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WADE EN MARTINIQUE ? ET LE FESMAN ? AIME CESAIRE, PERE FONDATEUR : OUI .PARRAIN … ?

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Par Camille CHAUVET. Le chef de l’Etat sénégalais devrait normalement se rendre en Martinique pour se recueillir sur la Tombe d’Aimé Césaire.Mais le comportement d’un de ses conseillers donne une mauvaise image à son gouvernement. Sans doute, ce qui explique les annulations répétées de sa visite avant le Fesman III. Au fond Wade ne veut pas venir en Martinique et de Césaire il s’en fou…
Lorsque qu’un homme politique africain et plus précisément sénégalais, foule le sol de la Martinique, c’est l’esprit de tous les martiniquais qui se tourne vers cette mémorable journée du 14 février 1976.

Mais Wade n’est pas Senghor. C’est ce constat objecti que doit faire les Martiniquais.

UN 14 FEVRIER 1976

Ce jour-là, dans la cour de sa Mairie de Fort-de-France, Aimé Césaire recevait celui qui, pour lui, était un plus que frère: Léopold Sédar Senghor. Ce jour là, notre regretté Aimé Césaire avait rappelé que cette visite, ils en avaient parlé 40 ans auparavant, dans la grise cour du Lycée Louis-le-Grand à Paris. Belle époque du noble combat qu’avec un autre fils des Antilles (Léon Gontran Damas) ils menèrent pour défendre une race humilié, insultée : la race noire.

Les deux hommes ont pensé, dès 1956, à l’organisation d’un Festival des Arts Nègres dès 1956 comme l’a rappelé Cheikh Ngaïdo Bâ,lors de sa visite en Martinique pour rencontrer le parrain du Fesman III: Aimé Césaire.

25 JUIN 2007 : RENCONTRE ENTRE LE PARRAIN ET LES ORGANISATEURS

Une délégation de la coordination du Festival Mondial des Arts Nègres (Fesman) s’était rendue à Fort-de-France (Martinique) pour rencontrer le poète et homme politique Aimé Césaire choisi par le chef de l’Etat Sénégalais, comme parrain de la manifestation.

A cette occasion une semaine culturelle sénégalaise, était organisée et Aimé Césaire recevait un trophée (le logo du festival en bronze réalisé par l’artiste Kalidou Kassé) et un diplôme d’honneur signé du ministre de la Culture et du Patrimoine historique classé.

Le parrain a assisté à toutes les manifestations de cette semaine culturelle qui a été également marquée par la participation des Frères Guissé, un groupe de musique sénégalais. Une rencontre souillée par les propos d’un Conseiller spécial de son Excellence Abdoulaye Wade.

LES INSULTES DU CONSEILLER SPECIAL : NDIAWAR TOURE

L’événement regrettable s’était produit à l’Aéroport Aimé Césaire au moment du départ pour Paris de la délégation sénégalaise qui était venue participer à une semaine culturelle sénégalaise à Fort-de-France.
Insultes du Conseiller Spécial de celui qui se propose de venir visiter les martiniquais pour jouer aux pères d’eux, disait-il, dans le Journal le Soleil, le rôle que Césaire jouait auprès des martiniquais.
Drôle de Père qui n’a jamais sanctionné ce dénommé Ndiawar Touré, Député -Maire de Rufisque membre de la délégation qui a traité une Martiniquaise de fille d’esclave et de sale négresse.

Si le Président encourage ces pratiques, il devrait se garder de mettre les pieds sur le sol de Martinique et faire son Fesman III en compagnie de son méprisable collaborateur qui a eu beaucoup de chance de ne pas trouver là des Martiniquais verticaux qui lui auraient fait avaler ses propos. L’opinion publique en Martinique n’a pas oublié et attend encore les excuses d’Abdoulaye Wade.

ABDOULAYE WADE

Le Président Wade qui avait promis de venir saluer Aimé Césaire, comme le faisaient tous les autres grands du monde, n’est jamais venu. Il n’était pas aux obsèques et cette visite annoncée pour le 29 mai a plusieurs fois été annulé et reprogrammé.

Les martiniquais se souviennent aussi que c’est lui Abdoulaye Wade qui avait sollicité le parrainage d’Aimé Césaire pour le Fesman III (3ème édition du Festival Mondial des Arts Nègres) et depuis, l’on constate avec beaucoup de regrets que la participation et l’implication de la Martinique est insignifiante.

OU EST AIME CESAIRE DANS CE FESMAN III ?

C’est bien dommage, surtout lorsqu’il s’agit de retrouvailles de l’Afrique avec elle-même, c’est à dire avec cette partie d’elle dont l’histoire l’avait atrocement amputée.

Si tel est le choix du Président Abdoulaye Wade, l’histoire retiendra que ce choix s’oppose à celui des pères fondateurs d’un événement qu’il s’est proposé de poursuivre.

Or, peut-on parler de Renaissance Africaine, thème du Fesman III, en ignorant Aimé Césaire, l’auteur du « Discours sur le colonialisme », « Une saison au Congo », consacrée à la mort de Lumumba ?

Aimé Césaire a été de tous les combats de l’Afrique. Il était à Addis-Abeba, en Ethiopie, au comment de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), il a été en Conakry pour soutenir le peuple guinéen dans son combat pour l’affirmation de sa dignité retrouvée, à était à Dakar au Festival Mondial des Arts Nègres et à tous les autres grands rendez-vous importants du continent noir.

Il a souffert au plus profond lui quand son Afrique mère a connu les coups d’Etats militaires et autres guerres civiles. Il a pris sa plume pour dénoncer et pour éveiller.
Sa poésie et son théâtre ont donné une place considérable à cette Afrique dont la révélation lui était venue par son ami de toujours : Léopold Sédar Senghor.

Les actuels organisateurs se sont installés dans un projet de mondanité nègre. L’actuel ministre de la culture n’est pas à la hauteur de cet événement, comme il n’a pas été à la hauteur pour représenter le Sénégal lors des obsèques d’Aimé Césaire.
Il a mandaté un émissaire pour se faire recevoir par Serge Letchimy et, à ce jour ce dernier fait les couloirs de l’AN.

Ce ministre n’a pas compris que le registre d’une Afrique mythique est terminé et qu’il doit intégrer dans l’organisation des Haïtiens, Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais, Réunionnais à la conception même de ce festival.

Le président Wade un peu gaga laisse faire. Et pourtant, il est l’un des rares intervenants vivants de la première rencontre des écrivains et artistes noirs en 1956 à Paris Il devrait comprendre que la promesse faîte à Aimé Césaire doit être respectée.

Comme le disait un journaliste Sénégalais : Le coordinateur général du FESMAN III , et son ministère doivent comprendre que ce ne sont pas les personnalités et les grands noms qui feront de la manifestation de Dakar un rendez-vous du donner et du recevoir. Mais ceux qui gèrent la culture à Dakar ont-ils une petite dose d’ouverture d’esprit pour éviter que le FESMAN III ne soit le rendez-vous manqué de l’Afrique avec la diaspora ?

Nous verrons lors du passage de Wade qui ira sur la Tombe d’Aimé Césaire sans doute accompagné par un des fils d’Aimé Césaire qui connaît bien le Sénégal.

Texte de Camille Chauvet

Aimé Césaire lors de cette rencontre à remis un message qui sera rendu public à l’occasion de la manifestation ,on peut se demander qui lira ce message.
Auteur : Jean Jack LAPORTE

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2 Comments

2 Comments

  1. SOMBRERO.

    30 mai 2013 at 9 h 52 min

    Vraiment , je ne comprends pas ce que vous avez à foutre avec ces tirailleurs qui se prennent pour des toubabs. Le président actuel s’est entouré d’une bande de nègres blancs qui n’ont rien à voir avec Wade et encore moins avec Aimé Césaire ou Senghor.Ce qui s’est passé au salon de départ du Lamentin est insuportable . Insupportable de se faire traiter de filles d’esclaves par ceux qui nous ont vendu pour des colliers perles de bois…Les Martiniquais devraient refuser la venue le SENEGAMEPRIS dans la Patrie d’Aimé Césaire.Imaginons ces propos tenus par un membre d’une délégation ministérielle française !!!!Letchymi,Marie-Jeanne,Samot, et toutes les associations dites de résistance seraient sur le pied de guerre avec demande d’excuses. Là de pretendus frères nous crachent au visage et nous acceptons que Wade un de ces quatre matins aille faire des simagrée sur la Tombe du Père de la Nation Martiniquaise.Et dire qu’un béké qui dit légitimement vouloir préserver sa race est poursuivi par la Justice…

  2. SAINT MA- FAUTE

    30 mai 2013 at 9 h 52 min

    Les sénégalais sont contents par l’occasion qui leur est offerte.En effet, les Noirs sont très forts pour réussir dans la langue et la culture de l’AUTRE : Michelle Pierre-Louis, gouverneur général du Canada (d’origine haïtienne), Barrack Obama (d’origine kenyane) ou Sheik Adil Kalbani (d’origine tchadienne). Oui, mais Haïti, le Kenya, le Tchad et (d’autres pays de l’Arique subsaharienne) sont dans la merde la plus totale. A quand un Noir qui réussira à partir de valeurs culturelles « noires », d’une langue et d’une culture africaines ? Il existe des langues africaines, je suppose, ewondo, wolof, kikongo, bamiléké etc…et des religions africaines : vaudou, culte yorouba etc., non ?Si Wade n’est pas trop gâteux ,il peut faire un coup d’éclat avec le Pape de la négritude Aimé Césaire.

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Source CaraïbeCreolsNews :La France a-t-elle aboli l’esclavage ? Par Danik I. Zandwonis *

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La France a-t-elle aboli l’esclavage ?  C’est le titre d’un ouvrage de l’historienne Nelly Schmidt qu’il faut avoir lu. Elle décortique avec une grande justesse d’analyse, les 2 « abolitions » de 1794 et 1848 en Guadeloupe et qui sont aujourd’hui encore des marqueurs de notre société coloniale.Mais c’est l’actualité africaine la plus brûlante qui nous ramène vers l’ouvrage de N. Schmidt. Le fait que des migrants d’origine africaine aient été vendus en Libye remet un coup de projecteur sur la politique francafricaine.

D’abord c’’est un média américain, (CNN) qui a révélé cette affaire, pourtant la présence politico-médiatique française en Afrique est plus que réelle. Ensuite on est en droit de s’interroger sur le black out de la France sur cette affaire. Ce silence gêné de médias français, tout comme celui de la diplomatie et du gouvernement français peut être compris comme une volonté affirmée de « zapper » ce fait gênant pour les uns et les autres. Il suffit pour s’en convaincre, de mesurer à l’inverse l’impact émotionnel de ces mêmes médias et du gouvernement français quand un ressortissant français blanc, soldat ou autre est la victime d’une agression en terre africaine.

Il est bon de rappeler, que le chaos existant actuellement en Lybie est l’une des conséquences de la politique Moyen -Orientale des européens, la France en tête. Chez nous en Guadeloupe, pays peuplé majoritairement d’Afro descendants , la réaction s’est aussi fait attendre. Silence radio total des deux assemblées majeures, pas un communiqué de Josette Borel ou de Chalus sur cette problématique. Faut -il penser que nos deux présidents ne sentent pas concernés ? même silence embarassé des parlementaires : ce n’est que 48h après qu’Olivier Serva a sorti un timide post sur les réseaux sociaux.

On en arrive même à se demander si toutes les manifestations qui sont généralement organisées au mois de mai pour « commémorer » l’abolition(?) de l’esclavage en Guadeloupe, ne sont pas totale hypocrisie ? 

En réalité, ces élus guadeloupéens, « marchent » au rythme du gouvernement français, quand le « maitre blanc » parle , ils vont dans le sens de sa parole, mais quand le maitre est silencieux, ils adoptent une attitude similaire. C’est bien là, le mal profond de notre pays, la classe politique dans son ensemble, manque cruellement de courage, elle préfère aller dans le sens du vent pour n’avoir jamais à s’opposer à ceux qui depuis Paris, décident pour nous.

Ce qui s’est passé en Libye et le silence -j’ai presque envie de dire- silence complice, prouve et démontre que les chaines de l’esclavage politico-mental sont toujours présentes dans les cerveaux. Mais il n’y a pas que pour la Libye. Il y a de cela quelques semaines, les Catalans ont posé avec force et détermination, la question de leur indépendance face à l’état central espagnol : vous avez entendu un élu guadeloupéen oser prendre une position contraire à celle du gouvernement français actuel ? la réponse est négative.

Fort heureusement, il y a encore quelques journalistes guadeloupéens qui osent dire tout et tout haut.( je me permets içi de saluer mes confrères de « Presse Hebdo « sur Radio Guadeloupe 1ére : Eric Lefèvre, Gilbert Pincemail, Olivier Lancien, Eric Bagassien…. ils font le job et ouvrent sans crainte les débats. On ne dira pas autant de cette radio commerciale au service du pouvoir devenue depuis 2009 quasiment murette sur tout ce qui peut déranger les pouvoirs en place.En réalité, notre classe politique, volontairement s’absente de tous ces débats, elle ne semble préoccupée que par ses questions électoralistes.

Et pourtant, la situation sociale s’aggrave en Guadeloupe ;les tensions couvent. il y a moins d’un mois, Elie Domota et les militants de l’UGTG ont lancé une première alerte, qui ressemble fortement à un avertissement. Mais là non plus personne n’a entendu. La vie continue « tranquillement », mais chacun se doit de savoir, que ce calme n’est qu’apparent, la Guadeloupe est de nouveau au bord d’une grosse crise.C’est à croire, que nous vivons dans une bulle. La Lybie, la Catalogne, la situation sociale et ses conséquences, tout cela n’interpelle personne : jusqu’à quand ?

*Danik I. Zandwonis Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site@ : danik@mediacreole.com

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Un poète, un homme hors du commun. PEY, PEY, PEY Par Jean ORTIZ

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Source le GRANDSOIR. Serge Pey est un extraordinaire poète, dans tous les sens du mot : qui sort de la règle, de l’usage ordinaires, qui n’est pas courant, exceptionnel, inhabituel, qui étonne par sa bizarrerie, son étrangeté, son originalité, qui s’écarte énormément du niveau moyen, ordinaire, qui, par ses qualités, sort de la moyenne, qui est très grand, intense, immense.

C’est un militant qui a mené la lutte clandestine dans le Chili de Pinochet.
C’est un de mes amis.
C’est un lecteur assidu du Grand Soir qu’il a défendu quand nous étions sous la grêle des calomnies.
Quelle bonne nouvelle que l’attribution du plus grand prix littéraire pour la poésie à cet homme-là !
Son ami Jean Ortiz (qui se ressemble s’assemble) lui rend hommage dans un article publié par l’Humanité.
Lisons, nous en serons meilleurs. Et plus heureux.
Maxime Vivas
Serge Pey, préfacier de notre « Vive le Che ! », vient d’être couronné à l’unanimité du Prix Apollinaire de poésie 2017, prix prestigieux s’il en est, équivalent d’un Goncourt de poésie. Créé par Cocteau en 1941. Couronné ! Le libertaire Serge Pey a dû goûter comme il se doit la saveur du mot, lui, le coupeur de têtes non-pensantes.
Il est difficile d’écrire sur un copain. Nous savons tous que Serge et son œuvre méritent… un mausolée, ou le Nobel !! Pour le mausolée, il y est réfractaire ; et comme l’homme au chapeau noir ne se vend pas, le Nobel n’est pas pour deux mains.

Ce prix lui a été décerné sur la terrasse du célèbre café littéraire Les deux magots, où Apollinaire avait ses alcools. Nul doute que Serge adore les magots !! Il a passé une vie à s’enrichir, à s’enrichir des autres, des luttes, des rêves, des résistances, des roseaux de pluie des indiens mexicains, des hallucinations au peyotl, des combats avec le MIR de Miguel Henríquez… Il y a trente ans, je l’avais invité pour réaliser une « performance poétique » dans mon établissement secondaire. Il performa si bien qu’il y forma un sacré souk, mais toujours de qualité pour tous. Halluciné. Hallucinogène. Hallucinatoire.

Sous la coupole de Niemeyer à Fabien, il y a un mois, au siège du PCF à Paris (pour honorer le CHE), avec sa compagne comédienne sarde Chiara, il scotcha la foule des camarades présents. « Mes mots rables », dit-il. « C’est la première fois que je rentre dans un siège coco ». Et il put en sortir ! ÉMU. BOULEVERSÉ. Et photo avec Pierre Laurent !
Serge vient d’être couronné pour son récent recueil de poésie (il en a enfanté des dizaines, aussi telluriques, aériens, fougueux, les uns que les autres), et autres matériaux poétiques, autour et dans son dernier né : « Flamenco », l’histoire d’une grande danseuse toulousaine, exilée, Carmen Gómez, la « Joselito », la danseuse aux pieds ailés, au « duende » inaltérable. La « Joselito », la mère de tous les flamencos de Toulouse, et de tous les guitaristes de grande facture de chez nous, souvent fils de l’exil républicain ou antifasciste, la famille Sandoval, Serge López, Manolo Rodriguez, et beaucoup, beaucoup d’autres. De tous les danseurs et danseuses qui prennent le Capitole pour Triana. La « Joselito » est la mère de tous ces Andalous occitans, métissés, multi-culturalisés, comme la soleá reste la mère du flamenco.

Je me souviens encore -il y a si longtemps- d’un voyage « ida y vuelta » à Séville, pour écouter Enrique Morente chanter son « Estrella », et nous ouvrir un horizon d’utopie sensuelle, incandescente, mais noire à la fois. Comme Lebrijano, Pinilla, el Cabrero, el Cigala, Camarón… et « les vieux », la source sans cesse renouvelée, la Paquera de Jerez, la Niña de los Peines, Marchena, Mairena, la Carmen Linares, la Cristina Hoyos, la Yerbabuena… Olé pour tous ceux que j’oublie, « Olé por bulería »

L’écriture de Pey est flamenca, parce qu’elle vient des racines, du sang, qu’elle est rythmée, « compassée », toujours proche de la rupture, parce qu’elle est chair, parce qu’elle est libre, provocatrice, jusqu’à inventer des balades, des itinéraires poétiques pour rejoindre et ressusciter Antonio Machado à Collioure, Victor Hugo à Cuba, Neruda partout… ARTE. POUR LE PEUPLE. Et action ! La pensée en actes et le poème arme « por todas partes ». Serge est un poète, flingueur et pro fête, à Toulouse comme à Santiago du Chili, un « payador » de l’oralité. Un fouteur de bordel poétique. Donc : politique.

Jean ORTIZ

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Géopolitique du sucre : et si on en parlait ? Le point de vue de SEBASTIEN ABIS

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Rédaction du Naïf: En Martinique la question du sucre est l’objet de querelles stériles entre les politiques, aucune réflexion sérieuse sur cette denrée de base stratégique. Entre un président de CTM quasiment hystérique et une question environnementale liée à la production du sucre le temps passe…

IRIS :Le sucre est partout présent dans notre quotidien et fait l’objet de nombreux débats. Devrait-on s’y intéresser autrement et constitue-t-il une denrée de base stratégique dans le monde contemporain ?

Sébastien Abis: Oui assurément, bien que cela dépende de l’endroit où l’on se trouve. Comme d’autres produits qui nous accompagnent chaque jour dans nos systèmes alimentaires, le sucre est consommé sans que l’on regarde l’arrière-plan stratégique qui le concerne. Dans une situation d’abondance alimentaire, où le curseur s’est déplacé sur les enjeux qualitatifs et sur la santé des individus, le sucre est devenu une matière à controverses. Or il apparaît comme problème uniquement lorsqu’il est consommé de façon excessive, phénomène nutritionnel qui fait écho à des enjeux de comportement alimentaire et d’activité physique. En outre, soulignons l’importance de la notion de plaisir ici. Le sucre participe pleinement à cette dynamique essentielle de l’alimentation des individus. Sans sucre, beaucoup de repas et de journées seraient bien plus monotones. Mais encore une fois, tout est question d’équilibres.
Et précisément, dans cette volonté d’adopter des pratiques et des démarches équilibrées, il convient de rappeler quelques réalités agricoles derrière ce produit de large consommation. Le sucre s’est mondialisé mais toute la planète n’en produit pas. A l’instar de nombreux autres produits stratégiques de notre alimentation de base, le sucre s’est banalisé (comme s’il pouvait presque automatiquement être disponible sur nos tables, dans nos armoires ou nos supermarchés), alors qu’il repose sur de subtils équilibres mondiaux entre l’offre et la demande et entre pays qui en produisent et ceux qui en importent fortement.

IRIS :Quelle est donc, actuellement, cette cartographie mondiale du sucre ?

Sébastien Abis :Produit principalement à partir de la canne à sucre et de la betterave sucrière, il doit répondre à une demande mondiale en croissance continue. En 50 ans, elle est passée d’environ 70 millions de tonnes (Mt) à un volume de 185 Mt désormais. Un quasi triplement sur l’espace d’un demi-siècle. Si le sucre est concurrencé par les édulcorants dans les pays riches, il ne l’est pas dans les pays émergents ou en développement. Les ventes de sucre mondiales suivent d’ailleurs la démographie et nous observons une relative stabilité des ventes moyenne par habitant depuis quelques années (25 kg par personne par an actuellement, contre 20 au début des années 1970, mais ces chiffres sont à relativiser car ils comprennent les utilisations non alimentaires, les pertes, etc.). Par rapport au début des années 2000, la planète « réclame » 55 Mt de sucre supplémentaire aujourd’hui ! C’est une hausse colossale à laquelle les planteurs font face, en cultivant davantage, en améliorant leur rendement et en réduisant leur empreinte environnementale, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, à l’image de beaucoup d’agriculteurs, dans cette double quête du produire plus et mieux.

Ces chiffres globaux ne doivent pas masquer des disparités territoriales significatives. D’abord, sur les 190 millions de tonne de sucre produites actuellement sur le globe, trois-quarts sont issues de la canne, qui est la véritable locomotive de la hausse mondiale de la production de sucre, passant de 42 à 147 Mt entre le début des années 1970 et la situation présente. La canne à sucre pousse essentiellement en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Mais soyons plus précis. Le Brésil, seul, fait 40 Mt, soit près de 25% de la production mondiale de sucre ! La moitié du sucre brésilien sert à fabriquer de l’éthanol. Je le précise car ne perdons pas de vue la diversité des usages de cette production sucrière. Au-delà du sucre, nous trouvons comme autres produits de la filière des biocarburants, de l’alcool et des transformations pour le secteur de la chimie et de l’industrie. Revenons à la canne à sucre dans le monde et à sa production. Après le Brésil, nous avons l’Inde qui réalise en moyenne entre 25 et 30 Mt, suivie par la Chine et la Thaïlande qui chacune font 10 Mt. Ensuite, en complément, avec 25% de la production mondiale, viennent les productions réalisées à partir de la betterave à sucre. Elle est majoritairement située en Europe (16 Mt) et autour de la mer Noire (10 Mt entre Russie, Ukraine et Turquie), sans oublier également les Etats-Unis (5 Mt).

Le sucre, consommé chaque jour par plusieurs milliards de personnes sur tous les continents, est donc produit dans des zones extrêmement réduites. En effet, les surfaces mondiales dédiées à la culture du sucre sont de 32 millions d’hectares, ce qui est dérisoire ! Cela représente à peine 0,2% du total des terres émergées du globe, près de deux fois moins que la France hexagonale. A titre comparatif, les surfaces mondiales en blé sont de 220 millions d’hectares. Par ailleurs, vous avez 10 pays qui assurent deux-tiers de la récolte mondiale de sucre : Brésil, Inde, Chine, Thaïlande, Etats-Unis, Russie, Mexique, Australie, Pakistan et France. On comprend mieux dans ce contexte le rôle du commerce international mais aussi l’importance des circuits longs et du cortège d’acteurs qui transforment, transportent et distribuent ce produit de base. Si l’on inclut les mouvements intra-communautaires au sein de l’Union européenne (UE), ce sont environ 70 Mt de sucre qui sont exportées en moyenne chaque année actuellement. Le Brésil en assure 40% avec environ 30 Mt, suivi par la Thaïlande, second exportateur mondial de sucre avec en moyenne 7 Mt par an. L’Australie, l’Inde, le Mexique et le Guatemala sont également actifs sur le plan des exportations, mais avec de moindres volumes. Et puis bientôt devrait s’inviter l’Europe à ce panel.

IRIS : Quelles sont en effet les positions de l’Europe dans ce paysage sucrier mondial ?

Sébastien Abis :L’UE a décidé de mettre fin à son système de quotas sucriers depuis le 1er octobre 2017. C’est un changement stratégique majeur après 50 ans d’existence d’un système conçu et organisé dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Or celle-ci évolue ces dernières années, les contraintes de volumes disparaissent et la libéralisation des échanges s’amplifie. Compte tenu de la hausse de la demande mondiale alimentaire sur de nombreuses denrées de base, l’UE a décidé en 2013 de supprimer ces quotas pour exprimer son potentiel agricole continental mais aussi à l’export. Cette campagne en cours devrait se traduire par une récolte de 20 Mt environ en Europe qui libérerait environ 4 Mt à l’export sur pays tiers. Cela représente près de 10% de la production mondiale de sucre. L’UE n’est pas un géant agricole sur ce produit, mais compte néanmoins dans l’équation mondiale. La fin des quotas s’affiche en tout cas comme un basculement notable. Ses effets sont multiples. D’abord, dans la perspective de cette fin des quotas, les surfaces dédiées à la betterave à sucre ont fortement augmenté ces derniers mois. En France, premier producteur européen (environ 5 Mt), la croissance est de 20%. En Allemagne, le mouvement est similaire. Ce pays est le second producteur de sucre en Europe (4 Mt), suivi par la Pologne (2 Mt). En 2018, l’UE devrait donc placer environ 4 Mt sur les marchés mondiaux. Bien que cela soit largement inférieur au Brésil, ces quantités viennent se positionner dans un contexte où l’équilibre est bon entre l’offre et la demande. Les prix ne sont d’ailleurs pas très favorables. Le cours du sucre a été divisé par deux entre l’automne 2016 et l’automne 2017. Pour l’Europe et ses planteurs, il convient donc d’agir dans un contexte de forte volatilité des cours et de compétition à l’échelle internationale. La co-production avec des partenaires sud-américains, maghrébins ou asiatiques constitue une stratégie assumée par plusieurs groupes agro-industriels européens du sucre. Ils sont tous en position d’accroître leurs exportations vers les zones où la consommation augmente rapidement. Le bassin méditerranéen et le continent africain apparaissent vite dans cette équation comme des pôles incontournables, où l’Europe peut conjuguer commerce et développement, investissement productif et coopération logistique ou scientifique. Les enjeux de sécurité alimentaire s’avèrent propices à ce type de partenariat global.

IRIS :Et la France dans tout cela ? Que représente le sucre dans ce pays souvent décrit comme une puissance agricole de premier plan ?

Sébastien Abis :La France est le 10ème producteur mondial de sucre, avec environ 5Mt, soit 8 fois moins que le Brésil et deux fois moins que la Chine. Mais la France est leader mondial de la betterave sucrière et premier producteur de sucre de l’UE. De la canne à sucre est également cultivée dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion). La France dispose de rendements excellents, parmi les plus élevés du monde, fruit d’une recherche scientifique et agronomique qu’il faut saluer, car elle accompagne le travail des agriculteurs et contribue aux bons résultats de l’industrie sucrière française. Depuis 1970, les rendements sucriers ont quasiment doublé en France, passant de 6,5 tonnes sucres à l’hectare à 13 en moyenne désormais. 70% de la production nationale est dédiée à l’alimentation dont 10% sert directement à fabriquer des « sucres de bouche », ces petits carrés blancs très présents dans notre quotidien. L’éthanol et les alcools captent ensuite 20% de la production française.

Le pays dispose donc d’atouts indéniables et il a une véritable carte stratégique à jouer dans ce contexte mondial où la demande en sucre s’accroît. Qui saurait pourtant décrire une betterave sucrière en France lorsqu’il met un sucre dans son café ? Il s’agit pourtant d’une plante vitale aux caractéristiques bien définies, répondant à un calendrier de culture précis, et considérée comme une tête d’assolement pour les agriculteurs. Dans notre pays, on plante en hiver et on récolte généralement à partir de mi-septembre. Il lui faut aussi une géographie propice à son développement. Nous retrouvons l’incontournable triptyque climat – eau – sol qui fait souvent la différence pour être performant en agriculture. Sans météorologie clémente (ni trop chaud, ni trop froid), sans apport hydrique régulier et stable, sans terres arables, il n’est pas du tout évident de se lancer dans la betterave sucrière. D’où le pôle de production dominant que représente l’Europe, continent où les conditions géographiques sont bien meilleures qu’ailleurs. On a tendance à l’oublier, mais c’est un atout pour l’Europe à l’échelle du globe.

Et la France se situe belle et bien au cœur de ce dispositif car, outre des rendements de qualité, des productions régulières et des capacités de transformation et de logistique compétitive, le pays est engagé avec son agriculture dans des démarches environnementales visant à se combiner avec les performances économiques. Des investissements importants sont par exemple mis en œuvre pour réduire drastiquement la consommation énergétique des sucreries et les planteurs sont engagés dans des itinéraires de production optimisant la gestion des ressources naturelles.

IRIS : Au-delà de l’agriculture en général et après les céréales, vous voilà donc en train de travailler sur la géopolitique du sucre ?

Sébastien Abis :En effet, le sucre, comme je l’ai fait avec le blé récemment, mériterait d’être traité sous l’angle de l’analyse stratégique. Les quelques considérations émises précédemment semblent justifier cette orientation. Beaucoup de choses sont dites ou écrites sur l’agriculture, l’alimentation ou les produits de base de notre consommation quotidienne. Dans nos sociétés européennes, nous avons tendance à perdre de vue le caractère géopolitique de ces questions. Il m’avait paru important de proposer un autre regard, moins technique, plus grand public, et surtout pluridisciplinaire, à propos du blé, cette céréale centrale pour la sécurité alimentaire mondiale.

Une telle démarche sur le sucre me paraît opportune à l’heure où l’on ne doit pas enfermer les débats agricoles et alimentaires sur des réflexions uniquement locales et court-termistes . La mondialisation alimentaire est une tendance lourde. Elle n’efface pas les gastronomies locales et les circuits courts. Mais elle s’impose partout dans ce monde où les brassages socioculturels sont incessants et où les individus aspirent à consommer de manière diversifiée et non-linéaire. Un déjeuner local le midi peut précéder un dîner mondial le soir. Ce qui signifie qu’il faille plusieurs modèles agricoles pour un tel éventail de comportements alimentaires.

SOURCE /iris-france.org/

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