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HAÏTI, par Oruno D. LARA

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Oruno D. LARA, historien, directeur du Centre de Recherches Caraïbes-Amériques (CERCAM), répond à Gérald BLONCOURT, qui a publié une lettre ouverte dans laquelle il souhaite « une Haïti renaissant de ses cendres, forte, belle, respectueuse des droits humains, fraternelle, digne de sa glorieuse histoire qui fit d’elle la première nation à avoir aboli l’esclavage » (cf. bloncourt.over-blog.net).
Réponse d’Oruno D. LARA à Gérald BLONCOURT :
Mon cher Gérald,
Tu rêves « d’une Haïti renaissant de ses cendres, forte, belle, respectueuse des droits humains, fraternelle, digne de sa glorieuse histoire qui fit d’elle la première nation à avoir aboli l’esclavage ».
Historien de métier, je ne me fais aucune illusion.
Je sais depuis des lustres, en travaillant d’arrache-pied, que Haïti, depuis 1804, est un pays particulier, un territoire opprimé, sous surveillance.
Un pays où les élites sociales, politiques, économiques n’ont jamais construit avec le peuple – ce vaillant peuple – ne serait-ce qu’une société au sens d’un pacte collectif. Alors, quand tu parles, toi aussi comme tant d’autres, de nation !!!
Un territoire où il n’existe pas d’Etat, où il n’y en a jamais eu. Des élites ont simplement instauré une « mascarade gouvernementale » qui fonctionne cahin caha et a pour fonction principale de pressurer le peuple (cf. les Codes de travail) et de s’emparer de l’aide internationale.
Un pays sans élite véritable. Depuis deux siècles, des générations d’hommes et de femmes sont partis, craignant pour leur vie et celle de leurs enfants. Ne sont restés au pays que de rares individualités de valeur qui ne peuvent guère s’opposer à cette racaille inculte, opportuniste, ambitieuse, vorace qui occupe le pouvoir depuis tant de décennies.
Un pays où la politique n’existe pas. Point de politique évidemment dans un contexte de dictature, d’autocratie.
Un territoire où les mythes ont la vie dure ! Finissons donc d’évoquer la « glorieuse histoire » ! Certes entre 1791 et 1803, une période de soulèvement et de guerre qui force le respect. Mais que dire de la population émancipée, mise à contribution, subissant les pressions et les oppressions de cette caste militaire et foncière qui les soumet à un véritable second esclavage ! N’est-ce pas cette population qui, au final, paie cette lourde indemnité octroyée à la France pour la reconnaissance du pays en 1825. Des élites apeurées qui font payer le peuple pour s’enrichir des domaines coloniaux et n’avoir pas à craindre un retour des anciens propriétaires français.
Comme il a déjà subi, ce vaillant peuple haïtien !
Alors, quand on parle d’une « Haïti renaissante » ou de « reconstruction », je réponds : de quel Haïti s’agit-il ? En outre : reconstruction ou construction ?
Pour construire (ou reconstruire), il faut des cœurs certes. Mais il faut également des cerveaux et des bras. Des bras, j’en vois, et des millions. Mais des cerveaux lucides, compétents, généreux ? Où sont-ils ? Sinon à l’extérieur du pays : aux USA, au Canada, en Europe…
Or, comment construire un pays en continuant à conserver cette clique oligarchique qui n’a même pas le droit de se dire politicien ? Comment envisager une construction sans pouvoir compter sur ce gisement intellectuel issu des meilleures universités étrangères ?
Un territoire actuellement placé entièrement entre les mains des Occidentaux qui l’occupent et l’orientent dans le sens de leurs intérêts respectifs.
Qui coordonne en ce moment l’aide internationale ?
CLINTON et ses complices, BUSH et consorts, ont eux aussi d’énormes besoins d’argent. Combien de ces personnalités vont-elles se sucrer sur le dos des Haïtiens ?
Un pays considéré comme un des plus pauvres de la planète, qui réussit tout de même à enrichir tant de gens !
Alors que reste t-il à faire ?
A se rassembler pour prier …
A gesticuler avec les prédicateurs …
A s’en remettre au vaudou …
A se réfugier dans la gloire d’une histoire passée ou d’une culture immense ?
La question des séismes, tremblements de terre, elle, n’attend pas nos jérémiades. Mais comment, encore une fois, établir des laboratoires, ausculter les failles, analyser les anciennes ruptures tectoniques, élaborer des plans et des projets de protection, sans octroyer une aide constante aux scientifiques haïtiens, profondément préoccupés par la survie de leur pays.
Oruno D. LARA
oruno.d.lara.over-blog.fr
Auteur : cercam@wanadoo.fr

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18 MAI : FETE DU DRAPEAU HAITIEN

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Par la Rédaction du Naïf : La fête du drapeau Haïtien symbolise la dignité du Peuple Haïtien conquise par ses propres forces et aussi l’humiliation de la France et de Napoléon Bonaparte. Ce drapeau à donc toute une histoire que nous suivons par les dates-clefs suivantes.
Dans la mémoire collective française, il y a donc un oubli – une occultation ? – du passé négrier et esclavagiste de la France coloniale. Elle concerne Haïti.

Pourquoi?

On peut, avec Marcel Dorigny, y voir deux raisons.

La première abolition de l’esclavage, en 1794, a eu lieu sous la Révolution française. Elle a été obtenue par la violence, l’insurrection, les massacres.

Huit ans plus tard, en 1802, Bonaparte revient sur cette abolition et rétablit l’esclavage. C’est cet épisode, largement occulté en France, qui amène les anciens esclaves de Saint-Domingue à proclamer l’indépendance de la colonie.

On comprend que, dans ces conditions, la perte de Saint-Domingue soit un choc national refoulé.

L’autre raison réside dans la deuxième colonisation. Quand la France repart à la conquête d’un domaine colonial à partir de 1830, elle le fait au nom des droits de l’homme! Objectif affiché: apporter la civilisation aux Africains.

Dans la réalité, on applique un code de l’indigénat qui classe les individus en deux catégories : les Européens ont un statut de citoyens, mais les «indigènes» ne sont que des sujets. Et on instaure le travail forcé (il faudra attendre 1947 pour qu’il soit supprimé).

Dans les manuels scolaires, on parle peu de la première colonisation, celle qui reposait sur le trafic négrier et l’esclavage.

L’école républicaine a préféré mettre en valeur l’abolition de 1848, faite sous la IIe République. De plus, l’évocation du rétablissement de l’esclavage en 1802 aurait terni l’image de Napoléon, figure glorieuse de la mythologie nationale française.

Les raisons précédentes suffiraient à expliquer pourquoi Haïti, société issue de l’esclavage colonial, a été évacuée de la mémoire collective française8.

Mais Haïti a commis en plus un double affront. D’abord, elle est sortie du système esclavagiste par ses propres moyens: c’est l’insurrection victorieuse des esclaves qui a imposé l’abolition en 1794.

La Convention s’est trouvée devant un fait accompli, qu’elle n’a eu qu’à ratifier et à étendre aux autres colonies. Ensuite, Haïti a gagné son indépendance par sa victoire sur les troupes françaises. «La première défaite de Napoléon, ce n’est ni Baïlen en Espagne, ni Moscou, mais Vertières en Haïti, le 18 novembre 1803!»(Marcel Dorigny)

D’abord, elle est sortie du système esclavagiste par ses propres moyens: c’est l’insurrection victorieuse des esclaves qui a imposé l’abolition en 1794. La Convention s’est trouvée devant un fait accompli, qu’elle n’a eu qu’à ratifier et à étendre aux autres colonies. Ensuite, Haïti a gagné son indépendance par sa victoire sur les troupes françaises. « La première défaite de Napoléon, ce n’est ni Baïlen en Espagne, ni Moscou, mais Vertières en Haïti, le 18 novembre 1803! ».

HISTOIRE DU DRAPEAU

1697. Le drapeau français flotte sur la colonie française de Saint-Domingue durant plus d’un siècle jusqu’en février 1803. Le leader Noir, précurseur de l’indépendance, Toussaint Louverture, adopte en 1798 le tricolore français.

En janvier 1801]b il est nommé gouverneur et dirige l’île toute entière, puis par la constitution du 8 juillet 1801, devient Gouverneur à vie. En juin 1802, Toussaint Louverture est fait prisonnier par Napoléon Bonaparte et déporté en France où il meurt.

1803. En février 1803, à Petite Rivière de l’Artibonite, Jean-Jacques Dessalines, le chef des insurgés Noirs et Alexandre Pétion, le leader des Mulâtres, décident de ne plus combattre aux côtés des Français. Lors du Congrès de l’Arcahaie, le 18 mai 1803, Dessalines ôte la bande blanche de l’emblème colonial pour donner naissance au premier étendard haïtien symbolisant l’union des Mulâtres et des Noirs dans la lutte pour leur liberté. Il y fait inscrire la devise « Liberté ou la Mort ». Dessalines est alors nommé Général en chef de l’armée de l’insurrection. Catherine Flon, belle-fille de l’épouse de Dessalines, est chargée de recoudre les deux bandes, bleu et rouge.

1804]b. Le 18 novembre 1803, la capitulation des troupes françaises à Vertières scelle l’indépendance d’Haïti. Le 1er janvier 1804, les chefs de la Révolution décident de changer le drapeau en disposant horizontalement les couleurs. C’est le premier drapeau officiel de la République libre et indépendante. La Constitution de 1843 confirme ce drapeau bicolore horizontal (article 192).

1805. Le 8 octobre 1804, Dessalines se proclame empereur sous le nom de Jacques 1er. Il adopte alors, le 20 mai 1805, un nouveau drapeau noir et rouge vertical. Ces couleurs symbolisent les mots: la « Liberté » (rouge) ou la « Mort » (noir).

1806. Après les événements du 17 octobre 1806 au Pont Rouge, où est assassiné Jean-Jacques Dessalines, le pays, durant 14 ans, se divise en deux parties, d’une part le Nord et d’autre part, le Sud et l’Ouest, gouvernées respectivement par Alexandre Pétion et Henri Christophe.

Alexandre Pétion redessine le drapeau cette même année, reprenant le bleu et le rouge de 1804 en y ajoutant « L’Union fait la force » et un carré d’étoffe blanche au milieu duquel furent placées les armes de la République ornées du bonnet de la liberté (bonnet phrygien).

Ce drapeau flotta au-dessus du Palais National durant 158 années jusqu’en 1964.

1811. Le 27 décembre 1806, le Général Henri Christophe, est nommé président et est reconnu par le Nord, le Nord-Ouest et plus tard, en 1807, par l’Arbonite. Le 28 mars 1811, il s’est proclamé roi sous le nom de Henri Ier (1811-1820).

L’Empereur conserve les couleurs de l’étendard impérial du Royaume du Nord (1805) mais en glissant la bande rouge du côté du mât avec au milieu, un écusson muni d’un phénix surmonté de cinq étoiles d’or sur fond bleu. Une couronne est disposée au-dessus du phénix et dans le cercle, une inscription latine ‘ex cinerebus nascitur’ « des cendres, je renaîtrai ».

Le royaume d’Henri Ier est supprimé en 1818 suite à la conquête du Nord par Alexandre Pétion, proclamé président le 19 mars 1807, et qui impose le drapeau bleu, rouge, horizontal. Jean-Pierre Boyer lui succède le 8 octobre 1820 mais conserve le même drapeau.

1822.]bLe 9 février 1822, Jean-Pierre Boyer annexe la partie espagnole de l’île (à présent République Dominicaine) laquelle, quelques mois auparavant, le 30 novembre 1821, proclame son indépendance de l’Espagne sous le nom de « Republica del Haiti espanol » « République d’Haïti Espagnol » et parallèlement, son union avec la Grande Colombie. Le drapeau de la République d’Haïti Espagnol est hissé dès les premières semaines de 1822 mais c’est le drapeau de la Grande Colombie de l’époque. Une République que Boyer ne tarde pas à dissoudre.

1849. Une tentative de réhabilitation du drapeau noir et rouge, entreprise en 1844, est un échec. En 1847, Faustin Soulouque est élu président et en 1849, se proclame empereur sous le nom de Faustin Ier (1849-1859). Dans sa Constitution de 1849, il adopte le drapeau bleu et rouge mais remplace les armoiries par un écusson. L’Empire de Faustin 1er se termine le 15 Janvier 1859 et les armes de la République retrouvent leur place initiale, au centre du drapeau.

1964.François Duvalier, Papa Doc, est élu président en 1957 et en 1960, s’empare de tous les pouvoirs. En 1963 il crée le parti unique. Une nouvelle Constitution est adoptée le 25 mai 1964, laquelle adopte le drapeau noir et rouge. Ce dernier est officiellement confirmé le 21 juin 1964.

Cependant, les armoiries de la République sont conservées. Duvalier meurt le 21 avril 1971 et est remplacé par son fils, Jean Claude, proclamé président à vie.

A la suite d’une révolte populaire, Jean Claude quitte le pouvoir en février 1986.

1986.Le 17 février 1986, 10 jours après le départ de Jean-Claude Duvalier, la nation adopte de nouveau le bleu et rouge qui est ratifié un an plus tard, le 29 Mars 1987, lors du plébiscite sur la Constitution de 1987.

En Martinique ,l’Association des Haïtiens ne manque pas à la règle de célébrer la liberté gagnée.
Auteur : Camille CHAUVET

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HAITI -REPUBLIQUE DOMINICAINE:ENTRE LUMIERE ET OMBRE

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Par Wooldy Edson Louidor P-au-P., 16 mars 09 [AlterPresse] — Les gestes, posés par les deux gouvernements haïtien et dominicain au cours du premier trimestre de l’année 2009, en ce qui a trait aux rapports entre les deux pays, annoncent de brillantes perspectives pour l’avenir des relations binationales, relève l’agence en ligne AlterPresse.
Par Wooldy Edson Louidor P-au-P., 16 mars 09 [AlterPresse] — Les gestes, posés par les deux gouvernements haïtien et dominicain au cours du premier trimestre de l’année 2009, en ce qui a trait aux rapports entre les deux pays, annoncent de brillantes perspectives pour l’avenir des relations binationales, relève l’agence en ligne AlterPresse.

De 2008 à aujourd’hui, la situation des droits humains des migrants haïtiens et de leurs descendants dans le pays voisin a laissé un sombre bilan.

Des faits annonciateurs de perspectives brillantes

Les deux derniers mois de cette nouvelle année sont jalonnés de bonne nouvelles pour les rapports entre les deux pays.

En premier lieu, la nomination de Rubén Silié Valdéz, comme ambassadeur de la République Dominicaine en Haïti, a été saluée par les secteurs progressistes dans le pays voisin et par les organisations haïtiennes œuvrant à l’harmonisation des relations entre les deux peuples.

Monsieur Valdéz, qui a présenté le 4 mars dernier sa lettre de créance au président haïtien René Préval, est très apprécié par les organisations de la société civile dominicaine pour son expertise et son sérieux dans des analyses sur la thématique haïtiano-dominicaine.

Le nouvel ambassadeur dominicain a conduit plusieurs recherches en la matière et offert sa collaboration dans la réalisation de différentes initiatives prises par le Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants (SJRM) et autres organismes de promotion et de défense des droits des migrants haïtiens et de leurs descendants en République Dominicaine.

Un autre fait important est, sans doute, la réactivation de la Commission Mixte Haïtiano-Dominicaine. L’une des missions fondamentales de cette Commission est d’analyser et évaluer régulièrement la coopération entre les deux pays en vue de formuler des recommandations pour l’amélioration et le renforcement de cette coopération, souligne le document rétablissant la participation d’Haïti à ladite Commission.

Au sein de la Commission qui ouvrira sûrement des passerelles entre les deux gouvernements, la partie dominicaine sera présidée par le chancelier dominicain Carlos Troncoso Morales, tandis que la première ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis dirigera la contrepartie haïtienne.

Une première réunion entre les deux mandataires de l’île est fixée pour le 24 mars dans la commune frontalière dominicaine de Comendador. Plusieurs thèmes bilatéraux, dont la levée des sanctions contre la commercialisation des produits avicoles dominicains en Haïti, figurent dans l’agenda de cette réunion entre les deux plus hautes autorités de l’île.

À rappeler que l’État haïtien a mis depuis 2007 un embargo sur l’exportation d’œufs et de poulets dominicains vers son territoire, suite à la découverte de foyers de grippe aviaire dans des poulaillers situés dans le pays voisin. Par l’entremise de la ministre du Commerce et de l’Industrie, Marie-José Garnier, l’administration haïtienne a annoncé que la levée de cette sanction ayant durement frappé les producteurs avicoles dominicains est conditionnée aux résultats de nouvelles investigations qui seront menées dans le pays voisin.

Des points d’ombre persistent

Si l’année 2009 s’annonce brillante pour le futur des rapports entre les deux pays, du début de 2008 au premier trimestre de cette nouvelle année des points d’ombres persistent. Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) et Solidarite Fwontalye (SF), branche haïtienne du Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants (SJRM), ont tiré, depuis le début de l’année 2009, la sonnette d’alarme pour dénoncer les violences exercées contre les migrants haïtiens en République Dominicaine. « Au moins 5 Haïtiens sont morts et 15 autres blessés, tel est le bilan partiel des violences enregistrées contre cette communauté de migrants en République Dominicaine, en janvier 2009 », peut-on lire dans un communiqué que le GARR a publié le 20 février 2009.

Pour sa part, Solidarite Fwontalye/SJRM a informé que « le 31 janvier (2009), 3 Haïtiens originaires de Mombin Crochu, ont été assassinés de l’autre côté de la frontière par des Dominicains non identifiés ».

Les Haïtiens victimes de ces violences au cours de cette année ont été blessés à l’arme blanche ou par des balles tirées par des soldats du corps militaire dominicain spécialisé en sécurité frontalière appelé CESFRONT.

Les circonstances de ces agressions sont liées à des situations de trafic illégal de migrants haïtiens vers le pays voisin ou à des affrontements entre Haïtiens et Dominicains.

Les violences exercées en représailles par des Dominicains en colère contre des Haïtiens auxquels ils attribuent, sans enquête préalable, des crimes contre leurs compatriotes continuent aussi à figurer comme l’une des circonstances entourant ces agressions. L’année 2008 a été marquée par des drames ayant découlé de ces types de représailles exercées dans certaines communautés.

Faut-il citer le cas de Neiba (Sud dominicain) où 3 Haïtiens ont été tués à l’arme blanche et une quinzaine d’autres blessés entre le 27 octobre et le 2 novembre de l’année dernière, suite à des représailles exercées par des Dominicains de cette localité qui accusaient, sans preuve à l’appui, des migrants d’avoir assassiné un motocycliste dominicain du nom de César Díaz Pérez.

Au cours de cette période de tension dans la communauté de Neiba et dans les environs, environ 700 Haïtiens, dont des enfants en uniforme, ont été déportés à la frontière. Leurs résidences ont été pillées et leurs biens volés.

Pendant l’année 2008, la frontière haïtiano-dominicaine s’est convertie en une boucherie où des trafiquants dominicains et haïtiens ont conduit régulièrement des migrants clandestins pour les faire tuer par des soldats du CESFRONT. Des femmes enceintes et des enfants haïtiens n’ont pas été épargnés ni des filets mortels des délinquants ni des balles assassines des militaires dominicains.

La frontière Nord est emblématique de cette situation où des trafiquants circulent sur le pont frontalier officiel, souvent au su et au vu des autorités dominicaines et haïtiennes et des soldats de la MINUSTAH, avec des enfants pour les faire entrer sans papiers dans le pays voisin.

Dans un rapport publié par Solidarite Fwontalye/SJRM, seulement à la frontière Nord, plus de 1,300 enfants ont été victimes du trafic illégal pour la période allant de janvier à juin 2008.

Dans la même aire frontalière du Nord, une femme enceinte, Anite Joazard, marchande de mirlitons, a été tuée par balles en plein ventre, le 24 mars 2008, par un militaire du CESFRONT au milieu du marché de Dajabón. Ce militaire a fait feu au cours d’une altercation avec un Haïtien du nom de Jean Simon Jalinx qui lui servait de courtier pour extorquer de l’argent aux citoyens désireux de traverser la frontière avec des produits.

Les rapports de bon voisinage ayant existé entre les deux peuples à la frontière tendent aussi à s’effriter pour laisser place à des affrontements devenus plus fréquents entre des militaires dominicains et des ressortissants haïtiens.

La République Dominicaine militarise de plus en plus sa frontière et y permet de moins en moins le passage des Haïtiens. Cette situation crée souvent des conflits entre les militaires dominicains toujours prêts à faire feu et les Haïtiens vivant à la frontière et en quête de tout type de biens et de services (éducation, santé…) disponibles dans les communautés du pays voisin.

L’impunité face aux crimes commis par des soldats dominicains contre les Haïtiens constitue également un autre élément qui encourage des violences à la frontière. Par exemple, Franklin Terrero, policier dominicain en poste à Elías Piña (frontalier avec Belladère), a été pointé du doigt comme auteur de deux homicides en série dans la même ville : l’un perpétré le 22 janvier 2008 contre un cultivateur haïtien du nom d’Iloxène Antoine et un autre contre un autre Haïtien, Frantzy Grand-Pierre, en date du 2 août de la même année.

Par ailleurs, depuis sa réélection pour un troisième mandat suite aux présidentielles dominicaines du 16 mai 2008, Leonel Fernández a rendu encore plus vulnérable la situation des migrants haïtiens et leurs descendants en République Dominicaine, en raison de la violation systématique du droit des descendants d’Haïtiens nés dans le pays voisin à la nationalité dominicaine et du processus d’exclusion de ce segment de la société dominicaine consacrée dans la proposition présidentielle de réforme constitutionnelle actuellement en discussion au Parlement.

Par exemple, l’un des points très controversés de cette réforme est la réduction du jus soli (droit du sol), voire sa substitution par le jus sanguini (droit du sang) [1]. Au cas où cette proposition serait approuvée par le Parlement dominicain, des centaines de milliers de Dominicains d’origine haïtienne (les fils et filles de migrants haïtiens irréguliers nés sur le sol dominicain) se verraient définitivement privés de la nationalité dominicaine, à laquelle ils ont droit en vertu de l’actuelle Constitution dominicaine en vigueur.

Mais le gouvernement dominicain s’obstine à nier à cette catégorie de la population dominicaine ce droit, en dépit des pressions exercées à tous les niveaux (national, binational et international) pour le contraindre à respecter la Loi mère dominicaine.

Les perspectives vues à partir des deux gouvernements

Au-delà du questionnement fait par des analystes sur les véritables intentions du président Leonel Fernández par rapport à Haïti, il y a lieu de noter un certain dynamisme de la part de l’actuel gouvernement dominicain pour normaliser et régulariser les relations entre les deux pays.

Bien sûr, le mandataire du pays voisin joue sur toutes les cartes pour manifester son intérêt pour le maintien de l’harmonie dans les rapports entre les deux États.

L’évocation de son amitié avec Préval, la création de l’organisation non gouvernementale « Fundación Global Democracia y Desarrollo (FUNGLODE) œuvrant à la création de liens d’amitié entre les deux pays, la présence d’intellectuels acceptés par les secteurs progressistes de l’île dans son équipe gouvernementale et maintenant dans l’ambassade dominicaine à Port-au-Prince, des actions de plaidoyer au niveau international en faveur de l’aide à Haïti et ses différents entretiens avec de hauts fonctionnaires de l’ONU et d’autres acteurs impliqués dans la reconstruction du pays voisin figurent parmi ses principales stratégies.

Cependant, il demeure muet sur les mesures qu’il compte adopter pour améliorer le traitement donné aux migrants haïtiens et à leurs descendants en République Dominicaine.

Et du côté de l’administration haïtienne Préval/Pierre-Louis, quelles sont ses perspectives par rapport aux relations avec le pays voisin ? Il semble qu’elle est encore plongée dans un sommeil profond, duquel tente de l’arracher la réactivation de la Commission Mixte Haïtiano-Dominicaine.

Les migrants haïtiens en République Dominicaine sont constamment victimes de cette indifférence des autorités de leur pays. Leurs descendants nés dans le pays voisin sont également menacés de subir le même sort. Enfin, le peuple haïtien reste livré à lui-même à la frontière et en République Dominicaine. [wel gp apr 16/03/09 10 :00]

SOURCE / AlterPresse

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Auteur : Camille CHAUVET

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