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L’HEURE DES BOULES DE CRISTAL Par Serge Charbonneau

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Par LUPOURVOUS : Chaque début d’année, plusieurs de nos chroniqueurs officiels sortent leur boule de cristal et nous disent ce qu’ils voient pour la future année qui vient. Un petit jeu bien plaisant, auquel je prends goût. Chaque début d’année on peut ainsi écrire une page du grand livre de la « future » Histoire du monde.
Curieusement, il semble nettement plus facile pour nos valeureux experts internationaux, de prédire le futur que de regarder le passé. Le futur est peu compromettant tandis que le passé peut s’avérer bien révélateur de la qualité des prévisions.

Un journaliste qui nous a quittés en 2007 et qui a laissé un vide immense à Radio-Canada disait : Je suis un journaliste qui aime traiter de choses bien concrètes et non pas un devin qui s’amuse à faire dire n’importe quoi à une boule de cristal.

Encore moins un éditorialiste à gogo qui pérore sur tout et sur rien comme s’il pouvait lire dans les lignes de la main. Combien de fois ces grands « doctes » se sont-ils fourvoyés lamentablement ? ».

Ce journaliste, c’était René Mailhot.

Il disait : « Lorsqu’on analyse l’actualité internationale, ce qui se passe autour de notre planète, le décor est différent des situations qui se déroulent chez nous, dans notre voisinage immédiat. C’est ailleurs et c’est loin de nos yeux.

J’ai passé la majeure partie de ma vie professionnelle à voyager d’un pays à l’autre, d’un conflit ou d’un cataclysme à l’autre. Sans doute dans une bonne centaine de pays.

Cela me confère-t-il pour autant la science infuse ?

Pas du tout.

On a bien entendu une compréhension de visu de ce qui s’y passe, meilleure que celui qui n’y est pas. On rencontre des gens, on entend des témoignages, on rapporte ce que l’on voit et entend au meilleur de notre compréhension. Mais, plus on prend de l’expérience, plus on se rend compte que les situations sont complexes et que les nuances sont importantes.

Monsieur Mailhot donnait quelques exemples où la condamnation rapide et sans nuances pouvait être des erreurs :

– Condamner en bloc le Hamas ou le Hezbollah en les qualifiant d’organisations terroristes. C’est en partie vrai. Mais c’est aussi bien autre chose.

– Croire que le problème est réglé en Somalie parce qu’on est parvenu à déloger les islamistes (tribunaux islamistes) amènera à un réveil brutal un de ces matins.

– Qui sont vraiment les Tigres tamouls qui revendiquent leur indépendance au Sri-Lanka et que le Canada a placés sur sa liste des organisations terroristes ?

– Le Vénézuélien Hugo Chavez, « bête noire de Washington », est-il vraiment une menace pour son pays et la région ?

Aucune des réponses à ces quelques questions n’est simple.

Pourtant, plein de commentateurs et d’éditorialistes se prononcent à tort et à travers. Est-ce que cela nous fait mieux comprendre pour autant ?

C’est pourtant ce qui est primordial : comprendre. Mais pour comprendre, il faut expliquer et échanger des idées.

COMPRENDRE

De plus en plus, la compréhension des choses devient une illusion. On nous sert le monde comme une bande dessinée. On le décrit comme une caricature en noir et blanc et pour ce qui est de la compréhension… on repassera.

On nous « informe » (sic) sur qui est le « bon » et qui est le « méchant » et hop, passons au suivant.

On nous « apprend » que le régime iranien est méchant et que le peuple dans la rue lutte avec courage pour changer les choses.

On nous a amplement « appris » aussi que Manuel Zelaya était un vilain ratoureux et que, au Honduras, le peuple dans la rue est composé de « fidèles » qui ne voient pas où veut les mener ce « vilain » (sic) Zelaya.

Mais on ne comprend pas vraiment pourquoi et comment l’Iran ou le Honduras en sont arrivés là. On nous sert une compréhension simpliste et démagogique qui anime nos émotions et nous fait juger les faits sans que l’on ressente le besoin de comprendre plus à fond. Non, la compréhension des choses, cette vue des deux côtés de la médaille est une chose qu’on nous fait éviter.

Les temps changent-ils ?

Y a-t-il des prévisions qui deviennent récurrentes ?

Par exemple en 2006, Pat Robertson, nous annonçait un terrible attentat aux ÉU : « The Lord didn’t say nuclear. But I do believe it will be something like that. Possibly millions of people will be affected by the attack, which should take place sometime after September. » (le seigneur n’a pas parlé de nucléaire. Mais je crois que ça sera quelque chose de semblable.

Des millions de gens peut-être seront touchées par l’attaque qui se déroulera quelque temps après septembre.)

Il semble que la peur soit une valeur sûre pour les prédictions. On bascule l’année avec une tentative ( !) d’attentat aérien ( !). Ici, on constate que le secret d’État n’a pas empêché de connaître à fond tous les détails (penthrite , Umar Farouk Abdulmutallab

Un fantastique attentat qui a permis à Obama de sortir la bonne vieille cassette de Monsieur Bush : « Je promets de traquer les terroristes où qu’ils se trouvent »

Et en plus, comme du gâteau servant à merveille cette cassette : « Al-Qaeda revendique l’attentat raté du vol Amsterdam-Detroit »

Même avec une boule de cristal de pacotille, on peut donc prévoir que 2010 sera une autre année de traque au terrorisme.

Un terrorisme sans réelle revendication.

Nous ne sommes plus du temps où les terroristes avaient des causes. Par exemple pour la Palestine, pour la justice envers les paysans, pour la libération du Québec, pour…

Aujourd’hui, les terroristes nous font de la terreur gratuite sans signifier quelle est la cause qu’ils défendent. Al-Qaeda est un réseau de méchants « purs », des islamistes en plus qui en veulent à tout le monde, chrétiens, musulmans, arabes, américains, etc.

Parfois, on dirait que le terrorisme ne sert qu’une seule cause, celle de justifier la guerre contre le terrorisme. Étrange, n’est-ce pas ?

Les temps changent-ils ?

En décembre 2007, ma boule de cristal me disait : « Il faudra surveiller la violence en Colombie, dernier bastion US en Amérique du Sud. »

Elle me disait aussi :

« Chávez, l’ennemi juré de M. Brousseau (François, chroniqueur Radio-Canada et Le Devoir), est en train d’unir toute l’Amérique latine. Banque du Sud, ALBA, PetroCaribe : toutes des idées Chávez. Et bientôt Chávez va accéder au Mercosur. Aucune rivalité n’existe en Amérique latine.

L’Amérique latine continuera à nous donner des leçons de démocratie et de politique Humaine. Les rencontres entre ces présidents qui travaillent pour leur population sont marquées par une cordialité et une solidarité remarquable. »

Deux ans plus tard, c’est toujours vrai. L’Amérique latine nous donne des leçons de solidarité et continue à réinventer le monde, chaque pays à sa façon.

En 2007 on tentait de déstabiliser la Bolivie, ma boule de cristal disait : « La Bolivie vit des moments difficiles, mais avec l’appui des pays l’entourant, espérons que Morales réussisse à faire passer la constitution « indigéniste » pour protéger les démunis ? »

En 2009, nous avons constaté qu’Evo Morales, avec l’aide et la solidarité des pays latino-américains, a réussi à stabiliser son pays. Il a aussi réussi à donner une constitution protégeant les plus démunis et il est solidement appuyé par sa population .

Mais que réserve 2010 ?

Sûrement des difficultés pour tous ces gouvernements un peu trop solidaires, autonomes et dérangeants pour l’empire néolibéral qui aimerait bien les remettre à leur place.

Plusieurs souhaitent que le Coup d’État au Honduras soit le premier domino qui en fera tomber plusieurs autres. Le test hondurien a été réussi. Les médias ont fait un travail exemplaire [10] pour faire avaler cette atteinte à la démocratie.

Le prochain domino risque d’être le Paraguay. On tente désespérément de diminuer le lustre de cet évêque devenu Président. Les affaires de couchettes devraient efficacement le ternir dans l’opinion. L’évêque aimait les femmes, le vilain, et il parait qu’il a une grande famille.

2010 risque donc d’être une année de cul pour l’évêque Fernando Lugo et pour le Paraguay.

En 2007 on parlait du Pakistan ! On parlait d’élections dans cette « démocratie » (sic) de Musharaff ! Il n’y avait pas d’attentats au Pakistan. Musharaff était cet allié US indéfectible Au Pakistan, on ne parlait pas d’autoritarisme, ni de censure, ni de coupures de cellulaires, ni d’emprisonnement ou de liquidation d’adversaires. On disait « sereinement » : Musharaff va-t-il se faire réélire ?

Puis ce 27 décembre 2007 Benazir Bhutto a été assassiné. Cette femme risquait sa vie pour son pays. Représentait-elle un ennemi pour Al-Qaeda ou pour la CIA ? Nous ne le saurons jamais. Mais chose sûre, on ternissait sa réputation et celle de son mari, alias Monsieur 10%. Lorsqu’on ternit les réputations, ce n’est jamais bon signe. Prenons pour exemple Manuel Zelaya au Honduras.

Musharaff, quant à lui, même s’il avait une nette tendance à la dictature, on lui a fait enlever son uniforme, on lui a donné une splendide cravate et on en a fait un grand « démocrate ». Malheureusement (sic), avant que les ficelles ne deviennent trop apparentes, on a dû le mettre de côté, la marionnette avait fait son temps.

Les temps changent-ils ?

En décembre 2007, ma boule de cristal disait : « En 2008, on parlera de démocratie en Irak, Afghanistan, Pakistan, et de dictature, au Venezuela, Équateur, Bolivie, Nicaragua, Cuba, Russie. On nous dira qui est « méchant » ! Comme ce Chavez, ce Poutine, cette Chine ! »

Cette Chine qu’on disait avoir un « gros » budget militaire, et ce, sans souffler mot sur qui dépense plus d’un million à la minute pour sa défense ?

Non, les temps ne changent pas trop.

En 2010, on parlera sûrement des budgets militaires du Venezuela ou de l’Iran ou de la Chine ou de la Russie ou même du Brésil, mais on ne dira rien sur les milliards QUOTIDIENS (près de 2 milliards par jour) dépensés par nos « amis » états-uniens.

L’heure des boules de cristal

À scruter le futur, on oublie facilement le passé.

On dit que la mémoire est une faculté qui oublie. Nos journalistes, nos quotidiens ont cette même déficience, et ce, de façon encore plus marquée.

L’an passé, je commençais ma réflexion annuelle par : « L’année bascule avec l’horizon obscurci par la crise économique virtuelle qui risque d’affecter la vie de plusieurs personnes peu nanties. Je dis bien crise « virtuelle ». Tout comme la fameuse crise alimentaire est virtuelle (la nourriture existe, mais les gens ne peuvent se la payer !). La crise est un outil qui sert et servira à optimiser le profit des compagnies en licenciant les employés. »

Je crois que je peux me donner une bonne note sur cette prédiction.

La fameuse crise « pire que celle de 1929 » (sic) a été rapidement oubliée. Un 1000 milliards par ci un autre par là et hop, n’en parlons plus. Les primes des banquiers du monde entier ont été sauvées.

L’an passé on terminait 2008 avec une chute des prix du pétrole. Je disais : « On constate que la fameuse théorie de l’offre et de la demande, cette fameuse main invisible du marché, n’est que chimère.

Malgré que l’OPEP ait considérablement réduit l’offre de millions de barils quotidiennement, le prix n’a cessé de chuter. De 147 $ il y a quelques mois, le baril se retrouve maintenant sous les 40 $. Conséquence ; les pays comme le Venezuela qui font chier les maîtres économiques mondiaux comme Exxon, se font ainsi priver de leur principal outil de développement, soit les revenus du pétrole.

En dix ans, on n’a pas réussi à déstabiliser Chávez avec le terrorisme médiatique, le coup d’État (2002) et les multiples magouilles économiques, maintenant on veut lui couper les vivres de la manne pétrolière. La lutte est encore très active et la guerre contre le Venezuela offrira encore cette année, quelques palpitations bien senties. »

Aujourd’hui, au tournant de 2010, il y a sept bases militaires US en Colombie, il y a la IVe flotte très active au large des côtes sud-américaines, il y a la base du Honduras et la mise en branle de l’installation de quatre nouvelles bases au Panama. Un pays qui fut, depuis, quelques années, libre de soldats états-uniens revient en arrière avec la gouverne de Monsieur Supermarché, le milliardaire Ricardo Martinelli . On s’installe aussi militairement au Mexique sous le prétexte de lutter contre le narcotrafic.

Les temps ne changent pas trop et on peut donc redire : « la guerre contre le Venezuela offrira encore cette année, quelques palpitations bien senties. » Non seulement une guerre contre cette locomotive conduite par la « bête noire » Chávez, mais une guerre de reconquête dans toute l’Amérique latine.

Les élections au Chili le 17 janvier prochain sont cruciales. La mise au pouvoir d’un nouveau valet pour servir les intérêts US dans la région est importante. Piñera représente cet allié tant souhaité.

Le pays le plus fragile demeure le Paraguay. Plusieurs craignent une répétition du genre « Coup d’État hondurien » au Paraguay. Le Coup d’État moderne avec l’appui massif des médias reste très efficace pour la reconquête. Il suffit d’une bonne campagne médiatique pour rendre les armes militaires antidémocratiques du côté de « légalité » (sic) constitutionnelle.

Quelle fantastique démonstration que ce Coup d’État militaire au Honduras ! Nos valeureux soldats médiatiques ont participé activement à ce piétinement de la démocratie hondurienne.

Nos valeureux soldats médiatiques participent aussi très activement à la déstabilisation de l’Iran, le prochain objectif de conquête au Moyen-Orient. L’Iran encerclé militairement, harcelé politiquement, étouffé économiquement (commercialement) et dénigré médiatiquement, pourra-t-elle résister encore longtemps à éviter le bain de sang ?

2010 sera encore militaire. Notre « Prix Nobel de la PAIX » semble donner carte blanche à ses généraux pour qu’ils mettent en place deux nouveaux théâtres de combats, l’Iran et l’Amérique latine. En 2010, investir dans l’armement sera encore beaucoup plus rentable que dans l’environnement.

2009, « LE » masque est tombé

L’an dernier je disais : « LE » fait marquant à prévoir pour 2009 : « OBAMA ». Sur ce point, je misais juste, mais sur ma vision pleine d’espoir, JE ME SUIS FAIT LEURRER COMME UN IMBÉCILE.

Je disais : « Obama, malgré l’espoir qu’il suscite n’est pas un magicien. On ne se privera pas de nous le rappeler. On ne se privera pas de nous démontrer la déception « fabriquée » que le nouveau président va engendrer. »

« Fabriquée » ? Quelle erreur ! La déception est bien loin d’être « fabriquée ». Elle pue le réel comme le cadavre sous le soleil au Moyen-Orient.

Je disais : « Obama ne pourra rien faire si le peuple US (contrôlé par les médias) ne le supporte pas.

On peut démolir systématiquement, un à un, tous les espoirs qu’il suscite. D’ailleurs, avant même qu’il soit en poste, les « soldats » de l’information (sic) au service des vrais dirigeants qui ne sont pas les politiciens, mais plutôt les prédateurs économiques invisibles et bien actifs, ces « soldats » de la pensée, ces maîtres de la propagande nous ont déjà livré « opinions » et éditoriaux servant à ternir l’image trop lustrée de ce nouveau Président porteur de trop d’espoirs. »

L’an passé je disais : « L’année 2009 s’avère importante. Il est possible qu’un sérieux coup de barre soit donné par Obama ».

Quelle erreur ! Aucun coup de barre franc n’a été donné. On espérait que l’occupation militaire de l’Irak soit « réduite ». Le résultat n’est pas « très » probant.

Je disais aussi : « Par contre, le « théâtre » afghan, cette scène de la tuerie quotidienne demeurera. Beaucoup de sang, surtout afghan, coulera dans le sable et sur la misère.

On nous fera applaudir le massacre de centaines et de milliers de ces résistants afghans et on nous fera pleurer sur « nos » « morts-pour-la-patrie » (sic) .

C’est exactement ce qui s’est passé en 2009. Une autre année de terrible tuerie en Afghanistan. Plusieurs familles canadiennes pleurent leur fils mort au combat. Mort pour… pour qui ??? Pour quoi ???

Nos politiciens va-t-en-guerre démontrent une insensibilité incroyable pour la vie humaine. Cette chair à canon sert-elle uniquement à faire faire des profits occultes ? Chose certaine, le « don » de ces vies humaines n’a servi, ni la démocratie, ni les droits humains, ni la cause des femmes, ni la justice sociale, ni l’amélioration des conditions de vie en Afghanistan et nullement la diminution de la menace terroriste mondiale, au contraire.

Avec l’arrivée d’Obama, on espérait une détente avec le Sud.

Je disais : « Avec de la volonté sincère, avec un geste concret, comme la levée de l’injuste embargo contre Cuba, Obama risque de réduire le conflit nord-sud du continent américain.

Avec un peu de « respect » et beaucoup de sincérité, Obama peut vraiment aider toute l’Amérique latine à vivre leur fragile démocratie qu’ils ont si difficilement obtenue.

Il faut que les ÉU abandonnent LEURS intérêts et reconnaissent la souveraineté de ces pays qui se prennent enfin en main. »

Malheureusement, 2009 fut la tombée du masque.

Chávez lors de son discours devant les Nations Unies en septembre dernier disait : « Y a-t-il deux Obama ? »

Aujourd’hui la réponse à cette pertinente question se précise.
Nous constatons qu’il n’y a qu’un seul Obama et que ce n’est pas celui que l’on croyait. Obama s’est révélé n’être qu’un Bush tout aussi décevant.

Obama n’a pas rempli ses promesses.
Une à une, elles ont été soit abandonnées soit modifiées au point de les rendre ridicules. La fermeture de Guantanamo est devenue fictive et différée. Il n’y a pas eu beaucoup d’amélioration pour contrer cette injustice faite à ces Êtres Humains mis en cage.

En 2009, pour la 18e fois consécutive, l’ONU a voté pour la levée de l’injuste embargo US contre Cuba. Obama n’avait qu’à remuer le petit doigt présidentiel pour mettre fin à cet injuste anachronisme. Il n’a rien fait.

Le Honduras a subi un Coup d’État militaire sous l’œil « bienveillant » des États-Unis. Obama n’a rien fait…

La détente annoncée avec l’Iran ne fut que de la poudre aux yeux. La lettre d’Obama aux dirigeants iraniens n’était que mise en scène sans réelle sincérité. Obama, un espoir déçu !

Finalement tout, absolument tous les espoirs ont été trahis. Rien, absolument rien n’a changé. Que des discours… que de beaux discours. 2009 aura été une année mortelle pour l’espoir de voir se transformer l’empire.

On constate qu’Obama ne représente plus la menace du changement aux États-Unis.

Il n’y a plus de manifestants de droite contre Obama devant la Maison Blanche, il n’y a plus de dénigrement contre Obama dans nos médias. Obama est devenu comme tous les autres : un valet au service de ceux qui mènent le monde.

Le retour du bipolaire

On souhaitait la pluri polarité, mais 2010 sera probablement de plus en plus sous le signe de la bipolarité. Ce sera l’empire, c’est-à-dire, les États-Unis et tous ces gouvernements au service de l’oligarchie mondiale (Bilderberg, « Commission Trilatéral », Council on Foreign Relations, CFR) contre les populations. L’oligarchie mondiale néolibérale contre le monde progressiste, écologiste et humain. Pays néolibéraux capitalistes contre pays progressistes socialistes.

Une bipolarité comme les deux mondes décrits par Evo Morales, le monde du « mieux vivre en consommant toujours plus » contre celui du « bien vivre en respectant notre mère La Terre ».

Le monde est vaste et complexe. Il y aurait long à dire sur l’Afrique et sur bien des régions et des dirigeants diabolisés.

On continuera en 2010 d’avoir les deux mondes médiatiques, celui de la presse « officielle » qui nous conditionne selon la « bonne parole officielle » et celui de la presse « alternative » qui « flirte » avec le « conspirationniste » parce qu’elle pose des questions et réfléchit.

Il faudrait qu’en 2010, les gens découvrent de plus en plus la libre pensée des médias alternatifs et se soustraient par le fait même au conditionnement médiatique que leur fait subir la presse « officielle ».

Je remercie Le grand soir, pour héberger mes mots et pour nous offrir la libre pensée.

J’aimerais terminer ce long délire par cette phrase de ce bon ami journaliste, Monsieur René Mailhot. J’aimerais un jour avoir sa sagesse. Il n’avait qu’une seule prédiction en 2006. Une prédiction qui sera toujours valable. Il terminait son carnet en disant :

« L’année sera chargée, c’est ma seule et unique prédiction ! »

Source le GrandSoir
Texte Serge Charbonneau

P.S. : Bonne Année à tous et je vous souhaite le paradis AVANT la fin de vos jours !
Auteur : Jean Jack LAPORTE

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Source CaraïbeCreolsNews :La France a-t-elle aboli l’esclavage ? Par Danik I. Zandwonis *

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La France a-t-elle aboli l’esclavage ?  C’est le titre d’un ouvrage de l’historienne Nelly Schmidt qu’il faut avoir lu. Elle décortique avec une grande justesse d’analyse, les 2 « abolitions » de 1794 et 1848 en Guadeloupe et qui sont aujourd’hui encore des marqueurs de notre société coloniale.Mais c’est l’actualité africaine la plus brûlante qui nous ramène vers l’ouvrage de N. Schmidt. Le fait que des migrants d’origine africaine aient été vendus en Libye remet un coup de projecteur sur la politique francafricaine.

D’abord c’’est un média américain, (CNN) qui a révélé cette affaire, pourtant la présence politico-médiatique française en Afrique est plus que réelle. Ensuite on est en droit de s’interroger sur le black out de la France sur cette affaire. Ce silence gêné de médias français, tout comme celui de la diplomatie et du gouvernement français peut être compris comme une volonté affirmée de « zapper » ce fait gênant pour les uns et les autres. Il suffit pour s’en convaincre, de mesurer à l’inverse l’impact émotionnel de ces mêmes médias et du gouvernement français quand un ressortissant français blanc, soldat ou autre est la victime d’une agression en terre africaine.

Il est bon de rappeler, que le chaos existant actuellement en Lybie est l’une des conséquences de la politique Moyen -Orientale des européens, la France en tête. Chez nous en Guadeloupe, pays peuplé majoritairement d’Afro descendants , la réaction s’est aussi fait attendre. Silence radio total des deux assemblées majeures, pas un communiqué de Josette Borel ou de Chalus sur cette problématique. Faut -il penser que nos deux présidents ne sentent pas concernés ? même silence embarassé des parlementaires : ce n’est que 48h après qu’Olivier Serva a sorti un timide post sur les réseaux sociaux.

On en arrive même à se demander si toutes les manifestations qui sont généralement organisées au mois de mai pour « commémorer » l’abolition(?) de l’esclavage en Guadeloupe, ne sont pas totale hypocrisie ? 

En réalité, ces élus guadeloupéens, « marchent » au rythme du gouvernement français, quand le « maitre blanc » parle , ils vont dans le sens de sa parole, mais quand le maitre est silencieux, ils adoptent une attitude similaire. C’est bien là, le mal profond de notre pays, la classe politique dans son ensemble, manque cruellement de courage, elle préfère aller dans le sens du vent pour n’avoir jamais à s’opposer à ceux qui depuis Paris, décident pour nous.

Ce qui s’est passé en Libye et le silence -j’ai presque envie de dire- silence complice, prouve et démontre que les chaines de l’esclavage politico-mental sont toujours présentes dans les cerveaux. Mais il n’y a pas que pour la Libye. Il y a de cela quelques semaines, les Catalans ont posé avec force et détermination, la question de leur indépendance face à l’état central espagnol : vous avez entendu un élu guadeloupéen oser prendre une position contraire à celle du gouvernement français actuel ? la réponse est négative.

Fort heureusement, il y a encore quelques journalistes guadeloupéens qui osent dire tout et tout haut.( je me permets içi de saluer mes confrères de « Presse Hebdo « sur Radio Guadeloupe 1ére : Eric Lefèvre, Gilbert Pincemail, Olivier Lancien, Eric Bagassien…. ils font le job et ouvrent sans crainte les débats. On ne dira pas autant de cette radio commerciale au service du pouvoir devenue depuis 2009 quasiment murette sur tout ce qui peut déranger les pouvoirs en place.En réalité, notre classe politique, volontairement s’absente de tous ces débats, elle ne semble préoccupée que par ses questions électoralistes.

Et pourtant, la situation sociale s’aggrave en Guadeloupe ;les tensions couvent. il y a moins d’un mois, Elie Domota et les militants de l’UGTG ont lancé une première alerte, qui ressemble fortement à un avertissement. Mais là non plus personne n’a entendu. La vie continue « tranquillement », mais chacun se doit de savoir, que ce calme n’est qu’apparent, la Guadeloupe est de nouveau au bord d’une grosse crise.C’est à croire, que nous vivons dans une bulle. La Lybie, la Catalogne, la situation sociale et ses conséquences, tout cela n’interpelle personne : jusqu’à quand ?

*Danik I. Zandwonis Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site@ : danik@mediacreole.com

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Un poète, un homme hors du commun. PEY, PEY, PEY Par Jean ORTIZ

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Source le GRANDSOIR. Serge Pey est un extraordinaire poète, dans tous les sens du mot : qui sort de la règle, de l’usage ordinaires, qui n’est pas courant, exceptionnel, inhabituel, qui étonne par sa bizarrerie, son étrangeté, son originalité, qui s’écarte énormément du niveau moyen, ordinaire, qui, par ses qualités, sort de la moyenne, qui est très grand, intense, immense.

C’est un militant qui a mené la lutte clandestine dans le Chili de Pinochet.
C’est un de mes amis.
C’est un lecteur assidu du Grand Soir qu’il a défendu quand nous étions sous la grêle des calomnies.
Quelle bonne nouvelle que l’attribution du plus grand prix littéraire pour la poésie à cet homme-là !
Son ami Jean Ortiz (qui se ressemble s’assemble) lui rend hommage dans un article publié par l’Humanité.
Lisons, nous en serons meilleurs. Et plus heureux.
Maxime Vivas
Serge Pey, préfacier de notre « Vive le Che ! », vient d’être couronné à l’unanimité du Prix Apollinaire de poésie 2017, prix prestigieux s’il en est, équivalent d’un Goncourt de poésie. Créé par Cocteau en 1941. Couronné ! Le libertaire Serge Pey a dû goûter comme il se doit la saveur du mot, lui, le coupeur de têtes non-pensantes.
Il est difficile d’écrire sur un copain. Nous savons tous que Serge et son œuvre méritent… un mausolée, ou le Nobel !! Pour le mausolée, il y est réfractaire ; et comme l’homme au chapeau noir ne se vend pas, le Nobel n’est pas pour deux mains.

Ce prix lui a été décerné sur la terrasse du célèbre café littéraire Les deux magots, où Apollinaire avait ses alcools. Nul doute que Serge adore les magots !! Il a passé une vie à s’enrichir, à s’enrichir des autres, des luttes, des rêves, des résistances, des roseaux de pluie des indiens mexicains, des hallucinations au peyotl, des combats avec le MIR de Miguel Henríquez… Il y a trente ans, je l’avais invité pour réaliser une « performance poétique » dans mon établissement secondaire. Il performa si bien qu’il y forma un sacré souk, mais toujours de qualité pour tous. Halluciné. Hallucinogène. Hallucinatoire.

Sous la coupole de Niemeyer à Fabien, il y a un mois, au siège du PCF à Paris (pour honorer le CHE), avec sa compagne comédienne sarde Chiara, il scotcha la foule des camarades présents. « Mes mots rables », dit-il. « C’est la première fois que je rentre dans un siège coco ». Et il put en sortir ! ÉMU. BOULEVERSÉ. Et photo avec Pierre Laurent !
Serge vient d’être couronné pour son récent recueil de poésie (il en a enfanté des dizaines, aussi telluriques, aériens, fougueux, les uns que les autres), et autres matériaux poétiques, autour et dans son dernier né : « Flamenco », l’histoire d’une grande danseuse toulousaine, exilée, Carmen Gómez, la « Joselito », la danseuse aux pieds ailés, au « duende » inaltérable. La « Joselito », la mère de tous les flamencos de Toulouse, et de tous les guitaristes de grande facture de chez nous, souvent fils de l’exil républicain ou antifasciste, la famille Sandoval, Serge López, Manolo Rodriguez, et beaucoup, beaucoup d’autres. De tous les danseurs et danseuses qui prennent le Capitole pour Triana. La « Joselito » est la mère de tous ces Andalous occitans, métissés, multi-culturalisés, comme la soleá reste la mère du flamenco.

Je me souviens encore -il y a si longtemps- d’un voyage « ida y vuelta » à Séville, pour écouter Enrique Morente chanter son « Estrella », et nous ouvrir un horizon d’utopie sensuelle, incandescente, mais noire à la fois. Comme Lebrijano, Pinilla, el Cabrero, el Cigala, Camarón… et « les vieux », la source sans cesse renouvelée, la Paquera de Jerez, la Niña de los Peines, Marchena, Mairena, la Carmen Linares, la Cristina Hoyos, la Yerbabuena… Olé pour tous ceux que j’oublie, « Olé por bulería »

L’écriture de Pey est flamenca, parce qu’elle vient des racines, du sang, qu’elle est rythmée, « compassée », toujours proche de la rupture, parce qu’elle est chair, parce qu’elle est libre, provocatrice, jusqu’à inventer des balades, des itinéraires poétiques pour rejoindre et ressusciter Antonio Machado à Collioure, Victor Hugo à Cuba, Neruda partout… ARTE. POUR LE PEUPLE. Et action ! La pensée en actes et le poème arme « por todas partes ». Serge est un poète, flingueur et pro fête, à Toulouse comme à Santiago du Chili, un « payador » de l’oralité. Un fouteur de bordel poétique. Donc : politique.

Jean ORTIZ

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Géopolitique du sucre : et si on en parlait ? Le point de vue de SEBASTIEN ABIS

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Rédaction du Naïf: En Martinique la question du sucre est l’objet de querelles stériles entre les politiques, aucune réflexion sérieuse sur cette denrée de base stratégique. Entre un président de CTM quasiment hystérique et une question environnementale liée à la production du sucre le temps passe…

IRIS :Le sucre est partout présent dans notre quotidien et fait l’objet de nombreux débats. Devrait-on s’y intéresser autrement et constitue-t-il une denrée de base stratégique dans le monde contemporain ?

Sébastien Abis: Oui assurément, bien que cela dépende de l’endroit où l’on se trouve. Comme d’autres produits qui nous accompagnent chaque jour dans nos systèmes alimentaires, le sucre est consommé sans que l’on regarde l’arrière-plan stratégique qui le concerne. Dans une situation d’abondance alimentaire, où le curseur s’est déplacé sur les enjeux qualitatifs et sur la santé des individus, le sucre est devenu une matière à controverses. Or il apparaît comme problème uniquement lorsqu’il est consommé de façon excessive, phénomène nutritionnel qui fait écho à des enjeux de comportement alimentaire et d’activité physique. En outre, soulignons l’importance de la notion de plaisir ici. Le sucre participe pleinement à cette dynamique essentielle de l’alimentation des individus. Sans sucre, beaucoup de repas et de journées seraient bien plus monotones. Mais encore une fois, tout est question d’équilibres.
Et précisément, dans cette volonté d’adopter des pratiques et des démarches équilibrées, il convient de rappeler quelques réalités agricoles derrière ce produit de large consommation. Le sucre s’est mondialisé mais toute la planète n’en produit pas. A l’instar de nombreux autres produits stratégiques de notre alimentation de base, le sucre s’est banalisé (comme s’il pouvait presque automatiquement être disponible sur nos tables, dans nos armoires ou nos supermarchés), alors qu’il repose sur de subtils équilibres mondiaux entre l’offre et la demande et entre pays qui en produisent et ceux qui en importent fortement.

IRIS :Quelle est donc, actuellement, cette cartographie mondiale du sucre ?

Sébastien Abis :Produit principalement à partir de la canne à sucre et de la betterave sucrière, il doit répondre à une demande mondiale en croissance continue. En 50 ans, elle est passée d’environ 70 millions de tonnes (Mt) à un volume de 185 Mt désormais. Un quasi triplement sur l’espace d’un demi-siècle. Si le sucre est concurrencé par les édulcorants dans les pays riches, il ne l’est pas dans les pays émergents ou en développement. Les ventes de sucre mondiales suivent d’ailleurs la démographie et nous observons une relative stabilité des ventes moyenne par habitant depuis quelques années (25 kg par personne par an actuellement, contre 20 au début des années 1970, mais ces chiffres sont à relativiser car ils comprennent les utilisations non alimentaires, les pertes, etc.). Par rapport au début des années 2000, la planète « réclame » 55 Mt de sucre supplémentaire aujourd’hui ! C’est une hausse colossale à laquelle les planteurs font face, en cultivant davantage, en améliorant leur rendement et en réduisant leur empreinte environnementale, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, à l’image de beaucoup d’agriculteurs, dans cette double quête du produire plus et mieux.

Ces chiffres globaux ne doivent pas masquer des disparités territoriales significatives. D’abord, sur les 190 millions de tonne de sucre produites actuellement sur le globe, trois-quarts sont issues de la canne, qui est la véritable locomotive de la hausse mondiale de la production de sucre, passant de 42 à 147 Mt entre le début des années 1970 et la situation présente. La canne à sucre pousse essentiellement en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Mais soyons plus précis. Le Brésil, seul, fait 40 Mt, soit près de 25% de la production mondiale de sucre ! La moitié du sucre brésilien sert à fabriquer de l’éthanol. Je le précise car ne perdons pas de vue la diversité des usages de cette production sucrière. Au-delà du sucre, nous trouvons comme autres produits de la filière des biocarburants, de l’alcool et des transformations pour le secteur de la chimie et de l’industrie. Revenons à la canne à sucre dans le monde et à sa production. Après le Brésil, nous avons l’Inde qui réalise en moyenne entre 25 et 30 Mt, suivie par la Chine et la Thaïlande qui chacune font 10 Mt. Ensuite, en complément, avec 25% de la production mondiale, viennent les productions réalisées à partir de la betterave à sucre. Elle est majoritairement située en Europe (16 Mt) et autour de la mer Noire (10 Mt entre Russie, Ukraine et Turquie), sans oublier également les Etats-Unis (5 Mt).

Le sucre, consommé chaque jour par plusieurs milliards de personnes sur tous les continents, est donc produit dans des zones extrêmement réduites. En effet, les surfaces mondiales dédiées à la culture du sucre sont de 32 millions d’hectares, ce qui est dérisoire ! Cela représente à peine 0,2% du total des terres émergées du globe, près de deux fois moins que la France hexagonale. A titre comparatif, les surfaces mondiales en blé sont de 220 millions d’hectares. Par ailleurs, vous avez 10 pays qui assurent deux-tiers de la récolte mondiale de sucre : Brésil, Inde, Chine, Thaïlande, Etats-Unis, Russie, Mexique, Australie, Pakistan et France. On comprend mieux dans ce contexte le rôle du commerce international mais aussi l’importance des circuits longs et du cortège d’acteurs qui transforment, transportent et distribuent ce produit de base. Si l’on inclut les mouvements intra-communautaires au sein de l’Union européenne (UE), ce sont environ 70 Mt de sucre qui sont exportées en moyenne chaque année actuellement. Le Brésil en assure 40% avec environ 30 Mt, suivi par la Thaïlande, second exportateur mondial de sucre avec en moyenne 7 Mt par an. L’Australie, l’Inde, le Mexique et le Guatemala sont également actifs sur le plan des exportations, mais avec de moindres volumes. Et puis bientôt devrait s’inviter l’Europe à ce panel.

IRIS : Quelles sont en effet les positions de l’Europe dans ce paysage sucrier mondial ?

Sébastien Abis :L’UE a décidé de mettre fin à son système de quotas sucriers depuis le 1er octobre 2017. C’est un changement stratégique majeur après 50 ans d’existence d’un système conçu et organisé dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Or celle-ci évolue ces dernières années, les contraintes de volumes disparaissent et la libéralisation des échanges s’amplifie. Compte tenu de la hausse de la demande mondiale alimentaire sur de nombreuses denrées de base, l’UE a décidé en 2013 de supprimer ces quotas pour exprimer son potentiel agricole continental mais aussi à l’export. Cette campagne en cours devrait se traduire par une récolte de 20 Mt environ en Europe qui libérerait environ 4 Mt à l’export sur pays tiers. Cela représente près de 10% de la production mondiale de sucre. L’UE n’est pas un géant agricole sur ce produit, mais compte néanmoins dans l’équation mondiale. La fin des quotas s’affiche en tout cas comme un basculement notable. Ses effets sont multiples. D’abord, dans la perspective de cette fin des quotas, les surfaces dédiées à la betterave à sucre ont fortement augmenté ces derniers mois. En France, premier producteur européen (environ 5 Mt), la croissance est de 20%. En Allemagne, le mouvement est similaire. Ce pays est le second producteur de sucre en Europe (4 Mt), suivi par la Pologne (2 Mt). En 2018, l’UE devrait donc placer environ 4 Mt sur les marchés mondiaux. Bien que cela soit largement inférieur au Brésil, ces quantités viennent se positionner dans un contexte où l’équilibre est bon entre l’offre et la demande. Les prix ne sont d’ailleurs pas très favorables. Le cours du sucre a été divisé par deux entre l’automne 2016 et l’automne 2017. Pour l’Europe et ses planteurs, il convient donc d’agir dans un contexte de forte volatilité des cours et de compétition à l’échelle internationale. La co-production avec des partenaires sud-américains, maghrébins ou asiatiques constitue une stratégie assumée par plusieurs groupes agro-industriels européens du sucre. Ils sont tous en position d’accroître leurs exportations vers les zones où la consommation augmente rapidement. Le bassin méditerranéen et le continent africain apparaissent vite dans cette équation comme des pôles incontournables, où l’Europe peut conjuguer commerce et développement, investissement productif et coopération logistique ou scientifique. Les enjeux de sécurité alimentaire s’avèrent propices à ce type de partenariat global.

IRIS :Et la France dans tout cela ? Que représente le sucre dans ce pays souvent décrit comme une puissance agricole de premier plan ?

Sébastien Abis :La France est le 10ème producteur mondial de sucre, avec environ 5Mt, soit 8 fois moins que le Brésil et deux fois moins que la Chine. Mais la France est leader mondial de la betterave sucrière et premier producteur de sucre de l’UE. De la canne à sucre est également cultivée dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion). La France dispose de rendements excellents, parmi les plus élevés du monde, fruit d’une recherche scientifique et agronomique qu’il faut saluer, car elle accompagne le travail des agriculteurs et contribue aux bons résultats de l’industrie sucrière française. Depuis 1970, les rendements sucriers ont quasiment doublé en France, passant de 6,5 tonnes sucres à l’hectare à 13 en moyenne désormais. 70% de la production nationale est dédiée à l’alimentation dont 10% sert directement à fabriquer des « sucres de bouche », ces petits carrés blancs très présents dans notre quotidien. L’éthanol et les alcools captent ensuite 20% de la production française.

Le pays dispose donc d’atouts indéniables et il a une véritable carte stratégique à jouer dans ce contexte mondial où la demande en sucre s’accroît. Qui saurait pourtant décrire une betterave sucrière en France lorsqu’il met un sucre dans son café ? Il s’agit pourtant d’une plante vitale aux caractéristiques bien définies, répondant à un calendrier de culture précis, et considérée comme une tête d’assolement pour les agriculteurs. Dans notre pays, on plante en hiver et on récolte généralement à partir de mi-septembre. Il lui faut aussi une géographie propice à son développement. Nous retrouvons l’incontournable triptyque climat – eau – sol qui fait souvent la différence pour être performant en agriculture. Sans météorologie clémente (ni trop chaud, ni trop froid), sans apport hydrique régulier et stable, sans terres arables, il n’est pas du tout évident de se lancer dans la betterave sucrière. D’où le pôle de production dominant que représente l’Europe, continent où les conditions géographiques sont bien meilleures qu’ailleurs. On a tendance à l’oublier, mais c’est un atout pour l’Europe à l’échelle du globe.

Et la France se situe belle et bien au cœur de ce dispositif car, outre des rendements de qualité, des productions régulières et des capacités de transformation et de logistique compétitive, le pays est engagé avec son agriculture dans des démarches environnementales visant à se combiner avec les performances économiques. Des investissements importants sont par exemple mis en œuvre pour réduire drastiquement la consommation énergétique des sucreries et les planteurs sont engagés dans des itinéraires de production optimisant la gestion des ressources naturelles.

IRIS : Au-delà de l’agriculture en général et après les céréales, vous voilà donc en train de travailler sur la géopolitique du sucre ?

Sébastien Abis :En effet, le sucre, comme je l’ai fait avec le blé récemment, mériterait d’être traité sous l’angle de l’analyse stratégique. Les quelques considérations émises précédemment semblent justifier cette orientation. Beaucoup de choses sont dites ou écrites sur l’agriculture, l’alimentation ou les produits de base de notre consommation quotidienne. Dans nos sociétés européennes, nous avons tendance à perdre de vue le caractère géopolitique de ces questions. Il m’avait paru important de proposer un autre regard, moins technique, plus grand public, et surtout pluridisciplinaire, à propos du blé, cette céréale centrale pour la sécurité alimentaire mondiale.

Une telle démarche sur le sucre me paraît opportune à l’heure où l’on ne doit pas enfermer les débats agricoles et alimentaires sur des réflexions uniquement locales et court-termistes . La mondialisation alimentaire est une tendance lourde. Elle n’efface pas les gastronomies locales et les circuits courts. Mais elle s’impose partout dans ce monde où les brassages socioculturels sont incessants et où les individus aspirent à consommer de manière diversifiée et non-linéaire. Un déjeuner local le midi peut précéder un dîner mondial le soir. Ce qui signifie qu’il faille plusieurs modèles agricoles pour un tel éventail de comportements alimentaires.

SOURCE /iris-france.org/

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