiles et deux-roues, dont l’assemblage est effectué au Venezuela avec l’assistance technique de la Chine et de l’Iran.
 
Le 1er mai, conformément à la loi adoptée sur la nationalisation, les exploitations pétrolières où travaillent les compagnies américaines ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, la compagnie britannique British Petroleum, la société française Total et la compagnie norvégienne Statoil ont été placées sous la gestion de la corporation pétro-gazière publique Petroleos de Venezuela (PDVSA). Cette corporation contrôlera environ 60% des titres des actifs pétroliers, alors que les compagnies étrangères peuvent conserver des paquets d’actions minoritaires. Selon Hugo Chavez, l’ère de la privatisation du pétrole vénézuélien s’est achevée, et le Venezuela a rétabli son contrôle sur ce secteur stratégique d’importance primordiale.
 
Hugo Chavez s’efforce de mettre fin au retard et à la dépendance du Venezuela vis-à-vis des Etats-Unis, mais pas seulement. Pour atteindre cet objectif, le président vénézuélien oeuvre en vue de créer une Communauté bolivarienne prévoyant une coopération politique, mais aussi économique, entre autres, la construction de gazoducs et d’oléoducs transatlantiques, et le programme d’exploitation des gisements de pétrole et de gaz du bassin de l’Orénoque. L’activité internationale et les réserves de pétrole assurent au Venezuela une place sans équivalent dans l’arène régionale.
 
Pendant la guerre froide, sur le continent américain, seul Fidel Castro était considéré comme ennemi juré des Etats-Unis. A présent, ces leaders sont nombreux, qui plus est sans le soutien de l’URSS disparue. Les points de vue antiaméricains sont partagés, dans telle ou telle mesure, par Evo Morales en Bolivie, Lula da Silva au Brésil, Nestor Kirchner en Argentine, Tabaré Vasquez en Uruguay, et même par Michelle Bachelet au Chili, pays traditionnellement pro-américain. Quoi qu’il en soit, le Venezuela se considère comme la locomotive de l’intégration latino-américaine. « L’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud sont des continents tout à fait différents », répète Hugo Chavez.
 
Aspirant à la prospérité du Venezuela et au renforcement du bloc antiaméricain mondial, le président Hugo Chavez ne se borne pas au cadre de l’Amérique latine. Le prestige du pays riche en pétrole et de son leader s’accroît rapidement dans d’autres régions, en premier lieu en Asie et au Proche-Orient.
 
Le Venezuela est devenu l’un des principaux fournisseurs de combustible à la Chine. Les deux pays prévoient de construire trois raffineries de pétrole sur le territoire chinois et une flotte de pétroliers. Un accord syro-vénézuélien signé à Damas prévoit la création d’une compagnie mixte pour construire des raffineries de pétrole sur le territoire de la Syrie, qui exporte actuellement du brut à perte. Le président du Venezuela a fait preuve de sa volonté d’aider Damas à redresser cette situation. En réponse, Bachar al-Assad a placé Hugo Chavez parmi les « principaux amis du monde arabe ».
 
Chavez a récemment lancé un nouveau défi à l’Amérique. Du haut de la tribune de la 14e Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement du Mouvement des non-alignés, il a déclaré que chaque Etat, y compris le Venezuela, devait avoir le droit aux programmes nucléaires. Selon lui, le Venezuela est intéressé par le développement du nucléaire civil, dans la mesure où il doit se préparer au moment où les réserves de pétrole s’épuiseront.
 
Les rapports entre le Venezuela et la Russie se développent également. De grandes compagnies minières russes participent à l’exploitation de gisements d’hydrocarbures au Venezuela. Des contrats bilatéraux de livraison d’armements pour 3 milliards de dollars ont été conclus au cours de la visite d’Hugo Chavez en Russie en juillet 2006. Ces ententes ont suscité une tempête d’indignation à Washington. Mais les Etats-Unis n’ont pu empêcher la transaction russo-vénézuélienne.
 
Hugo Chavez considère la Russie comme un puissant pôle du monde multipolaire. Séjournant à Moscou en 2001, il a prononcé une phrase traduisant le fond de son approche : « La Russie s’élève sur les espaces de l’Eurasie pour assurer un équilibre dans le monde. Nous avons besoin d’une Russie forte pour parvenir à l’égalité ». Hugo Chavez et son équipe manifestent nettement leur aspiration à conférer une dynamique positive aux rapports avec la Russie. Sur le plan politique, des pourparlers et des consultations intenses ont lieu régulièrement à divers niveaux. Le Venezuela est objectivement intéressé aux hautes technologies que la Russie possède dans les secteurs militaires. Les acquis du Venezuela dans la pétrochimie peuvent en retour être employés avec succès en Russie.
 
La composante politique du dialogue russo-vénézuélien est également importante. Le Venezuela, de même que ses nombreux voisins dans la région, partage la façon dont la Russie aborde les problèmes cruciaux de l’ordre mondial contemporain, il soutient entièrement la conception russe du monde multipolaire. Moscou et Caracas coopèrent en outre au sein des organisations internationales, pour l’essentiel, à l’ONU.
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