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LA REVOLUTION BOLIVARIENNE AUX ANTILLES Par Fidel CASTRO

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Source le Grand Soir: À l’école, l’histoire me plaisait, comme elle plaît à quasiment tous les jeunes garçons. Mais aussi les guerres, selon la culture que la société inculquait aux enfants de sexe masculin – tous les jouets qu’on nous offrait étaient des armes
Quand j’étais enfant, on m’envoya dans une ville où on ne m’amena jamais à un cinéma. La télévision n’existait pas encore, et là où je vivais, il n’y avait pas de radio. Je devais recourir à mon imagination.

Au premier collège où l’on m’inscrivit comme interne, je lis avec étonnement les histoires du déluge universel et de l’arche de Noé. Je finis par penser plus tard que c’était peut-être là un des vestiges que l’Humanité conservait des derniers changements climatiques survenus dans l’histoire de notre espèce. C’est peut-être à la fin de la dernière période glaciaire qui s’est déroulée, présume-t-on, voilà bien des milliers d’années.

Plus tard, on peut le supposer, je lis avec avidité les vies d’Alexandre, de César, d’Annibal, de Bonaparte et, bien entendu, tous les livres qui tombaient entre mes mains sur Maceo, Gómez, Agramonte et les autres grands soldats qui luttèrent pour notre indépendance. Je n’avais pas encore assez de culture pour comprendre ce que cachait l’Histoire.

Mon intérêt se centra ensuite sur Martí. C’est à lui que je dois en fait mes sentiments patriotiques et ce profond concept : « La patrie est l’humanité. » L’audace, la beauté, le courage et la moralité de sa pensée m’aidèrent à me convertir en ce que je crois être : un révolutionnaire. Sans être martinien, on ne peut être bolivarien ; sans être martinien et bolivarien, on ne peut être marxiste ; sans être martinien, bolivarien et marxiste, on ne peut être anti-impérialiste ; sans être ces trois choses, on ne pouvait concevoir une révolution à Cuba à notre époque.

Voilà presque deux siècles, dans les années 1820, Bolívar voulut dépêcher une expédition aux ordres de Sucre pour libérer Cuba qui en avait bien besoin en tant que colonie sucrière et caféière espagnole où trois cent mille esclaves travaillaient pour leurs maîtres blancs.

Une fois que Cuba vit frustrer son indépendance en devenant une néo-colonie, elle ne pouvait en aucun cas instaurer la dignité pleine de l’homme sans une révolution qui en finisse avec l’exploitation de l’homme par l’homme.

« …je veux que la première loi de notre République soit le culte des Cubains à la dignité pleine de l’homme. »

Par cette pensée, Martí infusa le courage et les convictions qui poussèrent notre Mouvement à l’assaut de la caserne Moncada, ce qui ne nous serait jamais venu à l’esprit sans les idées d’autres grands penseurs comme Marx et Lénine qui nous firent voir et comprendre les réalités si différentes de la nouvelle époque que nous vivions.

C’est au nom du progrès et du développement que l’on justifia à Cuba des siècles durant l’odieuse propriété latifundiaire et la force de travail servile, précédées par l’extermination des premiers habitants de ces îles.

Martí a dit quelque chose de merveilleux de Bolívar et digne de sa vie glorieuse :

« …ce qu’il n’a pas fait n’a toujours pas été fait à ce jour : Bolívar a encore beaucoup à faire en Amérique. »

« Que le Venezuela me donne en quoi le servir : il a en moi un fils. »

Au Venezuela, la puissance coloniale – comme d’autres le firent dans les Antilles – sema de la canne à sucre, du café, du cacao, et fit aussi venir à titre d’esclaves des hommes et des femmes d’Afrique. Résistant héroïquement en s’appuyant sur la nature du sol vénézuélien et sur l’étendue du territoire, les habitants originaires évitèrent l’anéantissement.

À l’exception d’une partie au Nord du continent, l’immense territoire de Notre Amérique resta aux mains des deux rois de la péninsule ibérique.

On peut affirmer sans crainte que, des siècles durant, nos pays et les fruits du travail de leurs peuples furent mis à sac et qu’ils continuent de l’être de la part des grandes sociétés transnationales et des oligarchies à leur service.

Rien ne changea pour l’essentiel durant les XIXe et XXe siècles, autrement dit pendant presque deux cents ans après l’indépendance formelle de l’Amérique ibérique. Les États-Unis, à partir des treize colonies anglaises qui se soulevèrent, s’étendirent vers l’Ouest et vers le Sud. Ils achetèrent la Louisiane et la Floride, arrachèrent au Mexique plus de la moitié de son territoire, intervinrent en Amérique centrale et s’emparèrent de l’espace où serait construit ensuite le canal de Panama qui unirait les deux grands océans à l’est et à l’ouest du continent, juste là où Bolívar avait souhaité fonder la capitale de plus grande des Républiques qui naîtrait de l’indépendance des nations d’Amérique.

À cette époque, le pétrole et l’éthanol ne se vendaient pas dans le monde, l’OMC n’existait pas. La canne à sucre, le coton et le maïs étaient cultivés par les esclaves. Les machines n’avaient pas encore été inventées. C’est à partir du charbon que l’industrialisation progressait en force.

Si les guerres impulsèrent la civilisation, la civilisation impulsa les guerres. Qui changèrent de caractère et se firent plus terribles, pour se convertir finalement en conflits mondiaux. Nous étions enfin un monde civilisé. Nous le croyions même pour une question de principes.

Mais nous ne savons que faire de cette civilisation-là. D’une part, l’être humain s’est doté d’armes nucléaires d’une précision inconcevable et d’une puissance annihilatrice, de l’autre, il a reculé d’une manière honteuse des points de vue moral et politique. Politiquement et socialement parlant, nous sommes plus sous-développés que jamais. Les automates se substituent aux soldats, les médias aux éducateurs, tandis que les gouvernements commencent à être dépassés par les événements sans savoir quoi faire. À en juger par le désespoir de nombreux dirigeants politiques internationaux, on constate leur impuissance devant les problèmes qui s’accumulent sur leurs bureaux de travail et dans les réunions internationales de plus en plus fréquentes.

C’est dans ces circonstances qu’une catastrophe sans précédent est survenue en Haïti, tandis qu’à l’autre bout de la planète, au milieu de la crise économique et de conflits croissants, continuent de se dérouler trois guerres et une course aux armements qui engloutit plus de 2,5 p. 100 du PIB mondial, ce qui suffirait au développement, en peu de temps, de tous les pays du Tiers-monde et éviterait peut-être les changements climatiques, si on y consacrait les ressources économiques et scientifiques indispensables à ces fins.

La crédibilité de la communauté mondiale vient de recevoir un coup dur à Copenhague, et notre espèce ne fait pas la preuve de sa capacité à survivre.

La tragédie d’Haïti me donne l’occasion d’exposer ce point de vue à partir que ce que le Venezuela a fait avec les pays caribéens. Alors que les grandes institutions financières hésitent à Montréal sur ce qu’il faut faire en Haïti, le Venezuela n’hésite pas une minute à annuler la dette économique de ce pays qui se monte 167 millions de dollars.

Pendant presque un siècle, les plus importantes transnationales ont soutiré et exporté le pétrole vénézuélien à des prix dérisoires. Le Venezuela devint pendant des décennies le plus gros exportateur de pétrole au monde.

L’on sait que, lorsque les USA dépensèrent des centaines de milliards de dollars dans leur guerre génocidaire contre le Vietnam, tuant et mutilant des millions de fils de ce peuple héroïque, ils rompirent aussi, d’une manière unilatérale, l’accord de Bretton Woods qui stipulait la conversion du dollar par rapport à l’or, et ils firent payer à l’économie mondiale le coût de cette sale guerre. La monnaie étasunienne se dévalua, si bien que les recettes en devises des pays caribéens ne leur permettaient plus de payer le pétrole. Leurs économies reposent sur le tourisme et sur les exportations de sucre, de café, de cacao et d’autres produits agricoles. Un coup dévastateur menaçait les économies des États caribéens, exception faite de deux d’entre eux qui sont exportateurs d’énergie.

D’autres pays développés éliminèrent les préférences tarifaires dont bénéficiaient les exportations agricoles des Caraïbes, telle la banane. Le Venezuela eut alors un geste sans précédent : garantir à la plupart de ces pays des livraisons de pétrole sûres et des facilités de paiement spéciales.

Aucun autre pays ne s’était inquiété du sort de ces peuples. N’était la République bolivarienne du Venezuela, une terrible crise aurait frappé les États indépendants des Caraïbes, hormis Trinité-et-Tobago et la Barbade.

En ce qui concerne Cuba, après l’effondrement de l’URSS, le gouvernement bolivarien donna une impulsion extraordinaire au commerce entre nos deux pays, dont des échanges de biens et services, ce qui nous permit de faire face à l’une des périodes les plus dures de notre glorieuse histoire révolutionnaire.

Curieusement, l’un des meilleurs alliés des USA, mais aussi le plus bas et le plus vil ennemi du peuple, avait été, dès le triomphe de la Révolution cubaine en 1959, le président du Venezuela, Rómulo Betancourt, un charlatan et un simulateur, qui fut le principal complice des attaques pirates, des actes terroristes, des agressions et du blocus économique contre notre patrie.

C’est justement quand Notre Amérique en avait le plus besoin que la Révolution bolivarienne éclata finalement au Venezuela.

Les membres de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), réunis à Caracas à l’invitation d’Hugo Chávez, se sont engagés à prêter le maximum d’appui, au moment le plus triste de son histoire, au peuple haïtien, qui a réalisé la première Révolution sociale victorieuse dans l’histoire du monde, quand des centaines de milliers d’Africains se soulevèrent et créèrent une République à des milliers de kilomètres de leurs terres natales, ce qui constitue l’une des actions révolutionnaires les plus glorieuses de ce continent-ci. En Haïti, il y a du sang noir, aborigène et blanc ; la République y est née des concepts d’équité, de justice et de liberté pour tous les êtres humains.

Voilà maintenant dix ans, alors que le cyclone Mitch avait fait des dizaines de milliers de victimes dans les Caraïbes et en Amérique centrale, Cuba créa l’École latino-américaine de médecine (ELAM) pour former les médecins latino-américains et caribéens qui sauveraient un jour des millions de vies, mais qui serviraient avant tout d’exemples dans le noble exercice de la profession médicale.

Voilà pourquoi des dizaines de jeunes du Venezuela et d’autres pays latino-américains diplômés de l’ELAM se retrouveront en Haïti aux côtés des Cubains, car beaucoup nous ont fait savoir de tous les recoins du continent leur désir de collaborer à la noble tâche de sauver des vies d’enfants, de femmes et d’hommes, de jeunes et de personnes âgées. Il y aura des dizaines d’hôpitaux de campagne, des centres de physiothérapie et des hôpitaux où prêteront service plus de mille médecins et étudiants des dernières années de médecine, provenant d’Haïti, du Venezuela, de Saint-Domingue, de la Bolivie, du Nicaragua, de l’Équateur, du Brésil, du Chili et des autres pays frères. Nous avons même l’honneur de pouvoir compter sur des médecins étasuniens eux aussi diplômés de l’ELAM. Nous sommes prêts à coopérer avec les pays et les institutions qui souhaiteraient participer à ces efforts visant à prêter des services médicaux en Haïti.

Le Venezuela a déjà fourni des tentes, des équipements médicaux, des médicaments et des aliments. Le gouvernement haïtien offre toute sa coopération et tout son soutien à cet effort qui vise à apporter des services de santé gratuits au plus grand nombre possible d’Haïtiens, pour lesquels ce sera une consolation au milieu de la pire tragédie survenue sur notre continent.

Fidel Castro Ruz
Le 7 février 2010
Auteur : Jean Jack LAPORTE

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GUADELOUPE

Source CaraïbeCreolsNews :La France a-t-elle aboli l’esclavage ? Par Danik I. Zandwonis *

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La France a-t-elle aboli l’esclavage ?  C’est le titre d’un ouvrage de l’historienne Nelly Schmidt qu’il faut avoir lu. Elle décortique avec une grande justesse d’analyse, les 2 « abolitions » de 1794 et 1848 en Guadeloupe et qui sont aujourd’hui encore des marqueurs de notre société coloniale.Mais c’est l’actualité africaine la plus brûlante qui nous ramène vers l’ouvrage de N. Schmidt. Le fait que des migrants d’origine africaine aient été vendus en Libye remet un coup de projecteur sur la politique francafricaine.

D’abord c’’est un média américain, (CNN) qui a révélé cette affaire, pourtant la présence politico-médiatique française en Afrique est plus que réelle. Ensuite on est en droit de s’interroger sur le black out de la France sur cette affaire. Ce silence gêné de médias français, tout comme celui de la diplomatie et du gouvernement français peut être compris comme une volonté affirmée de « zapper » ce fait gênant pour les uns et les autres. Il suffit pour s’en convaincre, de mesurer à l’inverse l’impact émotionnel de ces mêmes médias et du gouvernement français quand un ressortissant français blanc, soldat ou autre est la victime d’une agression en terre africaine.

Il est bon de rappeler, que le chaos existant actuellement en Lybie est l’une des conséquences de la politique Moyen -Orientale des européens, la France en tête. Chez nous en Guadeloupe, pays peuplé majoritairement d’Afro descendants , la réaction s’est aussi fait attendre. Silence radio total des deux assemblées majeures, pas un communiqué de Josette Borel ou de Chalus sur cette problématique. Faut -il penser que nos deux présidents ne sentent pas concernés ? même silence embarassé des parlementaires : ce n’est que 48h après qu’Olivier Serva a sorti un timide post sur les réseaux sociaux.

On en arrive même à se demander si toutes les manifestations qui sont généralement organisées au mois de mai pour « commémorer » l’abolition(?) de l’esclavage en Guadeloupe, ne sont pas totale hypocrisie ? 

En réalité, ces élus guadeloupéens, « marchent » au rythme du gouvernement français, quand le « maitre blanc » parle , ils vont dans le sens de sa parole, mais quand le maitre est silencieux, ils adoptent une attitude similaire. C’est bien là, le mal profond de notre pays, la classe politique dans son ensemble, manque cruellement de courage, elle préfère aller dans le sens du vent pour n’avoir jamais à s’opposer à ceux qui depuis Paris, décident pour nous.

Ce qui s’est passé en Libye et le silence -j’ai presque envie de dire- silence complice, prouve et démontre que les chaines de l’esclavage politico-mental sont toujours présentes dans les cerveaux. Mais il n’y a pas que pour la Libye. Il y a de cela quelques semaines, les Catalans ont posé avec force et détermination, la question de leur indépendance face à l’état central espagnol : vous avez entendu un élu guadeloupéen oser prendre une position contraire à celle du gouvernement français actuel ? la réponse est négative.

Fort heureusement, il y a encore quelques journalistes guadeloupéens qui osent dire tout et tout haut.( je me permets içi de saluer mes confrères de « Presse Hebdo « sur Radio Guadeloupe 1ére : Eric Lefèvre, Gilbert Pincemail, Olivier Lancien, Eric Bagassien…. ils font le job et ouvrent sans crainte les débats. On ne dira pas autant de cette radio commerciale au service du pouvoir devenue depuis 2009 quasiment murette sur tout ce qui peut déranger les pouvoirs en place.En réalité, notre classe politique, volontairement s’absente de tous ces débats, elle ne semble préoccupée que par ses questions électoralistes.

Et pourtant, la situation sociale s’aggrave en Guadeloupe ;les tensions couvent. il y a moins d’un mois, Elie Domota et les militants de l’UGTG ont lancé une première alerte, qui ressemble fortement à un avertissement. Mais là non plus personne n’a entendu. La vie continue « tranquillement », mais chacun se doit de savoir, que ce calme n’est qu’apparent, la Guadeloupe est de nouveau au bord d’une grosse crise.C’est à croire, que nous vivons dans une bulle. La Lybie, la Catalogne, la situation sociale et ses conséquences, tout cela n’interpelle personne : jusqu’à quand ?

*Danik I. Zandwonis Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site@ : danik@mediacreole.com

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Un poète, un homme hors du commun. PEY, PEY, PEY Par Jean ORTIZ

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Source le GRANDSOIR. Serge Pey est un extraordinaire poète, dans tous les sens du mot : qui sort de la règle, de l’usage ordinaires, qui n’est pas courant, exceptionnel, inhabituel, qui étonne par sa bizarrerie, son étrangeté, son originalité, qui s’écarte énormément du niveau moyen, ordinaire, qui, par ses qualités, sort de la moyenne, qui est très grand, intense, immense.

C’est un militant qui a mené la lutte clandestine dans le Chili de Pinochet.
C’est un de mes amis.
C’est un lecteur assidu du Grand Soir qu’il a défendu quand nous étions sous la grêle des calomnies.
Quelle bonne nouvelle que l’attribution du plus grand prix littéraire pour la poésie à cet homme-là !
Son ami Jean Ortiz (qui se ressemble s’assemble) lui rend hommage dans un article publié par l’Humanité.
Lisons, nous en serons meilleurs. Et plus heureux.
Maxime Vivas
Serge Pey, préfacier de notre « Vive le Che ! », vient d’être couronné à l’unanimité du Prix Apollinaire de poésie 2017, prix prestigieux s’il en est, équivalent d’un Goncourt de poésie. Créé par Cocteau en 1941. Couronné ! Le libertaire Serge Pey a dû goûter comme il se doit la saveur du mot, lui, le coupeur de têtes non-pensantes.
Il est difficile d’écrire sur un copain. Nous savons tous que Serge et son œuvre méritent… un mausolée, ou le Nobel !! Pour le mausolée, il y est réfractaire ; et comme l’homme au chapeau noir ne se vend pas, le Nobel n’est pas pour deux mains.

Ce prix lui a été décerné sur la terrasse du célèbre café littéraire Les deux magots, où Apollinaire avait ses alcools. Nul doute que Serge adore les magots !! Il a passé une vie à s’enrichir, à s’enrichir des autres, des luttes, des rêves, des résistances, des roseaux de pluie des indiens mexicains, des hallucinations au peyotl, des combats avec le MIR de Miguel Henríquez… Il y a trente ans, je l’avais invité pour réaliser une « performance poétique » dans mon établissement secondaire. Il performa si bien qu’il y forma un sacré souk, mais toujours de qualité pour tous. Halluciné. Hallucinogène. Hallucinatoire.

Sous la coupole de Niemeyer à Fabien, il y a un mois, au siège du PCF à Paris (pour honorer le CHE), avec sa compagne comédienne sarde Chiara, il scotcha la foule des camarades présents. « Mes mots rables », dit-il. « C’est la première fois que je rentre dans un siège coco ». Et il put en sortir ! ÉMU. BOULEVERSÉ. Et photo avec Pierre Laurent !
Serge vient d’être couronné pour son récent recueil de poésie (il en a enfanté des dizaines, aussi telluriques, aériens, fougueux, les uns que les autres), et autres matériaux poétiques, autour et dans son dernier né : « Flamenco », l’histoire d’une grande danseuse toulousaine, exilée, Carmen Gómez, la « Joselito », la danseuse aux pieds ailés, au « duende » inaltérable. La « Joselito », la mère de tous les flamencos de Toulouse, et de tous les guitaristes de grande facture de chez nous, souvent fils de l’exil républicain ou antifasciste, la famille Sandoval, Serge López, Manolo Rodriguez, et beaucoup, beaucoup d’autres. De tous les danseurs et danseuses qui prennent le Capitole pour Triana. La « Joselito » est la mère de tous ces Andalous occitans, métissés, multi-culturalisés, comme la soleá reste la mère du flamenco.

Je me souviens encore -il y a si longtemps- d’un voyage « ida y vuelta » à Séville, pour écouter Enrique Morente chanter son « Estrella », et nous ouvrir un horizon d’utopie sensuelle, incandescente, mais noire à la fois. Comme Lebrijano, Pinilla, el Cabrero, el Cigala, Camarón… et « les vieux », la source sans cesse renouvelée, la Paquera de Jerez, la Niña de los Peines, Marchena, Mairena, la Carmen Linares, la Cristina Hoyos, la Yerbabuena… Olé pour tous ceux que j’oublie, « Olé por bulería »

L’écriture de Pey est flamenca, parce qu’elle vient des racines, du sang, qu’elle est rythmée, « compassée », toujours proche de la rupture, parce qu’elle est chair, parce qu’elle est libre, provocatrice, jusqu’à inventer des balades, des itinéraires poétiques pour rejoindre et ressusciter Antonio Machado à Collioure, Victor Hugo à Cuba, Neruda partout… ARTE. POUR LE PEUPLE. Et action ! La pensée en actes et le poème arme « por todas partes ». Serge est un poète, flingueur et pro fête, à Toulouse comme à Santiago du Chili, un « payador » de l’oralité. Un fouteur de bordel poétique. Donc : politique.

Jean ORTIZ

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Géopolitique du sucre : et si on en parlait ? Le point de vue de SEBASTIEN ABIS

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Rédaction du Naïf: En Martinique la question du sucre est l’objet de querelles stériles entre les politiques, aucune réflexion sérieuse sur cette denrée de base stratégique. Entre un président de CTM quasiment hystérique et une question environnementale liée à la production du sucre le temps passe…

IRIS :Le sucre est partout présent dans notre quotidien et fait l’objet de nombreux débats. Devrait-on s’y intéresser autrement et constitue-t-il une denrée de base stratégique dans le monde contemporain ?

Sébastien Abis: Oui assurément, bien que cela dépende de l’endroit où l’on se trouve. Comme d’autres produits qui nous accompagnent chaque jour dans nos systèmes alimentaires, le sucre est consommé sans que l’on regarde l’arrière-plan stratégique qui le concerne. Dans une situation d’abondance alimentaire, où le curseur s’est déplacé sur les enjeux qualitatifs et sur la santé des individus, le sucre est devenu une matière à controverses. Or il apparaît comme problème uniquement lorsqu’il est consommé de façon excessive, phénomène nutritionnel qui fait écho à des enjeux de comportement alimentaire et d’activité physique. En outre, soulignons l’importance de la notion de plaisir ici. Le sucre participe pleinement à cette dynamique essentielle de l’alimentation des individus. Sans sucre, beaucoup de repas et de journées seraient bien plus monotones. Mais encore une fois, tout est question d’équilibres.
Et précisément, dans cette volonté d’adopter des pratiques et des démarches équilibrées, il convient de rappeler quelques réalités agricoles derrière ce produit de large consommation. Le sucre s’est mondialisé mais toute la planète n’en produit pas. A l’instar de nombreux autres produits stratégiques de notre alimentation de base, le sucre s’est banalisé (comme s’il pouvait presque automatiquement être disponible sur nos tables, dans nos armoires ou nos supermarchés), alors qu’il repose sur de subtils équilibres mondiaux entre l’offre et la demande et entre pays qui en produisent et ceux qui en importent fortement.

IRIS :Quelle est donc, actuellement, cette cartographie mondiale du sucre ?

Sébastien Abis :Produit principalement à partir de la canne à sucre et de la betterave sucrière, il doit répondre à une demande mondiale en croissance continue. En 50 ans, elle est passée d’environ 70 millions de tonnes (Mt) à un volume de 185 Mt désormais. Un quasi triplement sur l’espace d’un demi-siècle. Si le sucre est concurrencé par les édulcorants dans les pays riches, il ne l’est pas dans les pays émergents ou en développement. Les ventes de sucre mondiales suivent d’ailleurs la démographie et nous observons une relative stabilité des ventes moyenne par habitant depuis quelques années (25 kg par personne par an actuellement, contre 20 au début des années 1970, mais ces chiffres sont à relativiser car ils comprennent les utilisations non alimentaires, les pertes, etc.). Par rapport au début des années 2000, la planète « réclame » 55 Mt de sucre supplémentaire aujourd’hui ! C’est une hausse colossale à laquelle les planteurs font face, en cultivant davantage, en améliorant leur rendement et en réduisant leur empreinte environnementale, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, à l’image de beaucoup d’agriculteurs, dans cette double quête du produire plus et mieux.

Ces chiffres globaux ne doivent pas masquer des disparités territoriales significatives. D’abord, sur les 190 millions de tonne de sucre produites actuellement sur le globe, trois-quarts sont issues de la canne, qui est la véritable locomotive de la hausse mondiale de la production de sucre, passant de 42 à 147 Mt entre le début des années 1970 et la situation présente. La canne à sucre pousse essentiellement en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Mais soyons plus précis. Le Brésil, seul, fait 40 Mt, soit près de 25% de la production mondiale de sucre ! La moitié du sucre brésilien sert à fabriquer de l’éthanol. Je le précise car ne perdons pas de vue la diversité des usages de cette production sucrière. Au-delà du sucre, nous trouvons comme autres produits de la filière des biocarburants, de l’alcool et des transformations pour le secteur de la chimie et de l’industrie. Revenons à la canne à sucre dans le monde et à sa production. Après le Brésil, nous avons l’Inde qui réalise en moyenne entre 25 et 30 Mt, suivie par la Chine et la Thaïlande qui chacune font 10 Mt. Ensuite, en complément, avec 25% de la production mondiale, viennent les productions réalisées à partir de la betterave à sucre. Elle est majoritairement située en Europe (16 Mt) et autour de la mer Noire (10 Mt entre Russie, Ukraine et Turquie), sans oublier également les Etats-Unis (5 Mt).

Le sucre, consommé chaque jour par plusieurs milliards de personnes sur tous les continents, est donc produit dans des zones extrêmement réduites. En effet, les surfaces mondiales dédiées à la culture du sucre sont de 32 millions d’hectares, ce qui est dérisoire ! Cela représente à peine 0,2% du total des terres émergées du globe, près de deux fois moins que la France hexagonale. A titre comparatif, les surfaces mondiales en blé sont de 220 millions d’hectares. Par ailleurs, vous avez 10 pays qui assurent deux-tiers de la récolte mondiale de sucre : Brésil, Inde, Chine, Thaïlande, Etats-Unis, Russie, Mexique, Australie, Pakistan et France. On comprend mieux dans ce contexte le rôle du commerce international mais aussi l’importance des circuits longs et du cortège d’acteurs qui transforment, transportent et distribuent ce produit de base. Si l’on inclut les mouvements intra-communautaires au sein de l’Union européenne (UE), ce sont environ 70 Mt de sucre qui sont exportées en moyenne chaque année actuellement. Le Brésil en assure 40% avec environ 30 Mt, suivi par la Thaïlande, second exportateur mondial de sucre avec en moyenne 7 Mt par an. L’Australie, l’Inde, le Mexique et le Guatemala sont également actifs sur le plan des exportations, mais avec de moindres volumes. Et puis bientôt devrait s’inviter l’Europe à ce panel.

IRIS : Quelles sont en effet les positions de l’Europe dans ce paysage sucrier mondial ?

Sébastien Abis :L’UE a décidé de mettre fin à son système de quotas sucriers depuis le 1er octobre 2017. C’est un changement stratégique majeur après 50 ans d’existence d’un système conçu et organisé dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Or celle-ci évolue ces dernières années, les contraintes de volumes disparaissent et la libéralisation des échanges s’amplifie. Compte tenu de la hausse de la demande mondiale alimentaire sur de nombreuses denrées de base, l’UE a décidé en 2013 de supprimer ces quotas pour exprimer son potentiel agricole continental mais aussi à l’export. Cette campagne en cours devrait se traduire par une récolte de 20 Mt environ en Europe qui libérerait environ 4 Mt à l’export sur pays tiers. Cela représente près de 10% de la production mondiale de sucre. L’UE n’est pas un géant agricole sur ce produit, mais compte néanmoins dans l’équation mondiale. La fin des quotas s’affiche en tout cas comme un basculement notable. Ses effets sont multiples. D’abord, dans la perspective de cette fin des quotas, les surfaces dédiées à la betterave à sucre ont fortement augmenté ces derniers mois. En France, premier producteur européen (environ 5 Mt), la croissance est de 20%. En Allemagne, le mouvement est similaire. Ce pays est le second producteur de sucre en Europe (4 Mt), suivi par la Pologne (2 Mt). En 2018, l’UE devrait donc placer environ 4 Mt sur les marchés mondiaux. Bien que cela soit largement inférieur au Brésil, ces quantités viennent se positionner dans un contexte où l’équilibre est bon entre l’offre et la demande. Les prix ne sont d’ailleurs pas très favorables. Le cours du sucre a été divisé par deux entre l’automne 2016 et l’automne 2017. Pour l’Europe et ses planteurs, il convient donc d’agir dans un contexte de forte volatilité des cours et de compétition à l’échelle internationale. La co-production avec des partenaires sud-américains, maghrébins ou asiatiques constitue une stratégie assumée par plusieurs groupes agro-industriels européens du sucre. Ils sont tous en position d’accroître leurs exportations vers les zones où la consommation augmente rapidement. Le bassin méditerranéen et le continent africain apparaissent vite dans cette équation comme des pôles incontournables, où l’Europe peut conjuguer commerce et développement, investissement productif et coopération logistique ou scientifique. Les enjeux de sécurité alimentaire s’avèrent propices à ce type de partenariat global.

IRIS :Et la France dans tout cela ? Que représente le sucre dans ce pays souvent décrit comme une puissance agricole de premier plan ?

Sébastien Abis :La France est le 10ème producteur mondial de sucre, avec environ 5Mt, soit 8 fois moins que le Brésil et deux fois moins que la Chine. Mais la France est leader mondial de la betterave sucrière et premier producteur de sucre de l’UE. De la canne à sucre est également cultivée dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion). La France dispose de rendements excellents, parmi les plus élevés du monde, fruit d’une recherche scientifique et agronomique qu’il faut saluer, car elle accompagne le travail des agriculteurs et contribue aux bons résultats de l’industrie sucrière française. Depuis 1970, les rendements sucriers ont quasiment doublé en France, passant de 6,5 tonnes sucres à l’hectare à 13 en moyenne désormais. 70% de la production nationale est dédiée à l’alimentation dont 10% sert directement à fabriquer des « sucres de bouche », ces petits carrés blancs très présents dans notre quotidien. L’éthanol et les alcools captent ensuite 20% de la production française.

Le pays dispose donc d’atouts indéniables et il a une véritable carte stratégique à jouer dans ce contexte mondial où la demande en sucre s’accroît. Qui saurait pourtant décrire une betterave sucrière en France lorsqu’il met un sucre dans son café ? Il s’agit pourtant d’une plante vitale aux caractéristiques bien définies, répondant à un calendrier de culture précis, et considérée comme une tête d’assolement pour les agriculteurs. Dans notre pays, on plante en hiver et on récolte généralement à partir de mi-septembre. Il lui faut aussi une géographie propice à son développement. Nous retrouvons l’incontournable triptyque climat – eau – sol qui fait souvent la différence pour être performant en agriculture. Sans météorologie clémente (ni trop chaud, ni trop froid), sans apport hydrique régulier et stable, sans terres arables, il n’est pas du tout évident de se lancer dans la betterave sucrière. D’où le pôle de production dominant que représente l’Europe, continent où les conditions géographiques sont bien meilleures qu’ailleurs. On a tendance à l’oublier, mais c’est un atout pour l’Europe à l’échelle du globe.

Et la France se situe belle et bien au cœur de ce dispositif car, outre des rendements de qualité, des productions régulières et des capacités de transformation et de logistique compétitive, le pays est engagé avec son agriculture dans des démarches environnementales visant à se combiner avec les performances économiques. Des investissements importants sont par exemple mis en œuvre pour réduire drastiquement la consommation énergétique des sucreries et les planteurs sont engagés dans des itinéraires de production optimisant la gestion des ressources naturelles.

IRIS : Au-delà de l’agriculture en général et après les céréales, vous voilà donc en train de travailler sur la géopolitique du sucre ?

Sébastien Abis :En effet, le sucre, comme je l’ai fait avec le blé récemment, mériterait d’être traité sous l’angle de l’analyse stratégique. Les quelques considérations émises précédemment semblent justifier cette orientation. Beaucoup de choses sont dites ou écrites sur l’agriculture, l’alimentation ou les produits de base de notre consommation quotidienne. Dans nos sociétés européennes, nous avons tendance à perdre de vue le caractère géopolitique de ces questions. Il m’avait paru important de proposer un autre regard, moins technique, plus grand public, et surtout pluridisciplinaire, à propos du blé, cette céréale centrale pour la sécurité alimentaire mondiale.

Une telle démarche sur le sucre me paraît opportune à l’heure où l’on ne doit pas enfermer les débats agricoles et alimentaires sur des réflexions uniquement locales et court-termistes . La mondialisation alimentaire est une tendance lourde. Elle n’efface pas les gastronomies locales et les circuits courts. Mais elle s’impose partout dans ce monde où les brassages socioculturels sont incessants et où les individus aspirent à consommer de manière diversifiée et non-linéaire. Un déjeuner local le midi peut précéder un dîner mondial le soir. Ce qui signifie qu’il faille plusieurs modèles agricoles pour un tel éventail de comportements alimentaires.

SOURCE /iris-france.org/

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