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AMERIQUE LATINE : LA LUTTE VIENT DE COMMENCER PAR FIDEL CASTRO

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Rédaction le Naïf :Par ce texte le leader maximo met un peu d’ordre dans l’ambiance morphine installée par le big brother Barack Obama qui séduit tout le monde et comme tout séducteur il finira par consommer tout cru ses proies.
Fidel CASTRO

Les gouvernements peuvent bien changer, les instruments par lesquels ils ont fait de nous une colonie restent.

Pour un président étasunien ayant le sens de la morale, nous avons eu droit durant les vingt-huit années suivantes à trois qui ont commis des génocides et à un quatrième qui a internationalisé le blocus.

L’Organisation des États américains (OEA) a été l’instrument de ces crimes. Seul son coûteux appareil bureaucratique prend au sérieux les accords de sa Commission interaméricains des droits de l’homme (CIDH).

Notre nation a été la dernière colonie espagnole au terme de quatre siècles d’occupation et la première à se libérer de la domination des États-Unis au terme de plus de six décennies.

« La liberté coûte très cher, et il faut soit se résigner à vivre sans elle, soit se décider à la payer à son prix », nous a appris l’Apôtre de notre indépendance (José Marti – NDR).

Cuba respecte les vues des gouvernements des pays frères d’Amérique latine et des Caraïbes qui pensent autrement, mais elle ne souhaite pas faire partie de cette organisation.

Daniel Ortega (président du Nicaragua – NDR), qui a prononcé un discours courageux et historique à Port-of-Spain, a expliqué au peuple cubain que les pays indépendants d’Afrique n’avaient pas invité les anciennes puissances coloniales européennes à faire partie de l’Unité africaine. C’est là une position digne dont il faut tenir compte.

L’OEA n’a pas pu empêcher Reagan de déclencher sa sale guerre contre le peuple nicaraguayen, de miner les ports, de recourir au trafic de drogues pour acheter des armes et financer la mort, l’invalidité ou les lésions graves de dizaines de milliers de jeunes dans un si petit pays.

Qu’a fait l’OEA pour le protéger ?

Qu’a-t-elle fait pour empêcher l’invasion de Saint-Domingue ; les assassinats ou les disparitions de centaines de milliers de personnes au Guatemala ; les attaques de l’aviation, les assassinats de figures ecclésiastiques éminentes, les répressions massives contre le peuple ; les invasions de la Grenade et du Panama ; le coup d’État au Chili, les tortures et les disparitions dans ce pays, mais aussi en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et ailleurs ?

A-t-elle accusé une seule fois les États-Unis ? Comment évalue-t-elle ces faits sur le plan historique ?

Granma a publié hier mes Réflexions sur l’accord de la CDHI contre Cuba. J’ai eu ensuite la curiosité de connaître celui qu’elle a adopté contre le Venezuela. A peu près la même ordure.

La Révolution bolivarienne n’a pas accédé au pouvoir comme à Cuba. Dans notre pays, le processus politique avait été brusquement interrompu par un putsch militaire, promu par le gouvernement étasunien, le 10 mars 1952, à quelques semaines des élections générales prévues le 1er juin.

Une fois de plus, le peuple cubain n’avait d’autre choix que la résignation. Mais les Cubains luttèrent de nouveau et cette fois-là le dénouement fut différent. Presque sept ans plus tard, la Révolution était victorieuse pour la première fois dans l’histoire du pays.

Les combattants révolutionnaires, équipés d’un minimum de ressources militaires dont ils arrachèrent plus de 90 p. 100 à l’ennemi pendant vingt-cinq mois de guerre, soutenus par le peuple et, lors de l’offensive finale, par une grève générale révolutionnaire, liquidèrent la tyrannie et contrôlèrent toutes ses forces et tous ses centres de pouvoir.

La Révolution victorieuse devint source de droit, comme à n’importe quelle autre époque de l’Histoire.

Au Venezuela, ça a été différent. Chávez, un militaire révolutionnaire comme il en est d’autres sur notre continent, s’est installé à la présidence selon les normes de la Constitution bourgeoise en place, en tant que leader du Mouvement Ve République allié à d’autres forces de gauche.

La Révolution et ses instruments restaient à créer. Si le soulèvement militaire qu’il dirigeait avait triomphé, la Révolution aurait peut-être suivi un autre cours au Venezuela.

Chávez a été toutefois fidèle aux normes légales en place qui étaient désormais à sa portée comme voie de lutte principale. Il a développé l’habitude des consultations populaires chaque fois que de besoin.

Il a soumis la nouvelle Constitution à un référendum populaire. Il n’a pas tardé à faire l’expérience des méthodes de l’impérialisme et de ses alliés de l’oligarchie pour récupérer et conserver le pouvoir.

Le putsch du 11 avril 2002 a été la riposte de la contre-révolution.

Le peuple a réagi et l’a de nouveau porté au pouvoir alors que, isolé et coupé de tout, il était sur le point d’être liquidé par la droite qui le poussait à signer sa démission.

Chávez n’a pas plié, il a résisté jusqu’à ce que les marins vénézuéliens eux-mêmes le libèrent et que des pilotes d’hélicoptères des forces de l’air le ramènent au palais de Miraflores, alors occupé par le peuple et les soldats du fort Tiuna qui s’étaient soulevés contre les hauts gradés putschistes.

J’ai pensé ces jours-là que Chávez radicaliserait sa politique. Or, soucieux de l’unité et de la paix, il se montra généreux alors qu’il avait le plus de force et d’appui et engagea des conversations avec ses adversaires, en quête de coopération.

La réplique de l’impérialisme et de ses complices à cette attitude a été le putsch pétrolier. L’une des batailles les plus brillantes qu’il a menée durant cette période a sans doute été pour fournir des carburants au peuple vénézuélien.

Nous avions conversé bien des fois depuis sa première visite à Cuba en 1994 et sa conférence à l’Université de La Havane.

C’est quelqu’un de vraiment révolutionnaire, mais à mesure qu’il a pris conscience de l’injustice qui régnait dans la société vénézuélienne, sa pensée s’est approfondie jusqu’au moment où il s’est convaincu qu’il n’y avait pas d’autre choix au Venezuela qu’un changement radical et total.

Chávez connaît dans ses moindres détails les idées de Simón Bolívar qu’il admire profondément.

Ses ennemis intérieurs et extérieurs comprennent qu’il n’est pas aisé de vaincre un combattant tenace qui ne prend pas une minute de repos. Ils peuvent décider de le priver de la vie, mais ils savent ce que cela signifierait pour leurs intérêts.

Il peut exister des fous et des fanatiques irresponsables, certes, mais les leaders, les peuples et même l’humanité en soi ne sont pas à l’abri de ces dangers.

Quand on y pense la tête froide, on constate que Chávez est aujourd’hui un formidable adversaire du système de production capitaliste et de l’impérialisme.

Il est devenu un véritable expert au sujet de bien des nombreux problèmes fondamentaux de la société humaine. Je l’ai suivi ces jours-ci tandis qu’il inaugurait des dizaines de services de santé. Il est impressionnant. Il critique durement ce qu’il se passait dans des services vitaux comme l’hémodialyse qui étaient en des mains privées mais payées par l’État.

Les pauvres étaient condamnés à mort s’ils n’avaient pas d’argent. C’était pareil dans de nombreux autres services dont disposent aujourd’hui les nouvelles installations dans des centres hospitaliers dotés des équipements les plus modernes.

Chávez maîtrise avec brio jusqu’aux moindres détails de la production nationale et des services sociaux. Il domine la théorie et la pratique du socialisme dont son pays a besoin et il s’efforce de matérialiser ses plus profondes convictions. Il définit le capitalisme tel qu’il est ; il ne peint pas des caricatures, il montre des radiographies et des images du système.

Il analyse un ensemble particulier et odieux de formes d’exploitation du travail humain, injuste, inégal, arbitraire. Il ne parle pas seulement des travailleurs : il les montre à la télévision en train de produire de leurs mains, de déployer leur énergie, leurs connaissances, leur intelligence, de créer des biens ou des services indispensables aux êtres humains ; il leur pose des questions sur leurs enfants, leur famille, leurs femmes ou leurs maris, leurs proches ; il veut savoir où ils vivent, ce qu’ils étudient, ce qu’ils font pour élever leurs connaissances ; il veut connaître leur âge, leurs salaires, leur prochaine retraite ; il dément les mensonges grotesque que les impérialistes et les capitalistes répandent au sujet de la propriété.

Il montre des hôpitaux, des écoles, des usines, des garçons et des filles ; il fournit des données sur les usines en chantier au Venezuela, sur les machines, sur la croissance de l’emploi, sur les ressources naturelles ; il montre des graphiques et des cartes ; il donne des nouvelles sur la dernière découverte de gaz.

La toute récente loi adoptée par le Congrès a porté nationalisation des soixante principales entreprises prestataires de services à PDVSA, la société publique de pétrole, pour plus de huit milliards de dollars annuels ; elles n’étaient pas de propriété privée, elles avaient été créées par les gouvernements néolibéraux avec les ressources de PDVSA.

Je n’avais jamais vu une idée transformée si clairement en images et transmise par la télévision. Chávez n’a pas seulement un talent spécial pour saisir et transmettre l’essence des processus ; doté d’une mémoire privilégiée, il oublie difficilement une phrase, un mot, un vers, une intonation musicale ; il combine des mots qui expriment des concepts nouveaux.

Il parle d’un socialisme qui cherche la justice et l’égalité ; « tant que le colonialisme culturel persistera dans les esprits, le vieux n’en finira pas de mourir et le neuf n’en finira pas de naître ». Il combine des vers et des phrases éloquentes dans des articles et des lettres.

Il a surtout fait la preuve qu’il était le leader politique vénézuélien capable de créer un parti, de transmettre sans cesse des idées révolutionnaires à ses militants et de les éduquer politiquement.

J’ai surtout observé les visages des capitaines et des membres d’équipage des bateaux des entreprises nationalisées : quand ils ont pris la parole, ils ont exprimé leur orgueil intérieur, leur gratitude pour être reconnus à leur juste valeur, leur sécurité en l’avenir ; les étudiants d’économie en fin d’études, pleins de joie, ont nommé Chávez parrain de leur promotion quand celui-ci leur a dit qu’on avait besoin de plus de quatre cents d’entre eux pour travailler en Argentine, une fois le cours fini, dans les plus de deux cents usines qui verront le jour dans le cadre du programme souscrit avec ce pays et où ils familiariseront avec les procès de production.

Ramonet était aux côtés de Chávez, étonné de son travail. Quand, voilà à peu près huit ans, Cuba a débuté sa coopération révolutionnaire avec le Venezuela, Ramonet me posait des tas de questions au palais de la Révolution.

Bien informé, il se triture les méninges pour tenter de deviner ce qui se substituera au système de production capitaliste. L’expérience vénézuélienne l’étonne assurément. J’ai été témoin d’un effort singulier dans ce sens.

C’est un bataille d’idées que l’adversaire a perdue d’avance parce qu’il n’a rien à offrir à l’humanité.

Ce n’est pas pour rien que l’OEA s’efforce hypocritement de présenter Chávez en ennemi de la liberté d’expression et de la démocratie.

Presque un demi-siècle s’est écoulé depuis que ces armes émoussées et retorses se sont brisées contre la fermeté du peuple cubain. Aujourd’hui, le Venezuela n’est pas seul, et il peut aussi faire fond sur l’expérience de deux cents ans d’une histoire patriotique exceptionnelle.

C’est une lutte qui vient de juste de débuter sur notre continent.

Fidel Castro Ruz
Le 10 mai 2009
Auteur : Jean Jack LAPORTE

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GUADELOUPE

Source CaraïbeCreolsNews :La France a-t-elle aboli l’esclavage ? Par Danik I. Zandwonis *

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La France a-t-elle aboli l’esclavage ?  C’est le titre d’un ouvrage de l’historienne Nelly Schmidt qu’il faut avoir lu. Elle décortique avec une grande justesse d’analyse, les 2 « abolitions » de 1794 et 1848 en Guadeloupe et qui sont aujourd’hui encore des marqueurs de notre société coloniale.Mais c’est l’actualité africaine la plus brûlante qui nous ramène vers l’ouvrage de N. Schmidt. Le fait que des migrants d’origine africaine aient été vendus en Libye remet un coup de projecteur sur la politique francafricaine.

D’abord c’’est un média américain, (CNN) qui a révélé cette affaire, pourtant la présence politico-médiatique française en Afrique est plus que réelle. Ensuite on est en droit de s’interroger sur le black out de la France sur cette affaire. Ce silence gêné de médias français, tout comme celui de la diplomatie et du gouvernement français peut être compris comme une volonté affirmée de « zapper » ce fait gênant pour les uns et les autres. Il suffit pour s’en convaincre, de mesurer à l’inverse l’impact émotionnel de ces mêmes médias et du gouvernement français quand un ressortissant français blanc, soldat ou autre est la victime d’une agression en terre africaine.

Il est bon de rappeler, que le chaos existant actuellement en Lybie est l’une des conséquences de la politique Moyen -Orientale des européens, la France en tête. Chez nous en Guadeloupe, pays peuplé majoritairement d’Afro descendants , la réaction s’est aussi fait attendre. Silence radio total des deux assemblées majeures, pas un communiqué de Josette Borel ou de Chalus sur cette problématique. Faut -il penser que nos deux présidents ne sentent pas concernés ? même silence embarassé des parlementaires : ce n’est que 48h après qu’Olivier Serva a sorti un timide post sur les réseaux sociaux.

On en arrive même à se demander si toutes les manifestations qui sont généralement organisées au mois de mai pour « commémorer » l’abolition(?) de l’esclavage en Guadeloupe, ne sont pas totale hypocrisie ? 

En réalité, ces élus guadeloupéens, « marchent » au rythme du gouvernement français, quand le « maitre blanc » parle , ils vont dans le sens de sa parole, mais quand le maitre est silencieux, ils adoptent une attitude similaire. C’est bien là, le mal profond de notre pays, la classe politique dans son ensemble, manque cruellement de courage, elle préfère aller dans le sens du vent pour n’avoir jamais à s’opposer à ceux qui depuis Paris, décident pour nous.

Ce qui s’est passé en Libye et le silence -j’ai presque envie de dire- silence complice, prouve et démontre que les chaines de l’esclavage politico-mental sont toujours présentes dans les cerveaux. Mais il n’y a pas que pour la Libye. Il y a de cela quelques semaines, les Catalans ont posé avec force et détermination, la question de leur indépendance face à l’état central espagnol : vous avez entendu un élu guadeloupéen oser prendre une position contraire à celle du gouvernement français actuel ? la réponse est négative.

Fort heureusement, il y a encore quelques journalistes guadeloupéens qui osent dire tout et tout haut.( je me permets içi de saluer mes confrères de « Presse Hebdo « sur Radio Guadeloupe 1ére : Eric Lefèvre, Gilbert Pincemail, Olivier Lancien, Eric Bagassien…. ils font le job et ouvrent sans crainte les débats. On ne dira pas autant de cette radio commerciale au service du pouvoir devenue depuis 2009 quasiment murette sur tout ce qui peut déranger les pouvoirs en place.En réalité, notre classe politique, volontairement s’absente de tous ces débats, elle ne semble préoccupée que par ses questions électoralistes.

Et pourtant, la situation sociale s’aggrave en Guadeloupe ;les tensions couvent. il y a moins d’un mois, Elie Domota et les militants de l’UGTG ont lancé une première alerte, qui ressemble fortement à un avertissement. Mais là non plus personne n’a entendu. La vie continue « tranquillement », mais chacun se doit de savoir, que ce calme n’est qu’apparent, la Guadeloupe est de nouveau au bord d’une grosse crise.C’est à croire, que nous vivons dans une bulle. La Lybie, la Catalogne, la situation sociale et ses conséquences, tout cela n’interpelle personne : jusqu’à quand ?

*Danik I. Zandwonis Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site@ : danik@mediacreole.com

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Un poète, un homme hors du commun. PEY, PEY, PEY Par Jean ORTIZ

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Source le GRANDSOIR. Serge Pey est un extraordinaire poète, dans tous les sens du mot : qui sort de la règle, de l’usage ordinaires, qui n’est pas courant, exceptionnel, inhabituel, qui étonne par sa bizarrerie, son étrangeté, son originalité, qui s’écarte énormément du niveau moyen, ordinaire, qui, par ses qualités, sort de la moyenne, qui est très grand, intense, immense.

C’est un militant qui a mené la lutte clandestine dans le Chili de Pinochet.
C’est un de mes amis.
C’est un lecteur assidu du Grand Soir qu’il a défendu quand nous étions sous la grêle des calomnies.
Quelle bonne nouvelle que l’attribution du plus grand prix littéraire pour la poésie à cet homme-là !
Son ami Jean Ortiz (qui se ressemble s’assemble) lui rend hommage dans un article publié par l’Humanité.
Lisons, nous en serons meilleurs. Et plus heureux.
Maxime Vivas
Serge Pey, préfacier de notre « Vive le Che ! », vient d’être couronné à l’unanimité du Prix Apollinaire de poésie 2017, prix prestigieux s’il en est, équivalent d’un Goncourt de poésie. Créé par Cocteau en 1941. Couronné ! Le libertaire Serge Pey a dû goûter comme il se doit la saveur du mot, lui, le coupeur de têtes non-pensantes.
Il est difficile d’écrire sur un copain. Nous savons tous que Serge et son œuvre méritent… un mausolée, ou le Nobel !! Pour le mausolée, il y est réfractaire ; et comme l’homme au chapeau noir ne se vend pas, le Nobel n’est pas pour deux mains.

Ce prix lui a été décerné sur la terrasse du célèbre café littéraire Les deux magots, où Apollinaire avait ses alcools. Nul doute que Serge adore les magots !! Il a passé une vie à s’enrichir, à s’enrichir des autres, des luttes, des rêves, des résistances, des roseaux de pluie des indiens mexicains, des hallucinations au peyotl, des combats avec le MIR de Miguel Henríquez… Il y a trente ans, je l’avais invité pour réaliser une « performance poétique » dans mon établissement secondaire. Il performa si bien qu’il y forma un sacré souk, mais toujours de qualité pour tous. Halluciné. Hallucinogène. Hallucinatoire.

Sous la coupole de Niemeyer à Fabien, il y a un mois, au siège du PCF à Paris (pour honorer le CHE), avec sa compagne comédienne sarde Chiara, il scotcha la foule des camarades présents. « Mes mots rables », dit-il. « C’est la première fois que je rentre dans un siège coco ». Et il put en sortir ! ÉMU. BOULEVERSÉ. Et photo avec Pierre Laurent !
Serge vient d’être couronné pour son récent recueil de poésie (il en a enfanté des dizaines, aussi telluriques, aériens, fougueux, les uns que les autres), et autres matériaux poétiques, autour et dans son dernier né : « Flamenco », l’histoire d’une grande danseuse toulousaine, exilée, Carmen Gómez, la « Joselito », la danseuse aux pieds ailés, au « duende » inaltérable. La « Joselito », la mère de tous les flamencos de Toulouse, et de tous les guitaristes de grande facture de chez nous, souvent fils de l’exil républicain ou antifasciste, la famille Sandoval, Serge López, Manolo Rodriguez, et beaucoup, beaucoup d’autres. De tous les danseurs et danseuses qui prennent le Capitole pour Triana. La « Joselito » est la mère de tous ces Andalous occitans, métissés, multi-culturalisés, comme la soleá reste la mère du flamenco.

Je me souviens encore -il y a si longtemps- d’un voyage « ida y vuelta » à Séville, pour écouter Enrique Morente chanter son « Estrella », et nous ouvrir un horizon d’utopie sensuelle, incandescente, mais noire à la fois. Comme Lebrijano, Pinilla, el Cabrero, el Cigala, Camarón… et « les vieux », la source sans cesse renouvelée, la Paquera de Jerez, la Niña de los Peines, Marchena, Mairena, la Carmen Linares, la Cristina Hoyos, la Yerbabuena… Olé pour tous ceux que j’oublie, « Olé por bulería »

L’écriture de Pey est flamenca, parce qu’elle vient des racines, du sang, qu’elle est rythmée, « compassée », toujours proche de la rupture, parce qu’elle est chair, parce qu’elle est libre, provocatrice, jusqu’à inventer des balades, des itinéraires poétiques pour rejoindre et ressusciter Antonio Machado à Collioure, Victor Hugo à Cuba, Neruda partout… ARTE. POUR LE PEUPLE. Et action ! La pensée en actes et le poème arme « por todas partes ». Serge est un poète, flingueur et pro fête, à Toulouse comme à Santiago du Chili, un « payador » de l’oralité. Un fouteur de bordel poétique. Donc : politique.

Jean ORTIZ

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Géopolitique du sucre : et si on en parlait ? Le point de vue de SEBASTIEN ABIS

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Rédaction du Naïf: En Martinique la question du sucre est l’objet de querelles stériles entre les politiques, aucune réflexion sérieuse sur cette denrée de base stratégique. Entre un président de CTM quasiment hystérique et une question environnementale liée à la production du sucre le temps passe…

IRIS :Le sucre est partout présent dans notre quotidien et fait l’objet de nombreux débats. Devrait-on s’y intéresser autrement et constitue-t-il une denrée de base stratégique dans le monde contemporain ?

Sébastien Abis: Oui assurément, bien que cela dépende de l’endroit où l’on se trouve. Comme d’autres produits qui nous accompagnent chaque jour dans nos systèmes alimentaires, le sucre est consommé sans que l’on regarde l’arrière-plan stratégique qui le concerne. Dans une situation d’abondance alimentaire, où le curseur s’est déplacé sur les enjeux qualitatifs et sur la santé des individus, le sucre est devenu une matière à controverses. Or il apparaît comme problème uniquement lorsqu’il est consommé de façon excessive, phénomène nutritionnel qui fait écho à des enjeux de comportement alimentaire et d’activité physique. En outre, soulignons l’importance de la notion de plaisir ici. Le sucre participe pleinement à cette dynamique essentielle de l’alimentation des individus. Sans sucre, beaucoup de repas et de journées seraient bien plus monotones. Mais encore une fois, tout est question d’équilibres.
Et précisément, dans cette volonté d’adopter des pratiques et des démarches équilibrées, il convient de rappeler quelques réalités agricoles derrière ce produit de large consommation. Le sucre s’est mondialisé mais toute la planète n’en produit pas. A l’instar de nombreux autres produits stratégiques de notre alimentation de base, le sucre s’est banalisé (comme s’il pouvait presque automatiquement être disponible sur nos tables, dans nos armoires ou nos supermarchés), alors qu’il repose sur de subtils équilibres mondiaux entre l’offre et la demande et entre pays qui en produisent et ceux qui en importent fortement.

IRIS :Quelle est donc, actuellement, cette cartographie mondiale du sucre ?

Sébastien Abis :Produit principalement à partir de la canne à sucre et de la betterave sucrière, il doit répondre à une demande mondiale en croissance continue. En 50 ans, elle est passée d’environ 70 millions de tonnes (Mt) à un volume de 185 Mt désormais. Un quasi triplement sur l’espace d’un demi-siècle. Si le sucre est concurrencé par les édulcorants dans les pays riches, il ne l’est pas dans les pays émergents ou en développement. Les ventes de sucre mondiales suivent d’ailleurs la démographie et nous observons une relative stabilité des ventes moyenne par habitant depuis quelques années (25 kg par personne par an actuellement, contre 20 au début des années 1970, mais ces chiffres sont à relativiser car ils comprennent les utilisations non alimentaires, les pertes, etc.). Par rapport au début des années 2000, la planète « réclame » 55 Mt de sucre supplémentaire aujourd’hui ! C’est une hausse colossale à laquelle les planteurs font face, en cultivant davantage, en améliorant leur rendement et en réduisant leur empreinte environnementale, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, à l’image de beaucoup d’agriculteurs, dans cette double quête du produire plus et mieux.

Ces chiffres globaux ne doivent pas masquer des disparités territoriales significatives. D’abord, sur les 190 millions de tonne de sucre produites actuellement sur le globe, trois-quarts sont issues de la canne, qui est la véritable locomotive de la hausse mondiale de la production de sucre, passant de 42 à 147 Mt entre le début des années 1970 et la situation présente. La canne à sucre pousse essentiellement en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Mais soyons plus précis. Le Brésil, seul, fait 40 Mt, soit près de 25% de la production mondiale de sucre ! La moitié du sucre brésilien sert à fabriquer de l’éthanol. Je le précise car ne perdons pas de vue la diversité des usages de cette production sucrière. Au-delà du sucre, nous trouvons comme autres produits de la filière des biocarburants, de l’alcool et des transformations pour le secteur de la chimie et de l’industrie. Revenons à la canne à sucre dans le monde et à sa production. Après le Brésil, nous avons l’Inde qui réalise en moyenne entre 25 et 30 Mt, suivie par la Chine et la Thaïlande qui chacune font 10 Mt. Ensuite, en complément, avec 25% de la production mondiale, viennent les productions réalisées à partir de la betterave à sucre. Elle est majoritairement située en Europe (16 Mt) et autour de la mer Noire (10 Mt entre Russie, Ukraine et Turquie), sans oublier également les Etats-Unis (5 Mt).

Le sucre, consommé chaque jour par plusieurs milliards de personnes sur tous les continents, est donc produit dans des zones extrêmement réduites. En effet, les surfaces mondiales dédiées à la culture du sucre sont de 32 millions d’hectares, ce qui est dérisoire ! Cela représente à peine 0,2% du total des terres émergées du globe, près de deux fois moins que la France hexagonale. A titre comparatif, les surfaces mondiales en blé sont de 220 millions d’hectares. Par ailleurs, vous avez 10 pays qui assurent deux-tiers de la récolte mondiale de sucre : Brésil, Inde, Chine, Thaïlande, Etats-Unis, Russie, Mexique, Australie, Pakistan et France. On comprend mieux dans ce contexte le rôle du commerce international mais aussi l’importance des circuits longs et du cortège d’acteurs qui transforment, transportent et distribuent ce produit de base. Si l’on inclut les mouvements intra-communautaires au sein de l’Union européenne (UE), ce sont environ 70 Mt de sucre qui sont exportées en moyenne chaque année actuellement. Le Brésil en assure 40% avec environ 30 Mt, suivi par la Thaïlande, second exportateur mondial de sucre avec en moyenne 7 Mt par an. L’Australie, l’Inde, le Mexique et le Guatemala sont également actifs sur le plan des exportations, mais avec de moindres volumes. Et puis bientôt devrait s’inviter l’Europe à ce panel.

IRIS : Quelles sont en effet les positions de l’Europe dans ce paysage sucrier mondial ?

Sébastien Abis :L’UE a décidé de mettre fin à son système de quotas sucriers depuis le 1er octobre 2017. C’est un changement stratégique majeur après 50 ans d’existence d’un système conçu et organisé dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Or celle-ci évolue ces dernières années, les contraintes de volumes disparaissent et la libéralisation des échanges s’amplifie. Compte tenu de la hausse de la demande mondiale alimentaire sur de nombreuses denrées de base, l’UE a décidé en 2013 de supprimer ces quotas pour exprimer son potentiel agricole continental mais aussi à l’export. Cette campagne en cours devrait se traduire par une récolte de 20 Mt environ en Europe qui libérerait environ 4 Mt à l’export sur pays tiers. Cela représente près de 10% de la production mondiale de sucre. L’UE n’est pas un géant agricole sur ce produit, mais compte néanmoins dans l’équation mondiale. La fin des quotas s’affiche en tout cas comme un basculement notable. Ses effets sont multiples. D’abord, dans la perspective de cette fin des quotas, les surfaces dédiées à la betterave à sucre ont fortement augmenté ces derniers mois. En France, premier producteur européen (environ 5 Mt), la croissance est de 20%. En Allemagne, le mouvement est similaire. Ce pays est le second producteur de sucre en Europe (4 Mt), suivi par la Pologne (2 Mt). En 2018, l’UE devrait donc placer environ 4 Mt sur les marchés mondiaux. Bien que cela soit largement inférieur au Brésil, ces quantités viennent se positionner dans un contexte où l’équilibre est bon entre l’offre et la demande. Les prix ne sont d’ailleurs pas très favorables. Le cours du sucre a été divisé par deux entre l’automne 2016 et l’automne 2017. Pour l’Europe et ses planteurs, il convient donc d’agir dans un contexte de forte volatilité des cours et de compétition à l’échelle internationale. La co-production avec des partenaires sud-américains, maghrébins ou asiatiques constitue une stratégie assumée par plusieurs groupes agro-industriels européens du sucre. Ils sont tous en position d’accroître leurs exportations vers les zones où la consommation augmente rapidement. Le bassin méditerranéen et le continent africain apparaissent vite dans cette équation comme des pôles incontournables, où l’Europe peut conjuguer commerce et développement, investissement productif et coopération logistique ou scientifique. Les enjeux de sécurité alimentaire s’avèrent propices à ce type de partenariat global.

IRIS :Et la France dans tout cela ? Que représente le sucre dans ce pays souvent décrit comme une puissance agricole de premier plan ?

Sébastien Abis :La France est le 10ème producteur mondial de sucre, avec environ 5Mt, soit 8 fois moins que le Brésil et deux fois moins que la Chine. Mais la France est leader mondial de la betterave sucrière et premier producteur de sucre de l’UE. De la canne à sucre est également cultivée dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion). La France dispose de rendements excellents, parmi les plus élevés du monde, fruit d’une recherche scientifique et agronomique qu’il faut saluer, car elle accompagne le travail des agriculteurs et contribue aux bons résultats de l’industrie sucrière française. Depuis 1970, les rendements sucriers ont quasiment doublé en France, passant de 6,5 tonnes sucres à l’hectare à 13 en moyenne désormais. 70% de la production nationale est dédiée à l’alimentation dont 10% sert directement à fabriquer des « sucres de bouche », ces petits carrés blancs très présents dans notre quotidien. L’éthanol et les alcools captent ensuite 20% de la production française.

Le pays dispose donc d’atouts indéniables et il a une véritable carte stratégique à jouer dans ce contexte mondial où la demande en sucre s’accroît. Qui saurait pourtant décrire une betterave sucrière en France lorsqu’il met un sucre dans son café ? Il s’agit pourtant d’une plante vitale aux caractéristiques bien définies, répondant à un calendrier de culture précis, et considérée comme une tête d’assolement pour les agriculteurs. Dans notre pays, on plante en hiver et on récolte généralement à partir de mi-septembre. Il lui faut aussi une géographie propice à son développement. Nous retrouvons l’incontournable triptyque climat – eau – sol qui fait souvent la différence pour être performant en agriculture. Sans météorologie clémente (ni trop chaud, ni trop froid), sans apport hydrique régulier et stable, sans terres arables, il n’est pas du tout évident de se lancer dans la betterave sucrière. D’où le pôle de production dominant que représente l’Europe, continent où les conditions géographiques sont bien meilleures qu’ailleurs. On a tendance à l’oublier, mais c’est un atout pour l’Europe à l’échelle du globe.

Et la France se situe belle et bien au cœur de ce dispositif car, outre des rendements de qualité, des productions régulières et des capacités de transformation et de logistique compétitive, le pays est engagé avec son agriculture dans des démarches environnementales visant à se combiner avec les performances économiques. Des investissements importants sont par exemple mis en œuvre pour réduire drastiquement la consommation énergétique des sucreries et les planteurs sont engagés dans des itinéraires de production optimisant la gestion des ressources naturelles.

IRIS : Au-delà de l’agriculture en général et après les céréales, vous voilà donc en train de travailler sur la géopolitique du sucre ?

Sébastien Abis :En effet, le sucre, comme je l’ai fait avec le blé récemment, mériterait d’être traité sous l’angle de l’analyse stratégique. Les quelques considérations émises précédemment semblent justifier cette orientation. Beaucoup de choses sont dites ou écrites sur l’agriculture, l’alimentation ou les produits de base de notre consommation quotidienne. Dans nos sociétés européennes, nous avons tendance à perdre de vue le caractère géopolitique de ces questions. Il m’avait paru important de proposer un autre regard, moins technique, plus grand public, et surtout pluridisciplinaire, à propos du blé, cette céréale centrale pour la sécurité alimentaire mondiale.

Une telle démarche sur le sucre me paraît opportune à l’heure où l’on ne doit pas enfermer les débats agricoles et alimentaires sur des réflexions uniquement locales et court-termistes . La mondialisation alimentaire est une tendance lourde. Elle n’efface pas les gastronomies locales et les circuits courts. Mais elle s’impose partout dans ce monde où les brassages socioculturels sont incessants et où les individus aspirent à consommer de manière diversifiée et non-linéaire. Un déjeuner local le midi peut précéder un dîner mondial le soir. Ce qui signifie qu’il faille plusieurs modèles agricoles pour un tel éventail de comportements alimentaires.

SOURCE /iris-france.org/

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