Connect with us

HISTOIRE

MARTINIQUE : 22 MAI 1848. GUADELOUPE : 27 MAI 1848.

Published

on

SOURCE TROPIC FM .Les récits officiels des événements ayant entraîné l’abolition de l’esclavage pratiqué dans les colonies françaises en 1848 ont pour habitude de passer sous silence ce qui s’est effectivement déroulé en Guadeloupe et en Martinique. Sur ces territoires l’esclavage fut en réalité abolit suite à une révolte massive des esclaves.
Que s’est-il donc passé avant la grande victoire des victimes sur leur système d’asservissement ?

En mars 1848 en Guadeloupe et en Martinique, les esprits s’enflamment pour la énième fois. Les Nègres refusent de se rendre aux ateliers et les premières bousculades commencent. L’administration coloniale française reste intransigeante. Pas question de céder devant les esclaves ! La tension monte.

En mai 1848, deux événements vont alors déclencher l’insurrection générale tout d’abord en Martinique :

1– L’arrestation arbitraire de l’esclave Romain, le 20 mai pour avoir refusé d’obéir à un ordre l’interdisant de jouer du tambour,

2- La fusillade du Prêcheur le 22 mai durant laquelle, plus d’une soixantaine d’esclaves ont été tués et plusieurs autres blessés dans une embuscade tendue par des Békés (blancs propriétaires des plantations), armés jusqu’aux dents, depuis les événements précédents.
Ces événements constituent la goutte d’eau qui fit déborder une coupe déjà plus que pleine.

LA REVOLTE A SAINT-PIERRE

Les esprits s’énervent et soudainement c’est la révolte ! Des centaines d’esclaves armés de couteaux, de sabres et de fourches, convergent vers Saint Pierre. Les maisons des Békés brûlent et avec une rapidité incroyable, la révolte se propage dans toute l’île.

Une seule chose peut maintenant arrêter les esclaves dans leur grande marche dévastatrice : La liberté !!!.

Vite dépassé par les évènements, le gouverneur de la Martinique, Rostoland, comprend que cette fois les Nègres sont tous unis et déterminés. Ainsi, il rend public un décret abolissant officiellement l’esclavage dans cette colonie française.

LETTRE AU GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE

Auparavant, il avait déjà adressé une lettre au gouverneur de la Guadeloupe pour lui faire part de ses inquiétudes : « Nous sommes dans une position épouvantable. Hier j’avais reçu des nouvelles alarmantes de St Pierre. Je me suis rendu tout de suite dans cette ville, mais déjà une députation du Robert était venu me demander protection contre les ateliers qui refusaient en masse le travail et qui devait, disait-on, se diriger sur le Morne Vert Pré, pour se répandre là sur le Lamentin. (…) J’ai cherché vainement à arrêter le mal, l’exaspération était à son comble, le peuple en pleine révolte. Ce matin, le conseil municipal est venu en masse réitérer sa demande comme mesure unique de salut. J’ai convoqué le conseil privé, les chefs de l’administration seront ici ce soir, je pense que nous décréterons, vu l’urgence, l’émancipation, ainsi que le propose la municipalité. (…) La responsabilité est lourde mais je suis fermement décidé à en accepter toutes les conséquences heureuses si je puis, par cette mesure, sauver toute la population du danger immense qu’un plus long retard ferait naître« .

Au moment où le gouverneur de la Guadeloupe, Layrle, reçoit cette lettre, l’île est depuis 1847 en effervescence progressive.

LA COLERE GRONDE

La colère monte et plutôt que de se montrer ferme et intransigeant pour envenimer les choses, les autorités coloniales choisissent de multiplier les concessions et les appels au calme en allant même jusqu’à évoquer mai 1802 et la répression féroce des forces coloniales.

La stratégie générale vise à calmer les esprits en multipliant les décrets d’affranchissement d’esclaves et à promettre pour bientôt l’abolition.

En consultant la Gazette, (journal officiel de l’époque), on constate rapidement que ces affranchissements validés par le Conseil colonial, occupent une place importante.

Alors, on cherche à gagner du temps car le rapport de force est défavorable aux coloniaux et la question de l’indemnité des propriétaires blancs n’est toujours pas réglée.

Le 26 mars, le gouverneur de l’île édicte finalement une proclamation d’appel au calme. Le 27, c’est le Président du Conseil Colonial Ambert, colon esclavagiste, qui promet pour bientôt l’abolition.
Le 29, c’est le tour du maire de Basse Terre,Lignières puis à nouveau au tour du gouverneur, Layrle. La valse des appels au calme et à la patience se poursuit. Autorités coloniales, collectivités territoriales, clergé…tous se relieront pour désamorcer la rébellion qui se prépare.

L’objectif pour tous est de faire en sorte que la liberté vienne du maître.

Le 4 avril, le gouverneur de la Guadeloupe s’adresse à nouveaux aux esclaves en ces termes :
« Mes amis, Vous avez tous appris la bonne nouvelle qui vient d’arriver de France. Elle est bien vraie, la liberté va venir ! Courage mes enfants vous la méritez .
Ce sont vos maîtres qui l’ont demandé pour vous. L’ancien gouvernement vous l’avait refusée parce qu’il voulait que chacun de vous se rachetât, mais la République au contraire va vous racheter tous à la fois.
Mais il faut que la République ait le temps de préparer les fonds du rachat et de faire la loi de la liberté. Ainsi, rien n’est changé jusqu’à présent. (…) Vous demeurez esclaves jusqu’à la promulgation de la loi.(…) mes amis, soyez dociles aux ordres de vos maîtres pour montrer que vous savez qu’il n’appartient pas à tout le monde de commander
».

Le 7 avril, le directeur de l’intérieur envoie une lettre circulaire aux maires demandant aux maîtres d’abolir les châtiments corporels pour apaiser les esprits.

PETIT-CANAL

Le 28 avril, le gouverneur écrit sa deuxième lettre de la journée au Ministre des colonies, cette fois, c’est un véritable cri de détresse qu’il lui lance : « Au Petit Canal, des agents de police ont voulu faire cesser de force un bamboula (soirée lewoz) sur l’habitation de Deville, il en est suivi une rixe par suite de laquelle l’un des agents de police est mort de ses blessures (…) Les noirs sont travaillés par certains agitateurs qui les égarent sur leur situation et qui détruisent la confiance qu’ils auraient dans l’avenir (…) Il n’y a donc pas un instant à perdre. Citoyen Ministre, il faut décréter l’émancipation promise afin d’éviter des troubles et des maux incalculables ».

C’est dans ce contexte d’agitation que le gouverneur de la Guadeloupe reçoit la lettre de son homologue de la Martinique lui annonçant la décision d’abolir l’esclavage, prise pour éviter une révolte massive.

LES ESCLAVES EN MOUVEMENT

Début mai 1848, un certain Chambert décide d’envoyer un courrier au Ministre des colonies pour lui annoncer que près de 13 000 esclaves en provenance de Baie- Mahault, de Pointe à Pitre et de la Grande Terre se sont rassemblés à la Gabarre.

Il s’agit du plus grand rassemblement d’esclaves de l’histoire de la Guadeloupe et cela prouve que les esclaves se sont entre temps organisés et qu’ils suivent leurs leaders.

SAMEDI 27 MAI 1848

Prenant la mesure de la situation, le gouverneur convoque en urgence, le samedi 27 mai 1848 à 6 heures du matin, le conseil privé avec un seul point à l’ordre du jour : l’abolition immédiate de l’esclavage !La séance se termine à 9 heures et le vote de l’assemblée en faveur de l’abolition est unanime.
Cependant, le problème de l’indemnisation des Békés n’est toujours pas encore réglé.

PROCLAMATION DE LARYLE

Peu après, Layrle rédige enfin la proclamation d’abolition tant attendue en ces termes :
« République Française Liberté – Egalité-Fraternité Proclamation du gouverneur de la Guadeloupe.Il n’y a plus d’esclavage en Guadeloupe.
L’esprit de sagesse et de modération dont la population esclave a fait preuve méritait une récompense.
Il m’a permis d’avancer le jour de la liberté. Que nos nouveaux concitoyens continuent d’être modérés et sages. Qu’ils s’élèvent par le travail, les bonnes moeurs, la religion à toute dignité d’homme libre ! Qu’ils aident à rendre ce beau pays riche et florissant.
Des mesures pour réprimer le désordre et le vagabondage seront immédiatement arrêtés.
Tous mes soins, mes efforts seront consacrés désormais à obtenir pour les maîtres une légitime indemnité. Vive la République. Fait à l’hôtel du gouvernement, Basse Terre le 27 mai 1848, M Layrle
».

La Gazette officielle du 31 mai relate en termes dithyrambiques l’allocution du gouverneur Layrle.
Voté à Paris le 27 avril 1848, le décret officiel abolissant l’esclavage arriva sur l’île, escorté par le général Gatine, le 5 juin 1848.
Il ne put alors s’empêcher de déclarer : «Je croyais descendre sur une terre d’esclavage et je mets le pied sur une terre de liberté».

Les esclaves en Martinique et en Guadeloupe n’ont pas attendu l’arrivée du décret officiel abolissant l’esclavage.

Source TROPIC FM.
Auteur : Jean Jack LAPORTE

Continue Reading
1 Comment

1 Comment

  1. gigi

    30 mai 2013 at 9 h 52 min

    Merci pour ce texte.Je decouvre votre site et je vous en remercie.Enfin un site qui éduque et forme,même s’il faut regretter que certains commentaires sont très chauds à cause d’internautes qui ne se contrôlent pas.Comment peuvent-ils tenir de tels propos alors qu’ils ne sont pas anonymes pour les gestiionnaires du site ?Je vous encourage à continuer et faites – vous connaître .PROFANE MOLI …MOUN KE PATI SI OU KA SALI PAWAL A …

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

HISTOIRE

Oui, la Colonisation est un crime contre l’humanité Par Bruno GUIGUE

Published

on

By

SOURCE LE GDS : En déclarant que “la colonisation est un crime contre l’humanité, une véritable barbarie”, Emmanuel Macron a déclenché un torrent d’indignation. On a dit que cette déclaration n’était que pur opportunisme, que le candidat d’”En marche”, comme d’habitude, disait tout et son contraire. En novembre 2016, il déclarait : “Alors oui… en Algérie il y a eu la torture mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie”. Certes. Mais si, pour une fois, Emmanuel Macron avait eu raison ?

REVISIONNISME COLONIAL

La réaction chauvine suscitée par ses propos, en tout cas, montre que le révisionnisme colonial fait partie de l’ADN de la droite française.
Il faut les entendre fulminer, ces humanistes à géométrie variable, lorsque cette page sinistre de l’histoire de France est pointée du doigt. Pour Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains, “ces propos constituent une insulte à l’Histoire de France et à la mémoire de millions de Français. Ils n’honorent pas le candidat à l’élection présidentielle qui fait le choix de la repentance plutôt que celui d’une lecture objective de notre histoire. Une repentance, toujours agitée par la gauche et l’extrême-gauche, qui contribue malheureusement à la défiance d’une partie des nouvelles générations envers leur pays”.
Mais c’est tout le contraire ! Pour qu’un Français se sente insulté par cette affirmation, il faut qu’il ait une lecture étriquée du passé national. Les millions de victimes du colonialisme français depuis trois siècles seraient-elles quantité négligeable ? Faut-il, pour être patriote, adhérer à un roman colonial à l’allure de conte de fées ? Que la France se proclame la patrie des droits de l’Homme n’interdit pas à ses citoyens de vérifier si cette promesse a été tenue au cours de son histoire. Elle leur en fait obligation. Et après examen, le verdict est sévère. Certains de vos électeurs l’ont peut-être oublié, M. Accoyer, mais la conquête de l’Algérie fut une expédition meurtrière, l’occupation de ce pays une humiliation permanente pour ses habitants et sa guerre de libération un carnage (300 000 morts) provoqué par l’obstination du colonisateur.

Mais M. Accoyer ne nous a offert que le hors d’œuvre. Parmi les nostalgiques à l’orgueil outragé, c’est la présidente du FN qui enlève le pompon. Sur sa page Facebook, elle qualifie carrément de “crime” les propos d’Emmanuel Macron. “Y a-t-il quelque chose de plus grave, quand on veut être président de la République, que d’aller à l’étranger pour accuser le pays qu’on veut diriger de crime contre l’humanité ?”, demande la candidate du FN. “En utilisant cette argumentation probablement pour des raisons bassement électoralistes, le crime, c’est M. Macron qui le commet. Il le commet contre son propre pays”. Voilà, la messe est dite. A l’unisson, la droite et l’extrême-droite assènent cette doctrine singulière selon laquelle le crime n’est pas le colonialisme, mais sa dénonciation.

IMPOSTURES REACTIONNAIRES

Contre ces impostures réactionnaires, il faut relire ce qu’écrivait Aimé Césaire en 1955 dans son magnifique “Discours sur le colonialisme”. Il citait le colonel de Montagnac, l’un des conquérants de l’Algérie : “Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts mais bien des têtes d’hommes”. Il donnait la parole au comte d’Herisson : “Il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis”. Il citait aussi Pierre Loti relatant dans “Le Figaro” la prise de Thouan-An (Indochine) en 1883 : “La grande tuerie avait commencé ! C’était plaisant de voir ces gerbes de balles, si facilement dirigeables, s’abattre sur eux deux fois par minute. On en voyait d’absolument fous, qui se relevaient pris d’un vertige de courir. Ils faisaient en zigzag et tout de travers cette course de la mort, se retroussant jusqu’aux reins d’une manière comique … et puis on s’amusait à compter les morts”. Eh oui, ces horreurs, elles aussi, font partie de notre histoire.
Partout, la conquête coloniale fut effroyable. Le colonisateur au drapeau tricolore l’a déshonoré, ce drapeau. Il l’a noyé dans le sang des peuples martyrisés par ceux qui prétendaient leur apporter la civilisation au bout du fusil. C’est pourquoi, partout, les peuples colonisés ont levé l’étendard de la révolte. Lassés d’être traités en objets, ils voulaient devenir “les sujets de leur propre histoire”, comme disait Lénine dans ses thèses prophétiques sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes (1916). Mais en Indochine, en Algérie, à Madagascar, au Cameroun, cette révolte populaire s’est heurtée à une répression impitoyable. Pour maintenir l’ordre ancien, la machine de guerre coloniale a perpétré des crimes de masse, elle s’est livrée à d’innombrables massacres.

LIRE AIME CESAIRE

Lisez donc le grand Aimé Césaire, M. Accoyer, cela vous changera du Figaro-Magazine !
Il faudrait étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe ».

Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette gangrène est toujours dans les têtes. Comme disait Marx à propos des atrocités commises par les Anglais en Inde en 1853, “L’hypocrisie profonde et la barbarie inhérente à la civilisation bourgeoise s’étalent sans voile devant nos yeux, en passant de son foyer natal, où elle assume des formes respectables, aux colonies où elle se présente sans voile”. Oui, c’est un fait, le crime colonial a fait voler en éclats les barrières morales que la classe dominante s’imposait ailleurs. Dire cette atrocité du crime colonial, c’est désigner avec les mots qui conviennent cette histoire douloureuse.
Le colonialisme est une violence au carré, décuplée par le sentiment de supériorité raciale du colonisateur sur le colonisé. Perpétré sur les cinq continents, de Colomb à Netanyahou, le colonialisme est un crime contre l’humanité, car il nie l’humanité de celui qu’il opprime.

Bruno GUIGUE/.URL de cet article 31554
https://www.legrandsoir.info/oui-la-colonisation-est-un-crime-contre-l-humanite.html

Continue Reading

HISTOIRE

Édouard de LÉPINE CHALVET FÉVRIER 1974

Published

on

By

Édouard de LÉPINE CHALVET FÉVRIER 1974 suivi de 102 documents pour servir à l’histoire des luttes ouvrières à la Martinique © Éditions Le teneur, 2014

POURQUOI QUARANTE ANS APRÈS ? UN MOMENT-CLÉ DE L’HISTOIRE DU MOUVEMENT OUVRIER MARTINIQUAIS

Ce livre a été écrit il y a près de 40 ans. Il serait long d’exposer ici les nombreuses raisons qui en ont empêché la publication. La première, qui n’est pas la moins étrange, est que le tapuscrit a été égaré… pendant plus de 27 ans, si j’en juge par les dernières retouches que j’y ai apportées en septembre 1976…Je l’avais pratiquement achevé à Paris au cours de l’été 1974. Je me proposais de vérifier, par un sondage à la Section Outre Mer des Archives Nationales[1], l’hypothèse, entrevue pendant les grèves de janvier-février 1974, d’un tournant de l’histoire du mouvement ouvrier martiniquais comparable à celui du milieu des années 1930.

On avait alors assisté à la mise en place d’une nouvelle donne dans la vie politique du pays avec l’émergence très rapide des communistes qui avaient joué jusqu’alors un rôle très modeste dans la vie publique. Ceux-ci, après les grèves de février1935, devaient constituer pendant près de quarante ans la principale force d’intervention organisée dans les luttes ouvrières. La rencontre de quelques jeunes intellectuels du Groupe Front Commun et de militants du Groupe Jean Jaurès, issus d’une scission de gauche du mouvement socialiste de Joseph Lagrosillière, avait donné naissance à une organisation communiste originale par rapport aux organisations du même type en pays colonial….

Numériquement faible, cette jeune organisation avait pourtant joué un rôle essentiel dans les luttes ouvrières du milieu des années 1930. Elle avait largement influencé et inspiré, sinon dirigé, la grande grève au cours de laquelle, pour la première fois dans notre histoire, des ouvriers agricoles, en tenue de travail, coutelas au poing, quelques-uns vêtus d’un sac de jute percé de trois trous pour la tête et pour les bras, avaient occupé les rues de Fort-de-France, provoquant stupeur et panique dans les classes dirigeantes. C’est dans le sillage de ces luttes que se sont constituées la Fédération de la Martinique du Parti Communiste Français et l’UD-CGT (Union Départementale-CGT), affiliée à la puissante centrale syndicale française.

La tentation était forte d’esquisser une comparaison, à près de 40 ans d’intervalle, entre ce mouvement de février 1935, dont on n’avait guère retenu que « la marche de la faim » sur Fort-de-France, et les luttes ouvrières de Février 1974. Celles-ci ont culminé avec la mort de deux ouvriers, l’un Rénor Ilmany, tué par balle, au lieu-dit Chalvet (Basse Pointe), au cours d’un bref, mais violent accrochage avec les forces de gendarmerie, l’autre, Georges Marie-Louise, décédé dans des conditions suspectes. Le cadavre a été retrouvé deux jours plus tard sur une plage déserte, non loin de Chalvet, dans cet espace durement marqué par les luttes des ouvriers agricoles depuis la fin de Seconde Guerre mondiale, le triangle tragique du Nord-Est de l’île, Ajoupa-Bouillon–Basse-Pointe–Trinité.

Le drame de Chalvet avait marqué le temps fort d’une série de luttes déclenchées et menées depuis plusieurs mois par des organisations d’extrême gauche extérieures aux forces intervenant traditionnellement au sein du mouvement ouvrier. Ce n’était plus le Parti Communiste et la CGT qui dirigeaient ces luttes, comme ils l’avaient fait depuis près de 40 ans. C’était, pour la plupart, des groupes inconnus ou peu connus du grand public : Groupe Révolution Socialiste (GRS), Groupe d’Action Prolétarien (GAP), Groupe Septembre 1870, Rassemblement de Saint Joseph, Les Marronneurs, les quatre derniers regroupés, fin janvier 1974, en une Union Patriotique de Solidarité avec les Ouvriers Agricoles (UPSOA).

Cette marginalisation des organisations traditionnelles de la classe et l’émergence de forces nouvelles constituent sans doute des aspects essentiels du mouvement de Février 1974. C’est en cela que la crise sociale de 1974 rappelle celle de 1935.

Mais, en 1935, il n’y a pas de divergences politiques fondamentales entre ces forces émergentes et les vieux partis auxquels elles se substituent, Parti Radical et Parti Socialiste. Elles sont aussi fortement attachées que les anciennes à la revendication de l’assimilation défendue par toutes les forces progressistes du pays depuis l’abolition de l’esclavage. Elles sont étrangères à toute perspective de libération nationale. En 1974, au contraire, les forces nouvelles entendent greffer sur le mouvement social de février une revendication nationale ou nationaliste plus ou moins clairement affichée dans les luttes, mais en filigrane dans les orientations stratégiques des différents groupes d’intervention.

C’est, entre autres, cette différence que j’entendais mettre en évidence en comparant la crise Février 1974 à celle de Février 1935… L’abondance des sources d’une histoire de la crise de février 1935, à la Rue Oudinot, contrastait avec la médiocrité des ressources dont je disposais pour achever mon travail sur les grèves de Février 1974. J’ai pratiquement laissé tomber Février 1974 pour Février 1935…J’ai passé mes quatre mois de congé administratif en France à écrire La crise de Février 1935[2] que j’ai publié à la fin des années 1970. Je ne suis revenu au drame de Chalvet qu’à la fin de l’année 2003, quand un journaliste de RCI  m’a demandé si j’accepterais de lui en parler. …

E. de Lépine

[1] À l’époque à la Rue Oudinot, Paris 7e, au ministère des DOM-TOM.

[2] E. de Lépine, La crise février 1935 à la Martinique, La marche de la faim sur Fort de France,© L’harmattan, Paris,1980

Continue Reading

HISTOIRE

Les trois morts de Jean Jaurès Par Maxime VIVAS

Published

on

By

 

 

 

MARIANNE NOIRESource le Grand soir. (Ce texte reprend les éléments d’une conférence faite dans le Lauragais, dimanche 18 mai 2014).Pourquoi ont-ils tué Jaurès a chanté Jacques Brel en 1977. La chanson est reprise par la suite par Manu Dibango puis par Francesca Solleville, et par Zebda …On ne compte plus les noms de rues, ou de places, ou d’écoles qui portent le nom de Jaurès. Il y a aussi des stations de métro (Paris, Toulouse). Des milliers d’articles ont été écrits sur lui, des centaines de livres lui ont été consacrés, des films, des thèses. Aujourd’hui, chacun le revendique.

Le double risque est de parler à la place des morts ou de les faire taire. Je vais esquiver ces travers en laissant parler Jaurès lui-même. Mon propos sera lacunaire, mais pas manipulatoire. Il y a chez moi une part de subjectivité que j’assume d’autant mieux que ceux qui se prétendent objectifs ne le sont jamais. Personne n’ignore qu’il n’y a pas d’esprit neutre, d’intelligence cristalline qui restitue la lumière sans la déformer. Au cours des quelques minutes que vous avez aimablement décidé de passer avec moi (et je vous en remercie), je vais vous parler des trois assassinats de Jaurès.

– Le premier est connu, il s’est passé au café du Croissant à Paris, j’en dirai un mot.- Le deuxième est méconnu et je m’y attarderai donc davantage.- Le troisième est inconnu, anecdotique peut-être, encore que la folie guerrière est toujours porteuse de douleur. Je vous en parlerai brièvement pour terminer par une touche d’émotion.Pendant la journée du vendredi 31 juillet 1914, Jaurès tente, d’abord à la Chambre des Députés, puis au ministère des Affaires étrangères, de stopper le déclenchement des hostilités. En fin d’après-midi, il se rend à son journal, L’Humanité qu’il a créé en 1904.Par parenthèse, ce quotidien, l’Humanité, présente quelques particularités : sa longévité et son ancrage obstiné à gauche. C’est à ce jour un des rares quotidiens d’opinion (avec la Croix) et le seul quotidien porteur d’idées de gauche en France (sauf à considérer que Libération n’a trahi ni son fondateur, Jean-Paul Sartre, ni la gauche, en approuvant depuis 20 ans toutes les guerres de l’OTAN).Donc, Jaurès le pacifiste doit rédiger à l’Humanité un article, qu’il conçoit comme un nouveau « J’accuse ». Avant la nuit de travail qui s’annonce, il descend avec ses collaborateurs pour dîner au Café du Croissant, au 146 rue Montmartre à Paris (2e arrondissement).Il est assis sur une banquette le dos tourné à une fenêtre, ouverte car il fait chaud.

Depuis la rue, Raoul Villain, un jeune ultra-nationaliste d’extrême droite, écarte le rideau, il est armé d’un révolver, il tire deux fois. Une balle atteint à la tête le tribun socialiste qui s’affaisse aussitôt L’auteur des coups de feu tente de s’enfuir vers la rue de Réaumur, mais il est vu par un metteur en page de L’Humanité, qui le poursuit, l’assomme avec un coup de sa canne et l’immobilise au sol avec l’aide d’un policier. Cet assassinat, qui a lieu trois jours avant le début de la Première Guerre mondiale, facilite et précipite le déclenchement des hostilités, notamment en permettant le ralliement de la gauche, y compris de certains socialistes qui hésitaient, à l’« Union sacrée » (contre les boches !).Dans une lettre adressée à son frère depuis la prison de la Santé le 10 août 1914, le meurtrier affirme : « j’ai abattu le porte-drapeau, le grand traître de l’époque de la loi de trois ans, la grande gueule qui couvrait tous les appels de l’Alsace-Lorraine ».

Il se glorifiera aussi de son crime en écrivant à un ami : «  J’ai fait taire la grande gueule qui couvrait les appels de l’Alsace-Lorraine ! ».Il va passer toutes les années de guerre à l’abri d’une prison tandis que les jeunes tombent au front par centaines de milliers. La guerre terminée, son procès s’ouvre (le 24 mars 1919). Le jury populaire doit répondre à deux questions.

1°) Villain est-il coupable d’homicide volontaire sur Jaurès ? 2°) cet homicide a-t-il été commis avec préméditation ?

Après une courte délibération, par onze voix contre une, le jury se prononce par la négative. Raoul Villain est acquitté. Le président ordonne sa mise en liberté. La Cour condamne la veuve de Jaurès aux dépens du procès.Non seulement l’assassin de son mari est déclaré innocent, mais elle est financièrement sanctionnée. On mesure la puissance de la propagande médiatico-politique qui a déferlé pendant plus de 4 ans et qui a conduit un jury populaire à cette sentence aberrante. En réaction, Anatole France (qui avait dit ailleurs : « On croit mourir pour sa patrie, on meurt pour des industriels. ») adresse une lettre à la rédaction de L’Humanité parue le 4 avril : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez ! ».

Après quelques péripéties, l’assassin va choisir, prudemment, de quitter la France et de se fixer en Espagne où, en 1936, le général Franco déclenche un putsch fasciste qui ouvrira une époque de malheur dans la pire des guerres, la guerre civile. Des Républicains anarchistes arrêtent Villain, qui leur semble suspect. Ils l’interrogent, ils découvrent son passé et le fusillent sans autre forme de procès. Jaurès est vengé. Parfois, on peut aimer les anarchistes, en tout cas ceux-là qui ont su corriger le verdict de jurés français sans doute férocement apolitiques. Donc, Jaurès est mort. Un mythe est né. Ou un héros. Les morts sont tous des braves types… Tous les courants de pensée qui l’avaient combattu ou qui le combattraient aujourd’hui encensent le pacifiste et le réduisent à cela : au pacifisme et à un socialisme non défini.

En Russie, un certain Vladimir Illich Oulianov, dit Lénine a écrit : « Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d’oppresseurs les récompensent par d’incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de « consoler » les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire ».

Quand on a fait entrer Jaurès au Panthéon, Paul Vaillant-Couturier, rédacteur en chef de l’Humanité a écrit dans son éditorial du 23 novembre 1924 qu’il s’agissait du « deuxième assassinat de Jaurès.Paul-Vaillant Couturier : « Panthéoniser Jaurès sous le régime de la plus crasseuse bourgeoisie officiant sous les ordres des banquiers américains, remettre aux radicaux – ennemis déclarés de Jaurès vivant – le soin de glorifier Jaurès assassiné, ne voir en Jaurès – ce bouillonnement d’idées, ce renouvellement torrentueux – que l’homme d’une démocratie réformiste figée, c’est bien comme disent ceux du Cartel, faire « un geste réformiste symbolique » !Et il ajoute : « Ils n’honorent pas Jaurès. Ils le salissent. Ils l’affadissent. Ils le maquillent. Ils s’acharnent à rapetisser l’honnête homme à leur taille de politiciens misérables. (…) ».Jaurès disait-il autre chose en fustigeant ceux qui, je cite :

« …ne me reprocheraient rien si je m’étais, en effet, toujours tenu dans des généralités. Si je m’étais toujours borné à dire : « Il faut protéger les humbles, il faut plus de justice, plus de solidarité » ; je serais peut-être à leurs yeux un homme pratique. Les hommes pratiques, aux yeux de quelques dirigeants, sont ceux qui emploient quelques mots humanitaires pour amorcer les suffrages du peuple, et qui, sous ces mots, ne mettent aucun sentiment ardent, aucune idée précise qui puisse inquiéter les privilégiés » ? (In « La politique », La Dépêche, 23 janvier 1890).Dans le même ordre d’idée (je fais une digression), il y a quelques mois, le monde entier a rendu hommage à Nelson Mandela, hommage qui s’est focalisé sur son courage pendant 27 ans de prison et sa capacité à réconcilier l’Afrique du Sud quand il en est devenu le président. Mais Nelson Mandela a été emprisonné parce qu’il était, non seulement un noir qui militait pour l’égalité des droits avec les blancs, la fin de l’apartheid, mais aussi parce qu’il était communiste. Et dans son admirable discours d’hommage devant sa dépouille, le président Barack Obama a simplement oublié de mentionner ce détail-là et cet autre : jusqu’en 2008, Nelson Mandela figurait sur la liste des terroristes répertorié par les Etats-Unis d’Amérique. Les morts sont tous de braves types (bis).

Ce constat d’occultation de ce que fut Nelson Mandela (couvrez ce sein politique que je ne saurais voir) s’applique aussi à Jean Jaurès, et c’est bien là son deuxième assassinat. Alors, je vais maintenant vous dire sur lui des choses connues et d’autres qui ne sont pas souvent dites. Jaurès est né à Castres, à 80 km d’ici, le 3 septembre 1859. Il est mort assassiné à Paris le 31 juillet 1914. Ses parents sont pauvres et il se destine à l’administration des Postes. Mais un inspecteur général lui obtient une bourse grâce à laquelle il fréquentera le lycée Louis-le-Grand à Paris et l’École normale supérieure. Il sera agrégé de philosophie et il enseignera à la fac de lettres de Toulouse. Il est reçu docteur ès lettres en 1892.

Il sera ensuite battu plusieurs fois. Il sera conseiller municipal de Toulouse, maire adjoint. exprimer en politique .entreprise  autogérée. Il fait l’apprentissage sur le terrain de la lutte des classes et du socialisme. Au début de l’affaire Dreyfus, Jaurès est convaincu de la culpabilité du capitaine Dreyfus. Il critique même la sentence de déportation, qu’il juge clémente. Par la suite, il s’engage véritablement comme défenseur de Dreyfus. En 1902, Jean Jaurès participe à la fondation du Parti socialiste français. La même année, il reconquiert le siège de député de Carmaux qu’il conserve d’ailleurs jusqu’à sa mort. Son talent d’orateur lui permet de devenir le porte-parole du petit groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Jaurès et le Parti socialiste français s’engagent nettement en faveur du Bloc des gauches.

Jaurès et la fausse gauche. A son époque, la révolution bolchévique n’a pas renversé les tsars en Russie (1917) et le Parti Communiste français n’est pas né (1920). Les dérives du communisme sont apparu plus tard et Jaurès, considérant la théorie communiste et non sa perversion qu’il ne pouvait deviner peut dire : « Le communisme doit être l’idée directrice et visible de tout le mouvement. » [Socialiste]. Il dénonce les « faux socialistes », socialistes « de château et de sacristie » et il les qualifie en termes particulièrement sévères : « charlatans de la réaction et du boulangisme », de « singes malfaisants ».

Jaurès n’est pas soluble dans le social-libéralisme.

La lutte des classes.a pas fait tourner la terre autour du soleil. Warren-Buffet, un des hommes les plus riches au monde a dit : « Il y a une lutte des classes aux Etats-Unis, bien sûr, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous gagnons. » (CNN Interview, le 25 mai 2005 et New York Times, 26 Novembre 2006).C’est pourquoi on est sidéré d’entendre Jérôme Cahuzac-les-yeux-dans-les-yeux, ministre du budget de Jean Marc Ayrault dire à Jean-Luc Mélenchon, lors d’un débat télévisé : « La différence entre vous et moi, est que vous croyez à la lutte des classes et que je n’y crois pas ».

Marx, approuvé par Jaurès (et Varren-Buffet !), a expliqué que les entreprises sont des lieux de coopération antagoniste. Coopération pour produire un bien ou un service, antagonisme parce que l’intérêt des patrons est de payer le moins possible le plus de travail possible et celui des salariés de gagner plus et de travailler moins longtemps. On sait que les syndicats ont mieux accueilli que le MEDEF la loi Aubry sur les 35 heures de travail hebdomadaire.

Jaurès et la conscience de classe.  Dans son ouvrage Critique de l’Économie politique, Marx a écrit que « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience ». Jaurès va expliciter cette pensée absconse : « …d’une part, le milieu économique, agissant sur les hommes, détermine leurs conceptions et leur conduite, non selon leur intérêt individuel clairement et immédiatement perçu, mais selon l’instinct et la loi de la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent. Et d’autre part, le milieu économique agit sur les individus humains pour déterminer, selon la catégorie économique où ils vivent, la direction générale de leur pensée et de leur vie ». Et : « chaque individu humain développe sa nature propre, ici égoïste et sensuelle, là affectueuse et aimante ; en sorte que l’égoïsme économique de classe qui est, selon Marx, le fond même de l’histoire, laisse subsister les désintéressements et les dévouements individuels ».  (Jaurès, le socialisme est une morale » (Jaurès « Rallumer tous les soleils », éditions Omnibus, PP 221, 222).

Jaurès et la théorie de la valeur ou de la plus-value. Jaurès retient quelques idées du marxisme il en rejette d’autres. Par exemple il repousse l’idée de la dictature du prolétariat et la théorie de la paupérisation du prolétariat. Le socialisme de Jean Jaurès mêle le marxisme aux traditions révolutionnaires et républicaines françaises. Il retient l’idée du danger de la concentration capitaliste (on dirait aujourd’hui les oligarchies, les firmes internationales. Il retient la théorie de la valeur. Pour faire court et simple : on dira que si un patron revend 120 euros un produit dont la fabrication a coûté 100 euros il a réalisé une plus-value de 20 euros qui provient du travail non payé. Si l’acheteur perd 20 euros en payant trop cher, le vendeur en a gagné 20. Les gains et les pertes s’équilibrent, le négoce ne créé pas globalement de valeur. Seul le travail créé une valeur. Le travail n’est donc pas un coût, comme le disent des politiques et les spécialistes bidons pla cravatats  (1) : c’est un producteur de richesses et de bénéfices. Dire qu’il faut réduire le coût du travail, c’est un moyen de ne pas dire qu’on veut augmenter le bénéfice et les dividendes des actionnaires.

Jaurès et la démocratie dans toutes les sphères.Etat, il veut (en 1910 !) la retraite à 60 ans et même plus tôt pour certains métiers (reviens, Jaurès, ils sont, devenus fous).

Jaurès et le courage. On cite souvent ce mot de jean Jaurès : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ». Ça ne mange pas de pain. C’est consensuel. On comprend bien que le courage ce n’est pas de se réfugier dans le mensonge. En vérité, il s’agit d’un extrait de son Discours à la jeunesse, prononcé en 1903. Il y dit bien d’autres choses qui vont plus loin : (Jaurès « Rallumer tous les soleils, éditions Omnibus, page 543) : « Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre (…). Le courage, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces (…). Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant avec la vie générale (…). Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de ne pas en être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Jaurès et l’internationalisme .Patriotisme et internationalisme. Pour Jaurès, ces termes, loin d’être antinomiques, sont complémentaires. «  Internationale et Patrie sont désormais liées. C’est dans l’Internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie ; c’est dans les nations indépendantes que l’Internationale a ses organes les plus puissants et les plus nobles. Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène ».

Jaurès et le patriotisme.»Et on donne des noms de personnalités célèbres, ayant des origines étrangères et qui ont fait la France :

L’Italien Mazarini, plus connus sous le nom de cardinal Mazarin, dirigea la France peu de temps après avoir été naturalisé. La Polonaise Maria Salomea Skłodowska devint Marie-Curie ; naturalisée française par son mariage, elle donna à la France deux prix Nobel. Le Polonais Georges Charpak devint Français et obtint aussi un prix Nobel. Missak Manouchian un résistant Arménien, donna sa vie pour libérer notre pays. Compagnon de la Libération, le Russe Romain Gary, honora notre langue jusqu’à obtenir deux fois le prix Goncourt. Ajoutons Severiano de Heredia, mulâtre Cubain, qui fut maire de Paris. Son cousin, José-Maria de Heredia enrichit la poésie française. Le Vénézuélien Francisco de Miranda fut un des généraux de la Révolution française.Et la liste n’en finit plus : Jacques Offenbach, Ariane Mnouchkine, Isabelle Adjani, Zinedine Zidane, Charles Aznavour, Henri Verneuil, Paul Verlaine, Marguerite Yourcenar, Henri Michaux, Robert Badinter, Sylvie Vartan, Julia Kristeva, Francis Picabia, Pablo Picasso, Manu Chao, Samuel Beckett, Coluche, Lino Ventura, Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani (et beaucoup d’autres… Voir « Marine Le Pen amène le pire » pp 131 à 133).

J’ajoute Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Anne Hidalgo. Sans oublier les inconnus, « les petits, les obscurs, les sans-grades » (Edmond Rostand, L’aiglon) qui ont tant fait pour la construction des routes, des ponts, des écoles, des universités, des hôpitaux, des immeubles, etc. Moi-même, je suis Français par naturalisation (merci de ne pas partir).

Jaurès et les langues régionales. Jaurès acquiert la conviction que les langues régionales doivent être enseignées dans les écoles ce qu’il propose dans deux articles (« L’éducation populaire et les « patois », La Dépêche, 15 août 1911 et « Méthode comparée », Revue de l’enseignement primaire, 15 octobre 1911. Il propose de s’appuyer sur les connaissances linguistiques des enfants occitans, basques et bretons pour comparer les langues régionales au français et ainsi développer leur jugement, leur raisonnement.

Jaurès et la religion.Jaurès participe à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l’État (décembre 1905). Le 3 mars 1904, à la chambre des députés dans un climat de combat violent entre « la gueuse » et les catholiques, il s’écrie : « Nous combattons l’Église et le christianisme parce qu’ils sont la négation du droit humain et renferment un principe d’asservissement humain. » Néanmoins, sa femme est catholique et pratiquante et ses enfants sont baptisés. Cela lui sera reproché par ses amis anticléricaux. En 1910, les choses s’étant un peu apaisées, la loi ayant été votée, il proclame du haut de la tribune de la Chambre : « Je ne suis pas de ceux que le mot Dieu effraye. J’ai, il y a vingt ans, écrit sur la nature et Dieu et sur leurs rapports, et sur le sens religieux du monde et de la vie, un livre dont je ne désavoue pas une ligne, qui est resté la substance de ma pensée ».

Dans sa première déclaration (de 1904), il se démarque apparemment peu de Karl Marx dont chacun connaît la sentence-couperet : « La religion c’est l’opium du peuple ».  Autrement dit, la religion est un fléau. Or, Marx n’a jamais prononcé cette phrase et son opinion sur la religion était différente. Pour se soulager d’une furonculose extrêmement douloureuse, Karl Marx prenait de l’opium (les antibiotiques n’existaient pas). Dans « Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel » il a écrit ceci dont, par troncature déformante, on ne retient généralement que la fin de la dernière phrase collée aux premiers mots de l’avant-dernière : « La misère religieuse est, d’une part l’expression de la misère réelle et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple ».

Jaurès et les fauteurs de guerre. Le mieux est de le laisser parler : « Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de la philanthropie internationale, la guerre peut naître toujours d’un hasard toujours possible… Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage.Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie — qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille — un régime de concorde sociale et d’unité. Et voila pourquoi si vous regardez non aux intentions qui sont toujours vaines, mais à l’efficacité des principes et à la réalité des conséquences, logiquement, profondément, le Parti socialiste est, dans le monde, aujourd’hui, le seul parti de la paix. » (Jaurès, reviens, ça a trop changé !).

Il parle là de se démarquer de ce qu’on appellerait de nos jours la mise en compétition des peuples, la concurrence libre et non faussée. Abolir la guerre économique, dit-il, est le seul moyen d’abolir la guerre entre les peuples.

Jaurès et la guerre comme dernier recours.Mais si la guerre semble inévitable, qui doit en prendre l’initiative et comment ?Voilà comment Jaurès répond à cette question dans l’article 17 d’une proposition de loi qu’il dépose :« Tout gouvernement qui entrera dans une guerre sans avoir proposé, publiquement et loyalement, la solution par l’arbitrage, sera considéré comme traître à la France et aux hommes, ennemi public de la patrie et de l’humanité. Tout parlement qui aura consenti à cet acte sera coupable de félonie et dissous de droit. Le devoir constitutionnel et national des citoyens sera de briser ce gouvernement et de le remplacer par un gouvernement de bonne foi […] ».

Jaurès et le socialisme fraternelJaurès prônait la création d’une « cité nouvelle » ouverte, à tous, y compris aux prolétaires, aux miséreux, aux créatures accablées par le malheur, aux âmes d’un monde sans cœur dont parlait Marx : « Votre visage est creusé par la souffrance, pâli par la faim ; il est même comme abêti par l’ignorance, ou flétri par le vice. Mais qu’importe le passé mauvais ? C’est visage d’homme : Entrez. Dans ces deux yeux il y a lueur humaine : Entrez ! C’est ici la cité des hommes » (Jaurès « Rallumer tous les soleils », éditions Omnibus, p 214).

 

Conclusion d’étape :Passer sous silence ce que disait Jean Jaurès sur le socialisme, la lutte des classes, la conscience de classe, la théorie de la plus-value, l’internationalisme, le courage politique, les fauteurs de guerre, les dangers à opposer les peuples dans des compétitions économiques, l’obligation de rechercher la paix jusqu’au bout, l’utilité de la démocratie économique et des organisations coopératives, l’appropriation collective de secteurs clés (comme les transports), le respect des cultures régionales, l’âge de la retraite, etc., c’est effectivement le tuer une deuxième fois. Y ont excellé tous ceux qui se revendiquent de son héritage sans nous montrer cet héritage. On en voit, on en voit beaucoup, on en voit trop et dans trop d’endroits qui encensent en Jaurès un homme d’Etat dont ils ne voudraient même pas comme camarade de parti ou comme sous-ministre chargé de la culture du pastel.C’est presque mot pout mot cette pensée du père : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène ».Le 3 juin 1918, aspirant au 10e bataillon de chasseurs à pied, il est gravement blessé à Chaudun, dans l’Aisne et il meurt quelques heures plus tard à Pernant. En 4 ans, la guerre aura enlevé à Louise Jaurès, son mari et son fils.

 

Poursuivant en bloc les Jaurès jusque dans la tombe, le maire de la commune de Pernant refuse que le corps du jeune homme soit inhumé là où il est mort et qu’une stèle à sa mémoire soit érigée après-guerre. Car ce patriote mort au combat portait le nom de Jaurès. Jaurès, un socialiste authentique, un partageux, un ami des gueux. Il faudra attendre le 15 novembre 1936 pour que le président du conseil, le socialiste Léon Blum puisse inaugurer une stèle à sa mémoire à Chaudun (Aisne), pas à Pernant.Jean Jaurès qui trouvait que Marx se trompait parfois aurait pu dire que Lénine se trompait aussi en écrivant que les ennemis de la bourgeoisie sont persécutés de leur vivant et canonisés ensuite. Parfois, la haine de classes ne connaît pas de fin.

Merci de m’avoir écouté et « Vive la sociale ! ».

Maxime Vivas , 18 février 2014.

(1) Bien cravatés. Expression occitane péjorative. URL de cet article 25643

http://www.legrandsoir.info/les-trois-morts-de-jean-jaures.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jaurès et la démocratie dans toutes les sphères

Jaurès est évidemment favorable à des lois de protection sociale. Il veut la démocratisation de la propriété privée, et non sa destruction, et il est attentif aux mouvements coopératifs (comme on l’a vu avec la verrerie ouvrière d’Albi). Il veut un impôt fortement progressif, la centralisation de l’industrie des transports aux mains de l’Etat, il veut (en 1910 !) la retraite à 60 ans et même plus tôt pour certains métiers (reviens, Jaurès, ils sont, devenus fous).

Jaurès et le courage

On cite souvent ce mot de jean Jaurès : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ». Ça ne mange pas de pain. C’est consensuel. On comprend bien que le courage ce n’est pas de se réfugier dans le mensonge. En vérité, il s’agit d’un extrait de son Discours à la jeunesse, prononcé en 1903. Il y dit bien d’autres choses qui vont plus loin : (Jaurès « Rallumer tous les soleils, éditions Omnibus, page 543) : « Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre (…). Le courage, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces (…). Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant avec la vie générale (…). Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de ne pas en être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

 

Jaurès et l’internationalisme

Patriotisme et internationalisme. Pour Jaurès, ces termes, loin d’être antinomiques, sont complémentaires. «  Internationale et Patrie sont désormais liées. C’est dans l’Internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie ; c’est dans les nations indépendantes que l’Internationale a ses organes les plus puissants et les plus nobles. Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène ».

 

Jaurès et le patriotisme

L’internationalisme s’accommode donc du patriotisme et se distingue du nationalisme qui est le refus de l’autre, de l’étranger, de celui qui est différent et, par conséquent, un ennemi potentiel (le boche à l’époque de Jaurès).  Jaurès n’est pas soluble dans les théories du Front National qui prétend que Jaurès voteraient FN. Dans le livre « Marine Le Pen amène le pire » que j’ai écrit avec mon fils aîné Frédéric, on traite longuement de cette question. On commence par citer un héros de la BD Astérix, Agecanonix qui s’écrie : « Je n’ai rien contre les étrangers, quelques-uns de mes meilleurs amis sont des étrangers. Mais ces étrangers là ne sont pas de chez nous ! »

 

Et on donne des noms de personnalités célèbres, ayant des origines étrangères et qui ont fait la France :

 

L’Italien Mazarini, plus connus sous le nom de cardinal Mazarin, dirigea la France peu de temps après avoir été naturalisé. La Polonaise Maria Salomea Skłodowska devint Marie-Curie ; naturalisée française par son mariage, elle donna à la France deux prix Nobel. Le Polonais Georges Charpak devint Français et obtint aussi un prix Nobel. Missak Manouchian un résistant Arménien, donna sa vie pour libérer notre pays. Compagnon de la Libération, le Russe Romain Gary, honora notre langue jusqu’à obtenir deux fois le prix Goncourt. Ajoutons Severiano de Heredia, mulâtre Cubain, qui fut maire de Paris. Son cousin, José-Maria de Heredia enrichit la poésie française. Le Vénézuélien Francisco de Miranda fut un des généraux de la Révolution française.

 

Et la liste n’en finit plus : Jacques Offenbach, Ariane Mnouchkine, Isabelle Adjani, Zinedine Zidane, Charles Aznavour, Henri Verneuil, Paul Verlaine, Marguerite Yourcenar, Henri Michaux, Robert Badinter, Sylvie Vartan, Julia Kristeva, Francis Picabia, Pablo Picasso, Manu Chao, Samuel Beckett, Coluche, Lino Ventura, Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani (et beaucoup d’autres… Voir « Marine Le Pen amène le pire » pp 131 à 133).

 

J’ajoute Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Anne Hidalgo. Sans oublier les inconnus, « les petits, les obscurs, les sans-grades » (Edmond Rostand, L’aiglon) qui ont tant fait pour la construction des routes, des ponts, des écoles, des universités, des hôpitaux, des immeubles, etc. Moi-même, je suis Français par naturalisation (merci de ne pas partir).

Jaurès et les langues régionales

Jaurès acquiert la conviction que les langues régionales doivent être enseignées dans les écoles ce qu’il propose dans deux articles (« L’éducation populaire et les « patois », La Dépêche, 15 août 1911 et « Méthode comparée », Revue de l’enseignement primaire, 15 octobre 1911. Il propose de s’appuyer sur les connaissances linguistiques des enfants occitans, basques et bretons pour comparer les langues régionales au français et ainsi développer leur jugement, leur raisonnement.

 

Jaurès et la religion

Jaurès participe à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l’État (décembre 1905). Le 3 mars 1904, à la chambre des députés dans un climat de combat violent entre « la gueuse » et les catholiques, il s’écrie : « Nous combattons l’Église et le christianisme parce qu’ils sont la négation du droit humain et renferment un principe d’asservissement humain. » Néanmoins, sa femme est catholique et pratiquante et ses enfants sont baptisés. Cela lui sera reproché par ses amis anticléricaux. En 1910, les choses s’étant un peu apaisées, la loi ayant été votée, il proclame du haut de la tribune de la Chambre : « Je ne suis pas de ceux que le mot Dieu effraye. J’ai, il y a vingt ans, écrit sur la nature et Dieu et sur leurs rapports, et sur le sens religieux du monde et de la vie, un livre dont je ne désavoue pas une ligne, qui est resté la substance de ma pensée ».

 

Dans sa première déclaration (de 1904), il se démarque apparemment peu de Karl Marx dont chacun connaît la sentence-couperet : « La religion c’est l’opium du peuple ».  Autrement dit, la religion est un fléau. Or, Marx n’a jamais prononcé cette phrase et son opinion sur la religion était différente. Pour se soulager d’une furonculose extrêmement douloureuse, Karl Marx prenait de l’opium (les antibiotiques n’existaient pas). Dans « Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel » il a écrit ceci dont, par troncature déformante, on ne retient généralement que la fin de la dernière phrase collée aux premiers mots de l’avant-dernière : « La misère religieuse est, d’une part l’expression de la misère réelle et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple ».

Jaurès et les fauteurs de guerre. Le mieux est de le laisser parler : « Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de la philanthropie internationale, la guerre peut naître toujours d’un hasard toujours possible… Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage.Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie — qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille — un régime de concorde sociale et d’unité. Et voila pourquoi si vous regardez non aux intentions qui sont toujours vaines, mais à l’efficacité des principes et à la réalité des conséquences, logiquement, profondément, le Parti socialiste est, dans le monde, aujourd’hui, le seul parti de la paix. » (Jaurès, reviens, ça a trop changé !).

 

Il parle là de se démarquer de ce qu’on appellerait de nos jours la mise en compétition des peuples, la concurrence libre et non faussée. Abolir la guerre économique, dit-il, est le seul moyen d’abolir la guerre entre les peuples.

 

Jaurès et la guerre comme dernier recours.

Mais si la guerre semble inévitable, qui doit en prendre l’initiative et comment ?

Voilà comment Jaurès répond à cette question dans l’article 17 d’une proposition de loi qu’il dépose :

 

« Tout gouvernement qui entrera dans une guerre sans avoir proposé, publiquement et loyalement, la solution par l’arbitrage, sera considéré comme traître à la France et aux hommes, ennemi public de la patrie et de l’humanité. Tout parlement qui aura consenti à cet acte sera coupable de félonie et dissous de droit. Le devoir constitutionnel et national des citoyens sera de briser ce gouvernement et de le remplacer par un gouvernement de bonne foi […] ».

Jaurès et le socialisme fraternel.Jaurès prônait la création d’une « cité nouvelle » ouverte, à tous, y compris aux prolétaires, aux miséreux, aux créatures accablées par le malheur, aux âmes d’un monde sans cœur dont parlait Marx : « Votre visage est creusé par la souffrance, pâli par la faim ; il est même comme abêti par l’ignorance, ou flétri par le vice. Mais qu’importe le passé mauvais ? C’est visage d’homme : Entrez. Dans ces deux yeux il y a lueur humaine : Entrez ! C’est ici la cité des hommes » (Jaurès « Rallumer tous les soleils », éditions Omnibus, p 214).

 

Conclusion d’étape :

Passer sous silence ce que disait Jean Jaurès sur le socialisme, la lutte des classes, la conscience de classe, la théorie de la plus-value, l’internationalisme, le courage politique, les fauteurs de guerre, les dangers à opposer les peuples dans des compétitions économiques, l’obligation de rechercher la paix jusqu’au bout, l’utilité de la démocratie économique et des organisations coopératives, l’appropriation collective de secteurs clés (comme les transports), le respect des cultures régionales, l’âge de la retraite, etc., c’est effectivement le tuer une deuxième fois. Y ont excellé tous ceux qui se revendiquent de son héritage sans nous montrer cet héritage. On en voit, on en voit beaucoup, on en voit trop et dans trop d’endroits qui encensent en Jaurès un homme d’Etat dont ils ne voudraient même pas comme camarade de parti ou comme sous-ministre chargé de la culture du pastel.

 

Le troisième assassinat de Jaurès..Louis Jaurès, fils de Jean Jaurès est né le 27 août 1898. L’adolescent s’engage par anticipation, fin 1915, parce que « quand on a l’honneur d’être le fils de Jaurès, on doit donner l’exemple. L’internationalisme philosophique n’est point incompatible avec la défense de la patrie quand la vie de celle-ci est en jeu. »C’est presque mot pout mot cette pensée du père : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène ».Le 3 juin 1918, aspirant au 10e bataillon de chasseurs à pied, il est gravement blessé à Chaudun, dans l’Aisne et il meurt quelques heures plus tard à Pernant. En 4 ans, la guerre aura enlevé à Louise Jaurès, son mari et son fils.

Poursuivant en bloc les Jaurès jusque dans la tombe, le maire de la commune de Pernant refuse que le corps du jeune homme soit inhumé là où il est mort et qu’une stèle à sa mémoire soit érigée après-guerre. Car ce patriote mort au combat portait le nom de Jaurès. Jaurès, un socialiste authentique, un partageux, un ami des gueux. Il faudra attendre le 15 novembre 1936 pour que le président du conseil, le socialiste Léon Blum puisse inaugurer une stèle à sa mémoire à Chaudun (Aisne), pas à Pernant.Jean Jaurès qui trouvait que Marx se trompait parfois aurait pu dire que Lénine se trompait aussi en écrivant que les ennemis de la bourgeoisie sont persécutés de leur vivant et canonisés ensuite. Parfois, la haine de classes ne connaît pas de fin.

Merci de m’avoir écouté et « Vive la sociale ! ».Maxime Vivas , 18 février 2014.(1) Bien cravatés. Expression occitane péjorative. URL de cet article 25643/http://www.legrandsoir.info/les-trois-morts-de-jean-jaures.html

 

Continue Reading

Populaire

Copyright © 2017 La Naïf.