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La complicité de la France dans la crise en Centrafrique Par Antoine Roger Lokongo

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4356825-6565943.jpgMartinique.Rédaction leNaïf /Source LeGrandSoir.info :Les lecteurs des médias institutionnels pourraient en déduire que la France porte le « fardeau de l’homme blanc », sans laquelle les Africains sombreraient dans la barbarie. Pourtant, « c’est la France qui est un fardeau pour la RCA et ses anciennes colonies en Afrique, pas le contraire ». « Sans l’Afrique, la France finira au rang d’un pays du Tiers Monde »

 A la fin de l’année 2013, “le fardeau de l’homme blanc » s’avérait trop lourd à porter pour la France. Se sentant trop juste en ressources militaires et matérielles, Paris appelait à la rescousse les autres puissances européennes pour faire face à sa « responsabilité » de réprimer la violence, rétablir la paix, l’ordre et la légitimité politique dans son pré carré du Mali et de Centrafrique. Deux pays dans la tourmente, avec les terroristes islamistes liés à Al-Qaïda au Maghreb (Aqmi), Boko Haram au nord du Nigeria, etc., qui sèment actuellement la terreur au nord du Mali et les chrétiens et musulmans qui sont en train de se massacrer en Centrafrique. La Belgique et les États-Unis ont tous deux répondu présent en fournissant de la logistique et des moyens de transports pour les soldats français et africains.

La France considère ces pays comme sa chasse gardée

La France considère ces pays comme sa chasse gardée parce que la République de Centrafrique (la RCA) et d’autres anciennes colonies françaises en Afrique centrale et occidentale constituent ce qu’on appelle la « Françafrique », c’est-à-dire que depuis l’indépendance, il ont gardé des liens étroits avec la France, l’ancienne puissance coloniale, avec laquelle ils sont liés non seulement par des accords de défense, mais également par une monnaie commune, le franc CFA, qui était d’abord indexé sur le franc français, et, donc dépendant du ministère des finances français, puis, à présent sur l’euro.

Comme l’a expliqué Colette Braeckman du quotidien belge « Le Soir », le 31 décembre 2013, si la France abandonne ces anciennes colonies, cela représentera non seulement une démission du point de vue humanitaire, mais également un signe politique indiquant l’affaiblissement de la position de la France sur le plan international. Et donc, « abandonner » n’est pas exactement le terme ici parce que la France ne peut pas se passer de l’Afrique. En fait, l’ancien président Jacques Chirac avait reconnu, en 2008, que « sans l’Afrique, la France sombrera au niveau d’un pays du Tiers Monde » (Philippe Leymarie, 2008, Manière de voir, n°79, février-mars 2008).

 « La France intervient en Afrique pour assurer sa propre survie en tant que pays et en tant que grande puissance ».

 François Mitterrand, le prédécesseur de Chirac, avait déjà prédit en 1957 que « sans l’Afrique, la France n’aura pas d’histoire au XXIème (François Mitterrand, Présence française et abandon, 1957, Paris : Plon). L’ancien ministre des Affaires Etrangères, Jacques Godfrain, avait, pour sa part, confirmé qu’un petit pays [la France], peu puissant, « peut soulever des montagnes grâce aux relations qu’il entretient avec 15 à 20 pays africains ». Cette déclaration est en adéquation avec la politique que la France mène en Afrique, la « Françafrique », et qui a pour objectif de perpétuer les « relations spéciales » qu’elle entretient avec ses anciennes colonies africaines (Thabo Mbeki, dans l’article « Ce que le monde n’a pas compris en Côte d’Ivoire », Foreign Policy. 29 avril 2011).

Et donc, la France intervient en Afrique pour assurer sa propre survie en tant que pays et en tant que grande puissance. Il est parfaitement justifié de dire que c’est la France qui est un fardeau pour la RCA et ses autres anciennes colonies en Afrique, pas l’inverse. Et donc l’indépendance totale pour la RCA, à la fois politique et économique, signifie la fin de la « Françafrique ». Unis dans la crainte de la ChineLa raison pour laquelle la France compte sur le soutien de l’Europe, c’est que toutes les puissances européennes sont actuellement unies dans leur crainte de la forte présence de la Chine en Afrique. Comme l’explique Colette Braeckman dans son article du 31 décembre 2013 : la France compte sur la solidarité des anciennes puissances coloniales (la Grande Bretagne et la Belgique) pour ne pas abandonner le terrain aux nouveaux arrivants (les Chinois, mais également les Coréens, les Turcs …) dans ces pays potentiellement riches et de plus en plus courtisés (riche en bois, en ressources agricoles et en minerais, dont les diamants, le pétrole et l’uranium, pour ce qui est de la Centrafrique).

C’est ce qui est véritablement en jeu dans les interventions de la France à la fois au Mali, en RCA et en Côte d’Ivoire en 2011, où Sarkozy a fait partir de force Laurent Gbagbo pour installer Alassane Ouattara.On sait que Gbagbo de Côte d’Ivoire, comme l’ancien président François Bozizé de la RCA, se sont attiré des ennuis avec leur maître – c’est-à-dire, la France – parce qu’ils se sont tournés vers la Chine pour conclure une coopération « gagnant-gagnant ». Ils ont été promptement démis de leurs fonctions. En ce qui concerne la RCA, la France avait choisi Michel Djotodia, chef du Seleka (qui signifie « coalition » en sango), un mouvement centrafricain de forces rebelles opposé au président Bozizé qu’il a renversé en l’espace de quelques semaines.

La France n’était-elle pas au courant, à l’époque, que le Seleka était un mouvement islamiste du nord de la RCA, lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à Boko Haram du nord du Nigeria ? Paris le savait sûrement ! Mais ces accords sur l’uranium qu’avait conclus Bozizé avec la Chine avaient signé la fin de son régime.

De la « guerre pour changement de régime » à la « guerre de correction”

Le Seleka renversait Bozizé et s’emparait du pouvoir en mars 2013. Cependant, les hommes du Seleka, qui avaient refusé de rendre les armes et d’être confinés dans des casernes, avaient, pendant des mois, multiplié les violences contre la population civile, principalement des chrétiens du sud du pays. Le 13 septembre 2013, le président intérimaire de la RCA, Michel Djotodia, annonçait que le Seleka avait été dissous. Ces atrocités commises par des gangs du Seleka (composé de Tchadiens, de Soudanais et d’autres « soldats sans frontières ») entrainaient l’émergence de milices, d’auto-défense, les « Anti-balaka », constituées de chrétiens, de simples agriculteurs armés de machettes, mais également d’anciens partisans du président destitué François Bozizé (Colette Braeckman, Le Soir, 28 décembre 2013). Au départ, la France avait lancé ce qu’elle avait appelé l’ »Operation Sangaris », qui était pour l’essentiel une opération de maintien de l’ordre chargée d’une mission précise : neutraliser les combattants du Seleka.

L’armée française agissait en coordination avec la force d’intervention de la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine), qui succédait à la FOMAC (Force multinationale de l’Afrique centrale) composée de soldats de l’armée de la République du Congo (Brazzaville), du Tchad et du Burundi. Le 5 décembre 2013, alors que l’ »Opération Sangaris » n’en était encore qu’à ses débuts, des éléments des « Anti-Balaka » armés de machettes, attaquaient et massacraient de nombreux musulmans qu’ils accusaient de soutenir le Seleka du nord, majoritairement musulman également. Diviser pour régner, l’héritage du colonialisme français fait des dégâts.

Selon l’hebdomadaire « Jeune Afrique », il ne s’agissait pas seulement de représailles, mais d’une offensive de professionnels de l’armée coordonnée par le fils de l’ancien président Bozizé. Plus de 600 personnes avaient été tuées à Bangui, la capitale.  A partir de là, l’image du conflit s’est brouillée. Alors qu’elles affirment être neutres, les forces françaises sont accusées par les musulmans d’être du côté des chrétiens.

Les relations avec le président intérimaire, Michel Djotodia, se sont détériorées au point d’avoir fait place à la haine (surtout à cause de ce lien avec les islamistes alors que la France combattait les mêmes islamistes au Mali). Les soldats africains, censés aider à rétablir la paix, étaient accusés d’avoir des objectifs différents. Ainsi, il se disait que les Tchadiens protégeaient le Seleka (qui comprend des ressortissants de leur pays) alors que les soldats du Congo-Brazzaville et du Burundi se sentent plus proches des populations chrétiennes, à tel point qu’il y a eu un échange de coups de feu entre les « soldats de la paix » du Burundi et leurs homologues tchadiens à Bangui. La tension était telle qu’il avait été décidé finalement qu’il avait fallu transférer les Tchadiens au nord du pays (Colette Braeckman, Le Soir, 28 décembre 2013).

Craignant que la crise ne s’étende à la RDC (comme cela s’était produit pour le Rwanda en 1994 ; en fait la RDC avait déjà accueilli des milliers de refugiés de la RCA, avec laquelle elle a une frontière commune, longue mais poreuse), Kinshasa avait annoncé le déploiement de 850 soldats en Centrafrique pour sécuriser la frontière. De façon étonnante, le Rwanda, qui est en guerre avec la République Démocratique du Congo, a également annoncé qu’il allait fournir à l’Union Africaine un contingent de 800 hommes (apparemment, les soldats rwandais s’en vont traquer les Hutus « auteurs de génocide » qui se cacheraient en RCA).

Plus d’un millier de personnes ont été assassinées

Plus d’un millier de personnes ont été assassinées en l’espace de quelques jours au cours des premières semaines de 2014 et l’UNICEF dit que deux enfants ont été décapités et que des atrocités d’une « violence inouïe » ont été commises contre les enfants. On estime à 935.000 le nombre de personnes déplacées dans tout le pays (AP, 13 janvier 2014). 150.000 personnes déplacées à l’intérieur du pays sont encore, après des mois, entassées dans des abris de fortune à l’aéroport international de Mpoko. La France était déterminée à « corriger l’erreur » qu’elle avait faite en soutenant Michel Djotodia. Dans la mesure où les relations de l’armée française avec le président par intérim Michel Djotodia avaient viré à la haine, il était hors de question que ce dernier continue à diriger le pays. Il était vite devenu un boulet.

Le président par intérim, ainsi que le premier ministre du gouvernement de transition, Nicolas Tiangaye, étaient forcés de démissionner le 9 janvier 2014 lors d’un sommet extraordinaire des dirigeants de la CEEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale.) réuni à Ndjamena, la capitale du Tchad, à l’initiative du président du Tchad, Idriss Déby Itno (le principal allié de Djotodia).

Deby avait compris que la France ne voulait plus de Djotodia.

Selon l’AFP, Djotodia était accusé par la « communauté internationale » (lire : la France) d’inertie face aux violences sectaires qui s’étaient transformées en carnages. La paralysie complète de Bangui avait également inquiété les pays voisins de la RCA. La France, qui voulait le départ de Djotodia (actuellement en exil au Benin), avait demandé au parlement de transition, composé de 135 membres nommés après la prise de pouvoir de Djotodia, et issus de différents partis politiques, du Seleka, de la société civile et d’institutions publiques, de choisir le plus tôt possible un nouveau président de transition.

La France fait toujours la loi en Centrafrique

Pour l’instant, la RCA a un « président de la république intérimaire », Alexander Ferdinand Nguendet, le président actuel du Conseil National de Transition. M. Nguendet a déjà promis que l’élection aurait lieu dans les conditions prévues par la Charte de Transition. A ce jour, les violences se poursuivent sans relâche et la situation reste très tendue.  Le dirigeant par intérim nouvellement élu va avoir la tâche difficile de pacifier le pays, de remettre sur pied une administration complètement paralysée et de permettre à des centaines de milliers de personnes déplacées de rentrer chez elles. La France a également indiqué qu’elle souhaitait que des élections générales se tiennent « avant la fin de 2014 ». On suppose que tous les contrats sur les mines signés par Djotodia seront probablement annulés.

C’est la France qui fait la loi. Ce n’est pas une surprise ! Quelle indépendance ont les pays africains ? Nouvelle année, nouvelles guerres en Afrique. Même le Sud Soudan, le plus jeune pays d’Afrique n’a pas pu ne pas suivre le chemin le plus emprunté par ses aînés. La vérité, c’est que derrière chaque guerre pour le contrôle des ressources en Afrique, il y a des mains qui tirent les ficelles.Antoine Roger Lokongo

 Antoine Roger Lokongo, citoyen de la République Démocratique de Congo, est journaliste et prépare un doctorat à l’université de Beijing. Source->http://blackagendareport.com/content/french-complicity-crisis-central-…]

 

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Source CaraïbeCreolsNews :La France a-t-elle aboli l’esclavage ? Par Danik I. Zandwonis *

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La France a-t-elle aboli l’esclavage ?  C’est le titre d’un ouvrage de l’historienne Nelly Schmidt qu’il faut avoir lu. Elle décortique avec une grande justesse d’analyse, les 2 « abolitions » de 1794 et 1848 en Guadeloupe et qui sont aujourd’hui encore des marqueurs de notre société coloniale.Mais c’est l’actualité africaine la plus brûlante qui nous ramène vers l’ouvrage de N. Schmidt. Le fait que des migrants d’origine africaine aient été vendus en Libye remet un coup de projecteur sur la politique francafricaine.

D’abord c’’est un média américain, (CNN) qui a révélé cette affaire, pourtant la présence politico-médiatique française en Afrique est plus que réelle. Ensuite on est en droit de s’interroger sur le black out de la France sur cette affaire. Ce silence gêné de médias français, tout comme celui de la diplomatie et du gouvernement français peut être compris comme une volonté affirmée de « zapper » ce fait gênant pour les uns et les autres. Il suffit pour s’en convaincre, de mesurer à l’inverse l’impact émotionnel de ces mêmes médias et du gouvernement français quand un ressortissant français blanc, soldat ou autre est la victime d’une agression en terre africaine.

Il est bon de rappeler, que le chaos existant actuellement en Lybie est l’une des conséquences de la politique Moyen -Orientale des européens, la France en tête. Chez nous en Guadeloupe, pays peuplé majoritairement d’Afro descendants , la réaction s’est aussi fait attendre. Silence radio total des deux assemblées majeures, pas un communiqué de Josette Borel ou de Chalus sur cette problématique. Faut -il penser que nos deux présidents ne sentent pas concernés ? même silence embarassé des parlementaires : ce n’est que 48h après qu’Olivier Serva a sorti un timide post sur les réseaux sociaux.

On en arrive même à se demander si toutes les manifestations qui sont généralement organisées au mois de mai pour « commémorer » l’abolition(?) de l’esclavage en Guadeloupe, ne sont pas totale hypocrisie ? 

En réalité, ces élus guadeloupéens, « marchent » au rythme du gouvernement français, quand le « maitre blanc » parle , ils vont dans le sens de sa parole, mais quand le maitre est silencieux, ils adoptent une attitude similaire. C’est bien là, le mal profond de notre pays, la classe politique dans son ensemble, manque cruellement de courage, elle préfère aller dans le sens du vent pour n’avoir jamais à s’opposer à ceux qui depuis Paris, décident pour nous.

Ce qui s’est passé en Libye et le silence -j’ai presque envie de dire- silence complice, prouve et démontre que les chaines de l’esclavage politico-mental sont toujours présentes dans les cerveaux. Mais il n’y a pas que pour la Libye. Il y a de cela quelques semaines, les Catalans ont posé avec force et détermination, la question de leur indépendance face à l’état central espagnol : vous avez entendu un élu guadeloupéen oser prendre une position contraire à celle du gouvernement français actuel ? la réponse est négative.

Fort heureusement, il y a encore quelques journalistes guadeloupéens qui osent dire tout et tout haut.( je me permets içi de saluer mes confrères de « Presse Hebdo « sur Radio Guadeloupe 1ére : Eric Lefèvre, Gilbert Pincemail, Olivier Lancien, Eric Bagassien…. ils font le job et ouvrent sans crainte les débats. On ne dira pas autant de cette radio commerciale au service du pouvoir devenue depuis 2009 quasiment murette sur tout ce qui peut déranger les pouvoirs en place.En réalité, notre classe politique, volontairement s’absente de tous ces débats, elle ne semble préoccupée que par ses questions électoralistes.

Et pourtant, la situation sociale s’aggrave en Guadeloupe ;les tensions couvent. il y a moins d’un mois, Elie Domota et les militants de l’UGTG ont lancé une première alerte, qui ressemble fortement à un avertissement. Mais là non plus personne n’a entendu. La vie continue « tranquillement », mais chacun se doit de savoir, que ce calme n’est qu’apparent, la Guadeloupe est de nouveau au bord d’une grosse crise.C’est à croire, que nous vivons dans une bulle. La Lybie, la Catalogne, la situation sociale et ses conséquences, tout cela n’interpelle personne : jusqu’à quand ?

*Danik I. Zandwonis Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site@ : danik@mediacreole.com

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Un poète, un homme hors du commun. PEY, PEY, PEY Par Jean ORTIZ

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Source le GRANDSOIR. Serge Pey est un extraordinaire poète, dans tous les sens du mot : qui sort de la règle, de l’usage ordinaires, qui n’est pas courant, exceptionnel, inhabituel, qui étonne par sa bizarrerie, son étrangeté, son originalité, qui s’écarte énormément du niveau moyen, ordinaire, qui, par ses qualités, sort de la moyenne, qui est très grand, intense, immense.

C’est un militant qui a mené la lutte clandestine dans le Chili de Pinochet.
C’est un de mes amis.
C’est un lecteur assidu du Grand Soir qu’il a défendu quand nous étions sous la grêle des calomnies.
Quelle bonne nouvelle que l’attribution du plus grand prix littéraire pour la poésie à cet homme-là !
Son ami Jean Ortiz (qui se ressemble s’assemble) lui rend hommage dans un article publié par l’Humanité.
Lisons, nous en serons meilleurs. Et plus heureux.
Maxime Vivas
Serge Pey, préfacier de notre « Vive le Che ! », vient d’être couronné à l’unanimité du Prix Apollinaire de poésie 2017, prix prestigieux s’il en est, équivalent d’un Goncourt de poésie. Créé par Cocteau en 1941. Couronné ! Le libertaire Serge Pey a dû goûter comme il se doit la saveur du mot, lui, le coupeur de têtes non-pensantes.
Il est difficile d’écrire sur un copain. Nous savons tous que Serge et son œuvre méritent… un mausolée, ou le Nobel !! Pour le mausolée, il y est réfractaire ; et comme l’homme au chapeau noir ne se vend pas, le Nobel n’est pas pour deux mains.

Ce prix lui a été décerné sur la terrasse du célèbre café littéraire Les deux magots, où Apollinaire avait ses alcools. Nul doute que Serge adore les magots !! Il a passé une vie à s’enrichir, à s’enrichir des autres, des luttes, des rêves, des résistances, des roseaux de pluie des indiens mexicains, des hallucinations au peyotl, des combats avec le MIR de Miguel Henríquez… Il y a trente ans, je l’avais invité pour réaliser une « performance poétique » dans mon établissement secondaire. Il performa si bien qu’il y forma un sacré souk, mais toujours de qualité pour tous. Halluciné. Hallucinogène. Hallucinatoire.

Sous la coupole de Niemeyer à Fabien, il y a un mois, au siège du PCF à Paris (pour honorer le CHE), avec sa compagne comédienne sarde Chiara, il scotcha la foule des camarades présents. « Mes mots rables », dit-il. « C’est la première fois que je rentre dans un siège coco ». Et il put en sortir ! ÉMU. BOULEVERSÉ. Et photo avec Pierre Laurent !
Serge vient d’être couronné pour son récent recueil de poésie (il en a enfanté des dizaines, aussi telluriques, aériens, fougueux, les uns que les autres), et autres matériaux poétiques, autour et dans son dernier né : « Flamenco », l’histoire d’une grande danseuse toulousaine, exilée, Carmen Gómez, la « Joselito », la danseuse aux pieds ailés, au « duende » inaltérable. La « Joselito », la mère de tous les flamencos de Toulouse, et de tous les guitaristes de grande facture de chez nous, souvent fils de l’exil républicain ou antifasciste, la famille Sandoval, Serge López, Manolo Rodriguez, et beaucoup, beaucoup d’autres. De tous les danseurs et danseuses qui prennent le Capitole pour Triana. La « Joselito » est la mère de tous ces Andalous occitans, métissés, multi-culturalisés, comme la soleá reste la mère du flamenco.

Je me souviens encore -il y a si longtemps- d’un voyage « ida y vuelta » à Séville, pour écouter Enrique Morente chanter son « Estrella », et nous ouvrir un horizon d’utopie sensuelle, incandescente, mais noire à la fois. Comme Lebrijano, Pinilla, el Cabrero, el Cigala, Camarón… et « les vieux », la source sans cesse renouvelée, la Paquera de Jerez, la Niña de los Peines, Marchena, Mairena, la Carmen Linares, la Cristina Hoyos, la Yerbabuena… Olé pour tous ceux que j’oublie, « Olé por bulería »

L’écriture de Pey est flamenca, parce qu’elle vient des racines, du sang, qu’elle est rythmée, « compassée », toujours proche de la rupture, parce qu’elle est chair, parce qu’elle est libre, provocatrice, jusqu’à inventer des balades, des itinéraires poétiques pour rejoindre et ressusciter Antonio Machado à Collioure, Victor Hugo à Cuba, Neruda partout… ARTE. POUR LE PEUPLE. Et action ! La pensée en actes et le poème arme « por todas partes ». Serge est un poète, flingueur et pro fête, à Toulouse comme à Santiago du Chili, un « payador » de l’oralité. Un fouteur de bordel poétique. Donc : politique.

Jean ORTIZ

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Géopolitique du sucre : et si on en parlait ? Le point de vue de SEBASTIEN ABIS

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Rédaction du Naïf: En Martinique la question du sucre est l’objet de querelles stériles entre les politiques, aucune réflexion sérieuse sur cette denrée de base stratégique. Entre un président de CTM quasiment hystérique et une question environnementale liée à la production du sucre le temps passe…

IRIS :Le sucre est partout présent dans notre quotidien et fait l’objet de nombreux débats. Devrait-on s’y intéresser autrement et constitue-t-il une denrée de base stratégique dans le monde contemporain ?

Sébastien Abis: Oui assurément, bien que cela dépende de l’endroit où l’on se trouve. Comme d’autres produits qui nous accompagnent chaque jour dans nos systèmes alimentaires, le sucre est consommé sans que l’on regarde l’arrière-plan stratégique qui le concerne. Dans une situation d’abondance alimentaire, où le curseur s’est déplacé sur les enjeux qualitatifs et sur la santé des individus, le sucre est devenu une matière à controverses. Or il apparaît comme problème uniquement lorsqu’il est consommé de façon excessive, phénomène nutritionnel qui fait écho à des enjeux de comportement alimentaire et d’activité physique. En outre, soulignons l’importance de la notion de plaisir ici. Le sucre participe pleinement à cette dynamique essentielle de l’alimentation des individus. Sans sucre, beaucoup de repas et de journées seraient bien plus monotones. Mais encore une fois, tout est question d’équilibres.
Et précisément, dans cette volonté d’adopter des pratiques et des démarches équilibrées, il convient de rappeler quelques réalités agricoles derrière ce produit de large consommation. Le sucre s’est mondialisé mais toute la planète n’en produit pas. A l’instar de nombreux autres produits stratégiques de notre alimentation de base, le sucre s’est banalisé (comme s’il pouvait presque automatiquement être disponible sur nos tables, dans nos armoires ou nos supermarchés), alors qu’il repose sur de subtils équilibres mondiaux entre l’offre et la demande et entre pays qui en produisent et ceux qui en importent fortement.

IRIS :Quelle est donc, actuellement, cette cartographie mondiale du sucre ?

Sébastien Abis :Produit principalement à partir de la canne à sucre et de la betterave sucrière, il doit répondre à une demande mondiale en croissance continue. En 50 ans, elle est passée d’environ 70 millions de tonnes (Mt) à un volume de 185 Mt désormais. Un quasi triplement sur l’espace d’un demi-siècle. Si le sucre est concurrencé par les édulcorants dans les pays riches, il ne l’est pas dans les pays émergents ou en développement. Les ventes de sucre mondiales suivent d’ailleurs la démographie et nous observons une relative stabilité des ventes moyenne par habitant depuis quelques années (25 kg par personne par an actuellement, contre 20 au début des années 1970, mais ces chiffres sont à relativiser car ils comprennent les utilisations non alimentaires, les pertes, etc.). Par rapport au début des années 2000, la planète « réclame » 55 Mt de sucre supplémentaire aujourd’hui ! C’est une hausse colossale à laquelle les planteurs font face, en cultivant davantage, en améliorant leur rendement et en réduisant leur empreinte environnementale, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, à l’image de beaucoup d’agriculteurs, dans cette double quête du produire plus et mieux.

Ces chiffres globaux ne doivent pas masquer des disparités territoriales significatives. D’abord, sur les 190 millions de tonne de sucre produites actuellement sur le globe, trois-quarts sont issues de la canne, qui est la véritable locomotive de la hausse mondiale de la production de sucre, passant de 42 à 147 Mt entre le début des années 1970 et la situation présente. La canne à sucre pousse essentiellement en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Mais soyons plus précis. Le Brésil, seul, fait 40 Mt, soit près de 25% de la production mondiale de sucre ! La moitié du sucre brésilien sert à fabriquer de l’éthanol. Je le précise car ne perdons pas de vue la diversité des usages de cette production sucrière. Au-delà du sucre, nous trouvons comme autres produits de la filière des biocarburants, de l’alcool et des transformations pour le secteur de la chimie et de l’industrie. Revenons à la canne à sucre dans le monde et à sa production. Après le Brésil, nous avons l’Inde qui réalise en moyenne entre 25 et 30 Mt, suivie par la Chine et la Thaïlande qui chacune font 10 Mt. Ensuite, en complément, avec 25% de la production mondiale, viennent les productions réalisées à partir de la betterave à sucre. Elle est majoritairement située en Europe (16 Mt) et autour de la mer Noire (10 Mt entre Russie, Ukraine et Turquie), sans oublier également les Etats-Unis (5 Mt).

Le sucre, consommé chaque jour par plusieurs milliards de personnes sur tous les continents, est donc produit dans des zones extrêmement réduites. En effet, les surfaces mondiales dédiées à la culture du sucre sont de 32 millions d’hectares, ce qui est dérisoire ! Cela représente à peine 0,2% du total des terres émergées du globe, près de deux fois moins que la France hexagonale. A titre comparatif, les surfaces mondiales en blé sont de 220 millions d’hectares. Par ailleurs, vous avez 10 pays qui assurent deux-tiers de la récolte mondiale de sucre : Brésil, Inde, Chine, Thaïlande, Etats-Unis, Russie, Mexique, Australie, Pakistan et France. On comprend mieux dans ce contexte le rôle du commerce international mais aussi l’importance des circuits longs et du cortège d’acteurs qui transforment, transportent et distribuent ce produit de base. Si l’on inclut les mouvements intra-communautaires au sein de l’Union européenne (UE), ce sont environ 70 Mt de sucre qui sont exportées en moyenne chaque année actuellement. Le Brésil en assure 40% avec environ 30 Mt, suivi par la Thaïlande, second exportateur mondial de sucre avec en moyenne 7 Mt par an. L’Australie, l’Inde, le Mexique et le Guatemala sont également actifs sur le plan des exportations, mais avec de moindres volumes. Et puis bientôt devrait s’inviter l’Europe à ce panel.

IRIS : Quelles sont en effet les positions de l’Europe dans ce paysage sucrier mondial ?

Sébastien Abis :L’UE a décidé de mettre fin à son système de quotas sucriers depuis le 1er octobre 2017. C’est un changement stratégique majeur après 50 ans d’existence d’un système conçu et organisé dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Or celle-ci évolue ces dernières années, les contraintes de volumes disparaissent et la libéralisation des échanges s’amplifie. Compte tenu de la hausse de la demande mondiale alimentaire sur de nombreuses denrées de base, l’UE a décidé en 2013 de supprimer ces quotas pour exprimer son potentiel agricole continental mais aussi à l’export. Cette campagne en cours devrait se traduire par une récolte de 20 Mt environ en Europe qui libérerait environ 4 Mt à l’export sur pays tiers. Cela représente près de 10% de la production mondiale de sucre. L’UE n’est pas un géant agricole sur ce produit, mais compte néanmoins dans l’équation mondiale. La fin des quotas s’affiche en tout cas comme un basculement notable. Ses effets sont multiples. D’abord, dans la perspective de cette fin des quotas, les surfaces dédiées à la betterave à sucre ont fortement augmenté ces derniers mois. En France, premier producteur européen (environ 5 Mt), la croissance est de 20%. En Allemagne, le mouvement est similaire. Ce pays est le second producteur de sucre en Europe (4 Mt), suivi par la Pologne (2 Mt). En 2018, l’UE devrait donc placer environ 4 Mt sur les marchés mondiaux. Bien que cela soit largement inférieur au Brésil, ces quantités viennent se positionner dans un contexte où l’équilibre est bon entre l’offre et la demande. Les prix ne sont d’ailleurs pas très favorables. Le cours du sucre a été divisé par deux entre l’automne 2016 et l’automne 2017. Pour l’Europe et ses planteurs, il convient donc d’agir dans un contexte de forte volatilité des cours et de compétition à l’échelle internationale. La co-production avec des partenaires sud-américains, maghrébins ou asiatiques constitue une stratégie assumée par plusieurs groupes agro-industriels européens du sucre. Ils sont tous en position d’accroître leurs exportations vers les zones où la consommation augmente rapidement. Le bassin méditerranéen et le continent africain apparaissent vite dans cette équation comme des pôles incontournables, où l’Europe peut conjuguer commerce et développement, investissement productif et coopération logistique ou scientifique. Les enjeux de sécurité alimentaire s’avèrent propices à ce type de partenariat global.

IRIS :Et la France dans tout cela ? Que représente le sucre dans ce pays souvent décrit comme une puissance agricole de premier plan ?

Sébastien Abis :La France est le 10ème producteur mondial de sucre, avec environ 5Mt, soit 8 fois moins que le Brésil et deux fois moins que la Chine. Mais la France est leader mondial de la betterave sucrière et premier producteur de sucre de l’UE. De la canne à sucre est également cultivée dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion). La France dispose de rendements excellents, parmi les plus élevés du monde, fruit d’une recherche scientifique et agronomique qu’il faut saluer, car elle accompagne le travail des agriculteurs et contribue aux bons résultats de l’industrie sucrière française. Depuis 1970, les rendements sucriers ont quasiment doublé en France, passant de 6,5 tonnes sucres à l’hectare à 13 en moyenne désormais. 70% de la production nationale est dédiée à l’alimentation dont 10% sert directement à fabriquer des « sucres de bouche », ces petits carrés blancs très présents dans notre quotidien. L’éthanol et les alcools captent ensuite 20% de la production française.

Le pays dispose donc d’atouts indéniables et il a une véritable carte stratégique à jouer dans ce contexte mondial où la demande en sucre s’accroît. Qui saurait pourtant décrire une betterave sucrière en France lorsqu’il met un sucre dans son café ? Il s’agit pourtant d’une plante vitale aux caractéristiques bien définies, répondant à un calendrier de culture précis, et considérée comme une tête d’assolement pour les agriculteurs. Dans notre pays, on plante en hiver et on récolte généralement à partir de mi-septembre. Il lui faut aussi une géographie propice à son développement. Nous retrouvons l’incontournable triptyque climat – eau – sol qui fait souvent la différence pour être performant en agriculture. Sans météorologie clémente (ni trop chaud, ni trop froid), sans apport hydrique régulier et stable, sans terres arables, il n’est pas du tout évident de se lancer dans la betterave sucrière. D’où le pôle de production dominant que représente l’Europe, continent où les conditions géographiques sont bien meilleures qu’ailleurs. On a tendance à l’oublier, mais c’est un atout pour l’Europe à l’échelle du globe.

Et la France se situe belle et bien au cœur de ce dispositif car, outre des rendements de qualité, des productions régulières et des capacités de transformation et de logistique compétitive, le pays est engagé avec son agriculture dans des démarches environnementales visant à se combiner avec les performances économiques. Des investissements importants sont par exemple mis en œuvre pour réduire drastiquement la consommation énergétique des sucreries et les planteurs sont engagés dans des itinéraires de production optimisant la gestion des ressources naturelles.

IRIS : Au-delà de l’agriculture en général et après les céréales, vous voilà donc en train de travailler sur la géopolitique du sucre ?

Sébastien Abis :En effet, le sucre, comme je l’ai fait avec le blé récemment, mériterait d’être traité sous l’angle de l’analyse stratégique. Les quelques considérations émises précédemment semblent justifier cette orientation. Beaucoup de choses sont dites ou écrites sur l’agriculture, l’alimentation ou les produits de base de notre consommation quotidienne. Dans nos sociétés européennes, nous avons tendance à perdre de vue le caractère géopolitique de ces questions. Il m’avait paru important de proposer un autre regard, moins technique, plus grand public, et surtout pluridisciplinaire, à propos du blé, cette céréale centrale pour la sécurité alimentaire mondiale.

Une telle démarche sur le sucre me paraît opportune à l’heure où l’on ne doit pas enfermer les débats agricoles et alimentaires sur des réflexions uniquement locales et court-termistes . La mondialisation alimentaire est une tendance lourde. Elle n’efface pas les gastronomies locales et les circuits courts. Mais elle s’impose partout dans ce monde où les brassages socioculturels sont incessants et où les individus aspirent à consommer de manière diversifiée et non-linéaire. Un déjeuner local le midi peut précéder un dîner mondial le soir. Ce qui signifie qu’il faille plusieurs modèles agricoles pour un tel éventail de comportements alimentaires.

SOURCE /iris-france.org/

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