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UNE NECESSAIRE RELECTURE DU PRINTEMPS ARABE Par Lu POURVOUS

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Rédaction Du Naïf : Entretien avec Barah MIKAÏL : Directeur de recherche sur l’Afrique du Nord et le Moyen‐Orient à la FRIDE, centre de recherche européen basé à Madrid Par Béligh NABLI Directeur de recherche à l’IRIS, il dirige l’Observatoire des mutations politiques dans le Monde arabe : Sources IRIS
Béligh NABLI : En quoi consiste votre relecture du « Printemps arabe » ?
Il ne convient en rien de nier la détermination au changement portée par les peuples arabes, à commencer par les Tunisiens. Ceux‐ci ont sincèrement et légitimement voulu se débarrasser de l’ancien président Zineddine Ben Ali, par eux‐mêmes, et l’on ne peut que s’en réjouir. On peut en dire autant dans le cas de l’Egypte. Par contre, la suite des événements s’est, à bien des égards, révélée bien plus critiquable. Le cas libyen en témoigne parfaitement. La naissance d’une contestation à l’encontre de Mouammar Kadhafi fût réelle, bien que née dans une ville traditionnellement rebelle (Benghazi) et étant restée loin de s’étendre à l’ensemble de la population. Mais il est à se demander pourquoi, alors que les populations tunisienne et égyptienne ont, et c’est tant mieux, pu mener par elles‐mêmes leurs soulèvements, un ensemble d’acteurs étatiques a jugé utile de se mêler militairement des affaires libyennes. L’argument selon lequel Kadhafi avait déchaîné ses troupes contre sa population me paraît un peu court, sans quoi l’ingérence aurait aussi pu ou dû être aussi le lot du Bahreïn, du Yémen ou de la Syrie. L’une des principales failles du « Printemps arabe »réside pour moi dans la manière par laquelle les politiques d’intérêt régionales et internationales ont substitué l’usage de la force à la reconnaissance à tous les peuples de la région de leur droit à choisir leur avenir. On peut même se demander si la hâte à intervenir en Libye, cette anticipation d’un résultat escompté, n’a pas porté un coup d’arrêt durable au « Printemps arabe ».
 
Béligh NABLI : Quelles sont les principales forces contre‐révolutionnaires ?
Pour parler de « contre‐révolution », il faudrait déjà qu’existe une « révolution », chose qui me semble amplement discutable. Cela étant dit, le champ des acteurs s’opposant au fleurissement de schémas positifs est large, et nécessairement aléatoire. Outre qu’une partie des Tunisiens et des Egyptiens accusent les formations élues au pouvoir de porter un coup d’arrêt à un changement prometteur, on peut voir par exemple que les Etats‐Unis, la France ou encore l’Arabie saoudite et le Qatar sont en faveur d’un changement politique en Syrie, mais qu’ils partagent moins cette analyse dans le cas du Bahreïn. A contrario, un pays comme l’Iran tient au maintien du régime syrien, mais ne verrait pas d’un mauvais œil la chute de l’ensemble des autres régimes autoritaires de la région. Or, même si la géopolitique a ses règles, il ne faut pas oublier que les premiers « contre‐révolutionnaires », pour reprendre votre expression, ce sont les leaders en place. Or, d’un point de vue occidental surtout, on a tendance à mésestimer ce fait et à classer les volontés de changement des populations arabes selon que celles‐ci sont chapeautées par un pouvoir « modéré » (comprendre pro-occidental) ou non.
 
Béligh NABLI  Est ce que finalement les acteurs étatiques extérieurs – arabes, occidentaux ou russes – se sont imposés comme les principaux acteurs d’un « printemps arabe » présenté comme porté par des mouvements populaires?
 
Les acteurs étatiques extérieurs ont leur importance, mais sans pour autant avoir été un élément central au début du « Printemps arabe ». En Tunisie, comme en Egypte, beaucoup d’Etats arabes comme occidentaux voulaient le maintien de Ben Ali et Moubarak en place, mais ils n’ont rien pu faire pour empêcher leur chute. La Libye a été un tournant en ce sens là : il ne faut pas oublier que, outre les Etats‐Unis, la France ou encore le Royaume‐Uni, le Qatar et les Emirats arabes unis ont aussi participé à la stratégie visant à débouter M. Kadhafi. Par la suite, l’entretien au possible de l’agonie politique de Ali Abdallah Saleh au Yémen, ainsi que la préservation des intérêts de la famille Al‐Khalifa au Bahreïn, ont aussi été dus à la volonté d’un ensemble d’Etats de la Péninsule arabique, en tête desquels l’Arabie saoudite. Dans le cas syrien, la même logique a joué, quoique dans des dimensions encore plus compliquées. Il y a un quasi consensus des gouvernements arabes sur la volonté d’en finir avec un régime syrien qui, outre qu’il n’y va pas de main morte dans la répression des mouvements de contestation populaire, s’avère de surcroît un élément géopolitique gênant du fait de la nature de ses alliances politiques et géopolitiques. Mais à un niveau plus
Élevé si l’on peut dire, la détermination de pays tels que les Etats‐Unis ou la France à arriver à terme à une transition en Syrie se heurte à la volonté de la Russie de préserver le dernier de ses alliés effectifs dans le monde arabe. Donc, dans ce cas précis, on voit bien que les logiques géopolitiques peuvent facilement en venir à se mêler du courant des choses et à en déterminer potentiellement l’issue.
 
Béligh NABLI : En quoi pourrait consister « la démocratie » dans le monde arabe ?
La démocratie n’est pas quelque chose de figé, contrairement à ce que l’on pense. C’est un processus qui s’étend à l’infini, bien que basé évidemment sur des règles, des lois, des élections, des réformes, et ainsi de suite. Cela étant dit, je ne crois pas que, au‐delà de cela, il y ait réellement besoin de penser pour le monde arabe à un schéma de type démocratique qui soit différent de celui prévalant dans les Etats occidentaux. Certes, le maillage sociologique du monde arabe lui confère des spécificités qui rendent parfois facile le glissement d’un état des faits autoritaire vers une décomposition avancée ou contenue suivant le cas, comme on peut le voir dans le cas du Liban ou de l’Irak. Néanmoins, on a tendance à oublier que, bien avant le « Printemps arabe », c’est à l’époque des indépendances, particulièrement dans la fourchette 1945‐1963, qu’une grande partie des Etats arabes ont connu puis raté leur engagement vers des systèmes démocratiques. En cause, pour beaucoup, l’instrumentalisation par plusieurs pouvoirs en place du conflit israélo‐arabe. Néanmoins, rien n’empêche non plus de penser que, même sans ce conflit, la tentation de certains individus à s’arroger pleinement un pouvoir n’aurait pas existé. La différence, c’est qu’avec la question israélo‐arabe en général et israélo‐palestinienne en particulier, les populations se sont plus facilement soumises aux injonctions de leurs leaders.
 
Béligh NABLI : Quel est l’enjeu de la situation de la Syrie pour le monde arabe?
Jusqu’à peu, la Syrie paraissait être un déterminant en ce sens qu’elle pouvait conditionner la poursuite du « Printemps arabe » ou son arrêt. Mais je crois que les choses ont évolué depuis. Si Bachar al‐Assad venait à tomber, peut‐être cela pourrait il motiver d’autres citoyens de la région et les pousser à réactiver une volonté de changement ; mais on a du mal à voir où un tel scénario pourrait maintenant se vérifier, tout du moins sur le court terme. Je crois que, plus largement, à travers les évolutions syriennes pointe la possibilité pour beaucoup de pays occidentaux de pouvoir ou non continuer à inscrire les évolutions de la région dans un sens qui les arrange ou non. Si Bachar al‐Assad venait à tomber, son alternative, à supposer qu’elle réussisse à pacifier rapidement le pays, aura peu de chances de perpétuer l’existence du « front du refus antioccidental » défendu jusqu’ici par le régime. Outre un affaiblissement de l’Iran et du Hezbollah libanais, serait ainsi à prévoir la mort définitive du nationalisme arabe, cela étant dit indépendamment de la manière par laquelle le régime syrien a su souvent assaisonner cette idéologie à sa propre sauce.
 
Béligh NABLI : Au terme de cette séquence historique, le monde arabe risque‐t‐il d’être un peu plus divisé?
Outre qu’il est toujours aussi compliqué de prévoir ce que va vivre le monde arabe ne serait ce que dans un futur proche, il faut d’abord se demander si le monde arabe a jamais été uni. La division arabe a été officiellement au rendez‐vous depuis le 22 mars 1945, date de création de la Ligue des Etats arabes. Donc, d’un point de vue politique, je crois qu’au contraire, les divisions pourront éventuellement se résorber parfois en fonction des enjeux et sujets abordés, mais sans que cela dure vraiment au demeurant. D’un point de vue idéologique par contre, certaines tendances se dessineront peut‐être potentiellement, selon que l’on aura affaire à des gouvernements islamistes… ou non. Mais il ne faut pas non plus exagérer la ligne de fracture potentielle ici, chaque Etat ayant des intérêts conformes à son agenda national. Je crois plus largement que le risque de division effectif continue à résider dans la possibilité pour les replis claniques, tribaux, ethniques de l’emporter sur le sentiment d’affiliation nationale. On continue à en avoir les signes en Irak ; en Libye, la situation parle d’elle‐même, malgré le black‐out que l’on a souvent sur la situation prévalant effectivement dans ce pays ; en Syrie, il ne faut pas oublier l’importance des questions communautaires, aux rangs desquelles la question kurde ; quant au fameux clivage supposé prévaloir entre
Sunnites et chiites, je trouve toujours que l’on en exagère la réalité, mais sans pour autant oublier que, politiquement, cela demeure une question instrumentalisée. Donc, dans la globalité, le monde arabe court en effet des risques de division, ce qui n’est pas une nouveauté ; mais il faut veiller à ce que ceux‐ci ne parviennent pas par l’endroit où on les attendait le moins.

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Source CaraïbeCreolsNews :La France a-t-elle aboli l’esclavage ? Par Danik I. Zandwonis *

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La France a-t-elle aboli l’esclavage ?  C’est le titre d’un ouvrage de l’historienne Nelly Schmidt qu’il faut avoir lu. Elle décortique avec une grande justesse d’analyse, les 2 « abolitions » de 1794 et 1848 en Guadeloupe et qui sont aujourd’hui encore des marqueurs de notre société coloniale.Mais c’est l’actualité africaine la plus brûlante qui nous ramène vers l’ouvrage de N. Schmidt. Le fait que des migrants d’origine africaine aient été vendus en Libye remet un coup de projecteur sur la politique francafricaine.

D’abord c’’est un média américain, (CNN) qui a révélé cette affaire, pourtant la présence politico-médiatique française en Afrique est plus que réelle. Ensuite on est en droit de s’interroger sur le black out de la France sur cette affaire. Ce silence gêné de médias français, tout comme celui de la diplomatie et du gouvernement français peut être compris comme une volonté affirmée de « zapper » ce fait gênant pour les uns et les autres. Il suffit pour s’en convaincre, de mesurer à l’inverse l’impact émotionnel de ces mêmes médias et du gouvernement français quand un ressortissant français blanc, soldat ou autre est la victime d’une agression en terre africaine.

Il est bon de rappeler, que le chaos existant actuellement en Lybie est l’une des conséquences de la politique Moyen -Orientale des européens, la France en tête. Chez nous en Guadeloupe, pays peuplé majoritairement d’Afro descendants , la réaction s’est aussi fait attendre. Silence radio total des deux assemblées majeures, pas un communiqué de Josette Borel ou de Chalus sur cette problématique. Faut -il penser que nos deux présidents ne sentent pas concernés ? même silence embarassé des parlementaires : ce n’est que 48h après qu’Olivier Serva a sorti un timide post sur les réseaux sociaux.

On en arrive même à se demander si toutes les manifestations qui sont généralement organisées au mois de mai pour « commémorer » l’abolition(?) de l’esclavage en Guadeloupe, ne sont pas totale hypocrisie ? 

En réalité, ces élus guadeloupéens, « marchent » au rythme du gouvernement français, quand le « maitre blanc » parle , ils vont dans le sens de sa parole, mais quand le maitre est silencieux, ils adoptent une attitude similaire. C’est bien là, le mal profond de notre pays, la classe politique dans son ensemble, manque cruellement de courage, elle préfère aller dans le sens du vent pour n’avoir jamais à s’opposer à ceux qui depuis Paris, décident pour nous.

Ce qui s’est passé en Libye et le silence -j’ai presque envie de dire- silence complice, prouve et démontre que les chaines de l’esclavage politico-mental sont toujours présentes dans les cerveaux. Mais il n’y a pas que pour la Libye. Il y a de cela quelques semaines, les Catalans ont posé avec force et détermination, la question de leur indépendance face à l’état central espagnol : vous avez entendu un élu guadeloupéen oser prendre une position contraire à celle du gouvernement français actuel ? la réponse est négative.

Fort heureusement, il y a encore quelques journalistes guadeloupéens qui osent dire tout et tout haut.( je me permets içi de saluer mes confrères de « Presse Hebdo « sur Radio Guadeloupe 1ére : Eric Lefèvre, Gilbert Pincemail, Olivier Lancien, Eric Bagassien…. ils font le job et ouvrent sans crainte les débats. On ne dira pas autant de cette radio commerciale au service du pouvoir devenue depuis 2009 quasiment murette sur tout ce qui peut déranger les pouvoirs en place.En réalité, notre classe politique, volontairement s’absente de tous ces débats, elle ne semble préoccupée que par ses questions électoralistes.

Et pourtant, la situation sociale s’aggrave en Guadeloupe ;les tensions couvent. il y a moins d’un mois, Elie Domota et les militants de l’UGTG ont lancé une première alerte, qui ressemble fortement à un avertissement. Mais là non plus personne n’a entendu. La vie continue « tranquillement », mais chacun se doit de savoir, que ce calme n’est qu’apparent, la Guadeloupe est de nouveau au bord d’une grosse crise.C’est à croire, que nous vivons dans une bulle. La Lybie, la Catalogne, la situation sociale et ses conséquences, tout cela n’interpelle personne : jusqu’à quand ?

*Danik I. Zandwonis Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site@ : danik@mediacreole.com

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Un poète, un homme hors du commun. PEY, PEY, PEY Par Jean ORTIZ

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Source le GRANDSOIR. Serge Pey est un extraordinaire poète, dans tous les sens du mot : qui sort de la règle, de l’usage ordinaires, qui n’est pas courant, exceptionnel, inhabituel, qui étonne par sa bizarrerie, son étrangeté, son originalité, qui s’écarte énormément du niveau moyen, ordinaire, qui, par ses qualités, sort de la moyenne, qui est très grand, intense, immense.

C’est un militant qui a mené la lutte clandestine dans le Chili de Pinochet.
C’est un de mes amis.
C’est un lecteur assidu du Grand Soir qu’il a défendu quand nous étions sous la grêle des calomnies.
Quelle bonne nouvelle que l’attribution du plus grand prix littéraire pour la poésie à cet homme-là !
Son ami Jean Ortiz (qui se ressemble s’assemble) lui rend hommage dans un article publié par l’Humanité.
Lisons, nous en serons meilleurs. Et plus heureux.
Maxime Vivas
Serge Pey, préfacier de notre « Vive le Che ! », vient d’être couronné à l’unanimité du Prix Apollinaire de poésie 2017, prix prestigieux s’il en est, équivalent d’un Goncourt de poésie. Créé par Cocteau en 1941. Couronné ! Le libertaire Serge Pey a dû goûter comme il se doit la saveur du mot, lui, le coupeur de têtes non-pensantes.
Il est difficile d’écrire sur un copain. Nous savons tous que Serge et son œuvre méritent… un mausolée, ou le Nobel !! Pour le mausolée, il y est réfractaire ; et comme l’homme au chapeau noir ne se vend pas, le Nobel n’est pas pour deux mains.

Ce prix lui a été décerné sur la terrasse du célèbre café littéraire Les deux magots, où Apollinaire avait ses alcools. Nul doute que Serge adore les magots !! Il a passé une vie à s’enrichir, à s’enrichir des autres, des luttes, des rêves, des résistances, des roseaux de pluie des indiens mexicains, des hallucinations au peyotl, des combats avec le MIR de Miguel Henríquez… Il y a trente ans, je l’avais invité pour réaliser une « performance poétique » dans mon établissement secondaire. Il performa si bien qu’il y forma un sacré souk, mais toujours de qualité pour tous. Halluciné. Hallucinogène. Hallucinatoire.

Sous la coupole de Niemeyer à Fabien, il y a un mois, au siège du PCF à Paris (pour honorer le CHE), avec sa compagne comédienne sarde Chiara, il scotcha la foule des camarades présents. « Mes mots rables », dit-il. « C’est la première fois que je rentre dans un siège coco ». Et il put en sortir ! ÉMU. BOULEVERSÉ. Et photo avec Pierre Laurent !
Serge vient d’être couronné pour son récent recueil de poésie (il en a enfanté des dizaines, aussi telluriques, aériens, fougueux, les uns que les autres), et autres matériaux poétiques, autour et dans son dernier né : « Flamenco », l’histoire d’une grande danseuse toulousaine, exilée, Carmen Gómez, la « Joselito », la danseuse aux pieds ailés, au « duende » inaltérable. La « Joselito », la mère de tous les flamencos de Toulouse, et de tous les guitaristes de grande facture de chez nous, souvent fils de l’exil républicain ou antifasciste, la famille Sandoval, Serge López, Manolo Rodriguez, et beaucoup, beaucoup d’autres. De tous les danseurs et danseuses qui prennent le Capitole pour Triana. La « Joselito » est la mère de tous ces Andalous occitans, métissés, multi-culturalisés, comme la soleá reste la mère du flamenco.

Je me souviens encore -il y a si longtemps- d’un voyage « ida y vuelta » à Séville, pour écouter Enrique Morente chanter son « Estrella », et nous ouvrir un horizon d’utopie sensuelle, incandescente, mais noire à la fois. Comme Lebrijano, Pinilla, el Cabrero, el Cigala, Camarón… et « les vieux », la source sans cesse renouvelée, la Paquera de Jerez, la Niña de los Peines, Marchena, Mairena, la Carmen Linares, la Cristina Hoyos, la Yerbabuena… Olé pour tous ceux que j’oublie, « Olé por bulería »

L’écriture de Pey est flamenca, parce qu’elle vient des racines, du sang, qu’elle est rythmée, « compassée », toujours proche de la rupture, parce qu’elle est chair, parce qu’elle est libre, provocatrice, jusqu’à inventer des balades, des itinéraires poétiques pour rejoindre et ressusciter Antonio Machado à Collioure, Victor Hugo à Cuba, Neruda partout… ARTE. POUR LE PEUPLE. Et action ! La pensée en actes et le poème arme « por todas partes ». Serge est un poète, flingueur et pro fête, à Toulouse comme à Santiago du Chili, un « payador » de l’oralité. Un fouteur de bordel poétique. Donc : politique.

Jean ORTIZ

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Géopolitique du sucre : et si on en parlait ? Le point de vue de SEBASTIEN ABIS

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Rédaction du Naïf: En Martinique la question du sucre est l’objet de querelles stériles entre les politiques, aucune réflexion sérieuse sur cette denrée de base stratégique. Entre un président de CTM quasiment hystérique et une question environnementale liée à la production du sucre le temps passe…

IRIS :Le sucre est partout présent dans notre quotidien et fait l’objet de nombreux débats. Devrait-on s’y intéresser autrement et constitue-t-il une denrée de base stratégique dans le monde contemporain ?

Sébastien Abis: Oui assurément, bien que cela dépende de l’endroit où l’on se trouve. Comme d’autres produits qui nous accompagnent chaque jour dans nos systèmes alimentaires, le sucre est consommé sans que l’on regarde l’arrière-plan stratégique qui le concerne. Dans une situation d’abondance alimentaire, où le curseur s’est déplacé sur les enjeux qualitatifs et sur la santé des individus, le sucre est devenu une matière à controverses. Or il apparaît comme problème uniquement lorsqu’il est consommé de façon excessive, phénomène nutritionnel qui fait écho à des enjeux de comportement alimentaire et d’activité physique. En outre, soulignons l’importance de la notion de plaisir ici. Le sucre participe pleinement à cette dynamique essentielle de l’alimentation des individus. Sans sucre, beaucoup de repas et de journées seraient bien plus monotones. Mais encore une fois, tout est question d’équilibres.
Et précisément, dans cette volonté d’adopter des pratiques et des démarches équilibrées, il convient de rappeler quelques réalités agricoles derrière ce produit de large consommation. Le sucre s’est mondialisé mais toute la planète n’en produit pas. A l’instar de nombreux autres produits stratégiques de notre alimentation de base, le sucre s’est banalisé (comme s’il pouvait presque automatiquement être disponible sur nos tables, dans nos armoires ou nos supermarchés), alors qu’il repose sur de subtils équilibres mondiaux entre l’offre et la demande et entre pays qui en produisent et ceux qui en importent fortement.

IRIS :Quelle est donc, actuellement, cette cartographie mondiale du sucre ?

Sébastien Abis :Produit principalement à partir de la canne à sucre et de la betterave sucrière, il doit répondre à une demande mondiale en croissance continue. En 50 ans, elle est passée d’environ 70 millions de tonnes (Mt) à un volume de 185 Mt désormais. Un quasi triplement sur l’espace d’un demi-siècle. Si le sucre est concurrencé par les édulcorants dans les pays riches, il ne l’est pas dans les pays émergents ou en développement. Les ventes de sucre mondiales suivent d’ailleurs la démographie et nous observons une relative stabilité des ventes moyenne par habitant depuis quelques années (25 kg par personne par an actuellement, contre 20 au début des années 1970, mais ces chiffres sont à relativiser car ils comprennent les utilisations non alimentaires, les pertes, etc.). Par rapport au début des années 2000, la planète « réclame » 55 Mt de sucre supplémentaire aujourd’hui ! C’est une hausse colossale à laquelle les planteurs font face, en cultivant davantage, en améliorant leur rendement et en réduisant leur empreinte environnementale, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, à l’image de beaucoup d’agriculteurs, dans cette double quête du produire plus et mieux.

Ces chiffres globaux ne doivent pas masquer des disparités territoriales significatives. D’abord, sur les 190 millions de tonne de sucre produites actuellement sur le globe, trois-quarts sont issues de la canne, qui est la véritable locomotive de la hausse mondiale de la production de sucre, passant de 42 à 147 Mt entre le début des années 1970 et la situation présente. La canne à sucre pousse essentiellement en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Mais soyons plus précis. Le Brésil, seul, fait 40 Mt, soit près de 25% de la production mondiale de sucre ! La moitié du sucre brésilien sert à fabriquer de l’éthanol. Je le précise car ne perdons pas de vue la diversité des usages de cette production sucrière. Au-delà du sucre, nous trouvons comme autres produits de la filière des biocarburants, de l’alcool et des transformations pour le secteur de la chimie et de l’industrie. Revenons à la canne à sucre dans le monde et à sa production. Après le Brésil, nous avons l’Inde qui réalise en moyenne entre 25 et 30 Mt, suivie par la Chine et la Thaïlande qui chacune font 10 Mt. Ensuite, en complément, avec 25% de la production mondiale, viennent les productions réalisées à partir de la betterave à sucre. Elle est majoritairement située en Europe (16 Mt) et autour de la mer Noire (10 Mt entre Russie, Ukraine et Turquie), sans oublier également les Etats-Unis (5 Mt).

Le sucre, consommé chaque jour par plusieurs milliards de personnes sur tous les continents, est donc produit dans des zones extrêmement réduites. En effet, les surfaces mondiales dédiées à la culture du sucre sont de 32 millions d’hectares, ce qui est dérisoire ! Cela représente à peine 0,2% du total des terres émergées du globe, près de deux fois moins que la France hexagonale. A titre comparatif, les surfaces mondiales en blé sont de 220 millions d’hectares. Par ailleurs, vous avez 10 pays qui assurent deux-tiers de la récolte mondiale de sucre : Brésil, Inde, Chine, Thaïlande, Etats-Unis, Russie, Mexique, Australie, Pakistan et France. On comprend mieux dans ce contexte le rôle du commerce international mais aussi l’importance des circuits longs et du cortège d’acteurs qui transforment, transportent et distribuent ce produit de base. Si l’on inclut les mouvements intra-communautaires au sein de l’Union européenne (UE), ce sont environ 70 Mt de sucre qui sont exportées en moyenne chaque année actuellement. Le Brésil en assure 40% avec environ 30 Mt, suivi par la Thaïlande, second exportateur mondial de sucre avec en moyenne 7 Mt par an. L’Australie, l’Inde, le Mexique et le Guatemala sont également actifs sur le plan des exportations, mais avec de moindres volumes. Et puis bientôt devrait s’inviter l’Europe à ce panel.

IRIS : Quelles sont en effet les positions de l’Europe dans ce paysage sucrier mondial ?

Sébastien Abis :L’UE a décidé de mettre fin à son système de quotas sucriers depuis le 1er octobre 2017. C’est un changement stratégique majeur après 50 ans d’existence d’un système conçu et organisé dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Or celle-ci évolue ces dernières années, les contraintes de volumes disparaissent et la libéralisation des échanges s’amplifie. Compte tenu de la hausse de la demande mondiale alimentaire sur de nombreuses denrées de base, l’UE a décidé en 2013 de supprimer ces quotas pour exprimer son potentiel agricole continental mais aussi à l’export. Cette campagne en cours devrait se traduire par une récolte de 20 Mt environ en Europe qui libérerait environ 4 Mt à l’export sur pays tiers. Cela représente près de 10% de la production mondiale de sucre. L’UE n’est pas un géant agricole sur ce produit, mais compte néanmoins dans l’équation mondiale. La fin des quotas s’affiche en tout cas comme un basculement notable. Ses effets sont multiples. D’abord, dans la perspective de cette fin des quotas, les surfaces dédiées à la betterave à sucre ont fortement augmenté ces derniers mois. En France, premier producteur européen (environ 5 Mt), la croissance est de 20%. En Allemagne, le mouvement est similaire. Ce pays est le second producteur de sucre en Europe (4 Mt), suivi par la Pologne (2 Mt). En 2018, l’UE devrait donc placer environ 4 Mt sur les marchés mondiaux. Bien que cela soit largement inférieur au Brésil, ces quantités viennent se positionner dans un contexte où l’équilibre est bon entre l’offre et la demande. Les prix ne sont d’ailleurs pas très favorables. Le cours du sucre a été divisé par deux entre l’automne 2016 et l’automne 2017. Pour l’Europe et ses planteurs, il convient donc d’agir dans un contexte de forte volatilité des cours et de compétition à l’échelle internationale. La co-production avec des partenaires sud-américains, maghrébins ou asiatiques constitue une stratégie assumée par plusieurs groupes agro-industriels européens du sucre. Ils sont tous en position d’accroître leurs exportations vers les zones où la consommation augmente rapidement. Le bassin méditerranéen et le continent africain apparaissent vite dans cette équation comme des pôles incontournables, où l’Europe peut conjuguer commerce et développement, investissement productif et coopération logistique ou scientifique. Les enjeux de sécurité alimentaire s’avèrent propices à ce type de partenariat global.

IRIS :Et la France dans tout cela ? Que représente le sucre dans ce pays souvent décrit comme une puissance agricole de premier plan ?

Sébastien Abis :La France est le 10ème producteur mondial de sucre, avec environ 5Mt, soit 8 fois moins que le Brésil et deux fois moins que la Chine. Mais la France est leader mondial de la betterave sucrière et premier producteur de sucre de l’UE. De la canne à sucre est également cultivée dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion). La France dispose de rendements excellents, parmi les plus élevés du monde, fruit d’une recherche scientifique et agronomique qu’il faut saluer, car elle accompagne le travail des agriculteurs et contribue aux bons résultats de l’industrie sucrière française. Depuis 1970, les rendements sucriers ont quasiment doublé en France, passant de 6,5 tonnes sucres à l’hectare à 13 en moyenne désormais. 70% de la production nationale est dédiée à l’alimentation dont 10% sert directement à fabriquer des « sucres de bouche », ces petits carrés blancs très présents dans notre quotidien. L’éthanol et les alcools captent ensuite 20% de la production française.

Le pays dispose donc d’atouts indéniables et il a une véritable carte stratégique à jouer dans ce contexte mondial où la demande en sucre s’accroît. Qui saurait pourtant décrire une betterave sucrière en France lorsqu’il met un sucre dans son café ? Il s’agit pourtant d’une plante vitale aux caractéristiques bien définies, répondant à un calendrier de culture précis, et considérée comme une tête d’assolement pour les agriculteurs. Dans notre pays, on plante en hiver et on récolte généralement à partir de mi-septembre. Il lui faut aussi une géographie propice à son développement. Nous retrouvons l’incontournable triptyque climat – eau – sol qui fait souvent la différence pour être performant en agriculture. Sans météorologie clémente (ni trop chaud, ni trop froid), sans apport hydrique régulier et stable, sans terres arables, il n’est pas du tout évident de se lancer dans la betterave sucrière. D’où le pôle de production dominant que représente l’Europe, continent où les conditions géographiques sont bien meilleures qu’ailleurs. On a tendance à l’oublier, mais c’est un atout pour l’Europe à l’échelle du globe.

Et la France se situe belle et bien au cœur de ce dispositif car, outre des rendements de qualité, des productions régulières et des capacités de transformation et de logistique compétitive, le pays est engagé avec son agriculture dans des démarches environnementales visant à se combiner avec les performances économiques. Des investissements importants sont par exemple mis en œuvre pour réduire drastiquement la consommation énergétique des sucreries et les planteurs sont engagés dans des itinéraires de production optimisant la gestion des ressources naturelles.

IRIS : Au-delà de l’agriculture en général et après les céréales, vous voilà donc en train de travailler sur la géopolitique du sucre ?

Sébastien Abis :En effet, le sucre, comme je l’ai fait avec le blé récemment, mériterait d’être traité sous l’angle de l’analyse stratégique. Les quelques considérations émises précédemment semblent justifier cette orientation. Beaucoup de choses sont dites ou écrites sur l’agriculture, l’alimentation ou les produits de base de notre consommation quotidienne. Dans nos sociétés européennes, nous avons tendance à perdre de vue le caractère géopolitique de ces questions. Il m’avait paru important de proposer un autre regard, moins technique, plus grand public, et surtout pluridisciplinaire, à propos du blé, cette céréale centrale pour la sécurité alimentaire mondiale.

Une telle démarche sur le sucre me paraît opportune à l’heure où l’on ne doit pas enfermer les débats agricoles et alimentaires sur des réflexions uniquement locales et court-termistes . La mondialisation alimentaire est une tendance lourde. Elle n’efface pas les gastronomies locales et les circuits courts. Mais elle s’impose partout dans ce monde où les brassages socioculturels sont incessants et où les individus aspirent à consommer de manière diversifiée et non-linéaire. Un déjeuner local le midi peut précéder un dîner mondial le soir. Ce qui signifie qu’il faille plusieurs modèles agricoles pour un tel éventail de comportements alimentaires.

SOURCE /iris-france.org/

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